‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 11 sur 179 · ZANZIBAR EST BOMBARDÉ · texte numérisé non relu

ZANZIBAR EST BOMBARDÉ

d'art témoigne que pour les Anglais la dépense, même en vue d'un résultat incertain, est chose secondaire dès qu'il s'agit de donner un caractère définitif à leurs installations coloniales .

Le spectacle qui nous attend à Zanzibar est une nouvelle preuve de l'esprit de décision qui préside à la politique extérieure de nos voisins d'Outre-Manche.

A Suez, le Yang-Tsé avait embarqué M. le Consul général Labosse, qui, résidant depuis longues années à Zanzibar, y jouissait de la considération générale et s'y était acquis une influence largement mise au service de nos compatriotes. A bord, M. Labosse nous avait fait entrevoir une journée d'escale des plus attrayantes ; une réception chez le sultan et une excursion à la campagne dans les voitures de la Cour entraient dans les prévisions du programme.

Cependant, à mesure qu'on approche, les lorgnettes révèlent dans l'aspect de la ville quelque chose d'anormal : des silhouettes bizarres, des pans de murs aux dentelures inusitées. M. Labosse, appuyé au bastingage, est perplexe d'autant que nous n'avons rien appris au passage à Aden; les conjectures vont leur train.

Bientôt nous avons la clé du mystère ; le pilote monte à bord et, quelques instants après, le commandant me passe le texte d'un Reuter qui vient d'être expédié. Le sultan Thwain Ben Saïd est mort l'avant-veille dans des conditions mystérieuses; Saïd Khalid Ben Burghash, neveu d'un ancien sultan, a forcé l'entrée du palais et pris le pouvoir malgré les représentations du Consul britannique. L'escadre anglaise prévenue, composée du Saint-George, battant pavillon de l'amiral Rawson, du Racoon, du Swallow, du Trutli et du Philomel est arrivée en hâte; des sommations ont été signifiées, mais le nouveau sultan y a répondu en faisant ouvrir le feu par son unique bâtiment, le Glasgow, que quelques obus ont défoncé et coulé sur place. La ville a subi ensuite un bombardement de trois quarts d'heure qui a détruit le palais du sultan et causé de graves dommages dans les principaux quartiers.

Au mouillage, nous apprenons qu'une partie des colons français sont allés se réfugier sur le croiseur italien Volhirno et que quelques autres se sont rendus au consulat pour en assurer la garde. Le sultan a demandé asile au consul allemand qui lui a fait bon accueil. Et, lorsque nous descendons à terre, chacun remarque ce vis-à-vis original : les soldats allemands faisant bonne garde à la porte de leur consulat pendant qu'en face, de l'autre côté de la rue, les sentinelles anglaises sont postées en observation pour empêcher la fuite du sultan dépossédé.

Ces événements prolongent notre escale à Zanzibar et le Yaiig- Tsé ne lève l'ancre que le lendemain.

Trente-six heures après, il touche Mayotte où nous rencontrons le La Péroiise portant le pavillon du commandant Le Do, chef de la division navale de l'Océan indien. Quelques instants plus tard, je reçois la visite de ce brillant officier de vaisseau dont je savais déjà la réputation et que la marine française a malheureusement perdu depuis. Prévoyant que les événements de l'Emyrne m'obligeront pendant quelques mois à ne pas m'éloigner du plateau central, je lui demande de s'occuper des côtes pendant tout le temps que je serai aux prises avec la rébellion hova. On verra plus loin combien, sur cette simple donnée, fut actif et efficace le concours qu'il me prêta pour faire reconnaître la souveraineté française dans les régions du littoral. •- ' Douze heures de traversée conduisent de Mayotte à Majunga, notre première escale sur la terre malgache. Le Résident de France, est M. Mizon, l'explorateur connu; il m'entretient de la situation du pays qu'il administre dans un complet isolement de l'autorité centrale. Peu après la prise de Tananarive, les communications avec la capitale ont été entièrement coupées; quelques canonnières de l'expédition, encore susceptibles de fournir un service, remontent de temps à autre jusqu'à Marololo et Mévétanana; mais, au delà de ce dernier point, une muraille se dresse, que les nouvelles de l'intérieur ne traversent pas; on sait seulement que des bandes nombreuses de Fahavalos tiennent le

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