‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 12 sur 179 · MAJUNGA, NOSSI-BÉ, DIEGO · texte numérisé non relu

MAJUNGA, NOSSI-BÉ, DIEGO

pays, et font main basse sur tous les courriers qui, venant du nord ou du sud, cherchent à dépasser Andriba.

Majunga, où les souvenirs de la campagne sont encore vivants, offre un aspect misérable et désolé. Je visite le Rova, ancien fort malgache qui domine la ville, et où deux compagnies de Haoussas sont cantonnées. Cette petite troupe n'a pas de rôle militaire assigné, et ses cadres européens se morfondent dans la vie inactive de garnison. Dans les magasins de la place, s'empilent des approvisionnements énormes qui n'ont aucun écoulement et se détériorent rapidement, faute de personnel pour les entretenir. A l'hôpital, les malades sont nombreux et mal installés dans les bâtiments de fortune construits au moment de l'expédition.

Au sortir de Majunga, le Yaiig- Tsé remonte la côte ouest et atteint Nossi-Bé après une navigation d'environ deux cents milles. La petite île et sa voisine, Nossi-Comba, couvertes d'une merveilleuse végétation, comptent déjà plus d'un demisiècle d'existence française.

A mon retour de la Réunion, en 1875, j'avais fait escale à Hell- Ville, chef-lieu et port principal de l'île, et je me souviens qu'à cette époque, aux séductions diverses que le pays offrait, s'ajoutait une réelle prospérité. Malheureusement, la fabrication du sucre de canne, qui est restée longtemps la principale source de richesse des colons de Nossi-Bé, a commencé à subir, il y a une quinzaine d'années, une crise grave, par suite du développement considérable de l'industrie des sucres de betterave en France et en Allemagne.

Le lendemain de l'escale de Nossi-Bé, à l'aube naissante, on double le cap d'Ambre — Jascheiix à passer^ disent les anciennes relations, — et on atteint aux environs de huit heures du matin Diégo-Suarez, dont la rade profonde se découpe sur la côte est, à l'extrême pointe de l'île. Les reconnaissances faites au cours des deux derniers siècles par la marine de guerre ou de commerce avaient montré l'importance de ce magnifique port naturel et le

parti qu'on pouvait en tirer pour la défense de nos possessions de l'Océan Indien.

La campagne de 1885 fournit l'occasion de l'annexer à la France, et l'article 15 du traité du 17 décembre 1885 avec le Gouvernement malgache stipula cette cession de territoire. Cependant, en septembre 1896, Diégo-Suarez n'était encore qu'une place forte « sur le papier », dont l'artillerie hors d'âge eût été impuissante à interdire l'entrée de la rade au moindre navire de guerre ennemi.

Au point de vue du trafic, Diego n'était pas mieux partagé, et son port uniquement visité par les courriers postaux, ne pouvait rendre, faute d'outillage, aucun service au commerce maritime.

Trente-six heures après le départ de Diego, nous touchons à Sainte-Marie, l'une de nos vieilles colonies, puisqu'elle remontait en 1896 à près d'un siècle et demi.

J'étais déjà passé à Sainte-Marie en 1875 ^^ revenant de la Réunion et je revis avec plaisir, à plus de vingt ans de distance, les mêmes aspects qu'autrefois, la même puissance de végétation tropicale, la même population, active et laborieuse, adonnée aux professions maritimes. Malheureusement, la partie de l'île proche du mouillage, où résident la plupart des Européens, est d'une insalubrité réelle, due au voisinage d'un vaste marais qu'on n'a pas encore réussi à assécher. Rentré à bord, je fais la connaissance d'un jeune fonctionnaire colonial, M. Guyon, qui quitte Sainte-Marie, appelé à Tananarive auprès du Résident général. Il devait devenir peu après et il est resté, depuis, l'un de mes plus dévoués collaborateurs.

Sept heures seulement de traversée normale séparent Sainte- Marie de Tamatave, mais le Yang- Tsé est retardé par une forte brume dans les parages de l'îlot Prune.

Aussitôt débarqué, je fais la connaissance de M. le Résident Ferrand qui veut bien se mettre à ma disposition et me fait entrer en relations avec plusieurs colons notables de Tamatave.

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