DES PRESTATIONS
UNE traversée tranquille de 20 jours m'amène le 24 mai 1899 à Marseille où ma famille est venue à ma rencontre. Après cette longue séparation, je suis heureux de revoir les miens en bonne santé. Ai-je besoin de dire qu'il m'est bien agréable aussi d'échanger pour quelques mois l'existence de Madagascar contre celle de France, de retrouver les commodités de la vie européenne et des moyens de transport autrement rapides et confortables que le traditionnel filanzane, dont j'ai dû me contenter presque exclusivement depuis tantôt trois ans. Ces impressions, et surtout celle de pouvoir « prendre le train y>^ étaient ressenties alors par tous ceux qui rentraient de Madagascar.
Dans notre grand port colonial, j'assiste à plusieurs réceptions et j'éprouve, entre autres satisfactions, celle de constater que, dans tous les milieux, Madagascar compte des défenseurs et des amis. Parmi ceux-ci je retrouve MM. Le Myre de
Vilers, Grandîdier, Charles Roux, qui sont venus à Marseille au-devant de moi et me remettent plusieurs médailles de la part de Sociétés de géographie ou d'associations scientifiques- De son côté, M- le ministre des Colonies a bien voulu déléguer, pour me recevoir, un de mes vieux amis. M, Binger, directeur des AfiFaires d'Afrique au ministère.
Le soir, le rapide m'emmène vers la capitale. Je suis accompagné des lieutenants-colonels Lyautey et Roques et du commissaire des colonies Noguès qui, pendant mon séjour en France, doivent me seconder pour l'étude des diverses questions importantes que je me propose de traiter : défense de Diégo- Suarez, organisation des troupes coloniales et projet de chemin de fer. Je reçus à Paris le meilleur accueil de tous. M. Guillain, ministre des Colonies, se montra particulièrement bienveillant. Il voulut bien m'inviter, avec mes compagnons de voyage, à un dîner, au cours duquel M. Dupuy, président du Conseil, m'offrit au nom de ses collègues du Cabinet, une médaille d'or.
Mes premières démarches furent pour Je chemin de fer. A ce propos, je rappellerai les considérations qui ont imposé en quelque sorte la construction d'un premier chemin de fer à Madagascar.
On sait déjà les conditions exceptionnellement difficiles que j'avais trouvées à mon arrivée pour l'exécution des transports vers les régions centrales où, comme l'événement l'a montré depuis, l'activité économique était appelée à prendre son maximum d'intensité.
En 1896, les marchandises et denrées à destination de l'Emyme étaient chargées à Tamatave à dos de bourjanes, êtres humains transformés en bêtes de somme, misérables, à peine vêtus, pliant sous le fardeau, qui suivaient péniblement leur route, d'abord sur le sable brûlant du littoral, puis par d'affireux sentiers, traversant les marécages, serpentant dans la forêt impénétrable, gravissant les pentes abruptes des montagnes, dégringolant dans les profondeurs des ravins. Après