BON SENS ET REGLEMENTS
Les commandants territoriaux doivent comprendre de la façon la moins formaliste, le rôle administratif qui leur est assigné. Leur mission est de défendre, au nom du bon setts, les intérêts qui leur sont confiés, et non de les combattre au nom, du règlement.
Enfin, il Importe aujourd'hui que nos officiers et, dans une certaine mesure, nos sous-officiers coloniaux, soient préparés au rôle politique et administratif qui, après le résultat militaire obtenu, constitue le complément de leur tâche.
Un pays n'est pas conquis et pacifié lorsqu'une opération militaire a réussi à y briser passagèrement toutes les résistances. Le premier moment de stupeur passé, les esprits se ressaisissent; si l'on n'y prend pas garde, il peut germer dans la masse des ferments de sédition; ceux qui ont le plus perdu au nouvel état de choses, cherchent bientôt à allumer la révolte.
Tant que cette mentalité subsiste, le régime civil est prématuré, et l'officier doit continuer à administrer avec le personnel dont il dispose ; le conquérant seul est assez fort pour ne pas s'émouvoir des hostilités et se permettre au besoin des mesures de clémence sans craindre qu'elles soient considérées comme des actes de faiblesse.
Puis, lorsque la conquête militaire est achevée et que la conquête morale l'a suivie, le moment est venu de substituer le régime civil au régime militaire et de remplacer les officiers par des administrateurs.
L'application de ces principes a permis, beaucoup plus rapidement que je ne l'avais espéré d'abord, de pénétrer dans les parties les plus reculées de l'île, d'y faire cesser le désordre et les pratiques de barbarie, d'y établir la souveraineté de la France, et de faire évoluer les peuplades conquises vers un état social de plus en plus perfectionné.
En Emyrue, ce résultat était atteint à la fin de mai 1897, huit mois après mon arrivée dans l'île.
Au commencement de 1902, le territoire sakalave de l'ouest, habité par les populations les plus guerrières de Madagascar, était, de même, définitivement rangé sous notre autorité et les diverses tribus de cette partie de l'île commençaient à acquitter régulièrement l'impôt.
Enfin, au mois de mai 1902, je pus supprimer le commandement supérieur du sud, que j'avais créé en septembre 1900.
L'organisation de ce grand commandement, découlant de la doctrine que je viens d'exposer, avait été un moyen d'exercer, sur de vastes régions, une action politique et militaire d'ensemble que je jugeais absolument indispensable.
L'administration des diverses circonscriptions territoriales du sud de l'île : provinces civiles de Fianarantsoa et de Farafangana, cercles militaires de Fort-Dauphin, Tuléar et des Baras, était sagement dirigée dans chaque province prise isolément, mais l'orientation politique générale n'avait pu se préciser et les efforts n'étaient pas concordants ; enfin, de nombreuses tribus guerrières, complètement insoumises, subsistaient dans ces contrées.
C'est dans ces circonstances que je décidai de réunir transitoirement sous une même autorité les cinq cercles ou provinces du sud de l'île. On sait déjà comment les qualités militaires et administratives du colonel Lyautey, unies à un grand esprit de justice et de modération, lui permirent de mener à bien la tâche difficile qui lui était confiée et, après son œuvre de pacification et de pénétration, d'ouvrir le sud de Madagascar au commerce et aux entreprises de nos colons.
Ainsi se termina, en 1902, après avoir duré prés de cinq ans, la période des opérations militaires dans la grande île.