POLITIQUE DES RACES
tions indigènes, les limites de ces circonscriptions coïncidèrent autant que possible avec celles des anciennes provinces malgaches.
L'organisme politique, militaire et administratif des cercles fonctionna suivant les règles suivantes :
Le commandement du cercle a sous ses ordres les troupes de différentes armes et le personnel civil, européen ou indigène, en service dans sa circonscription. Il est seul responsable des résultats obtenus, et a seul la disposition de tous les moyens, militaires ou autres. Ses pouvoirs administratifs s'étendant à tout, il utilise, d'après les directives générales qui lui sont données, le personnel européen, militaire ou civil et, le cas échéant, l'ancien personnel du Gouvernement malgache.
Au fur et à mesure des progrès de la pacification, d'autres cercles furent créés, dans des régions plus éloignées de la capitale, avec chefs-lieux à Betafo, Miarinarivo, etc. ; puis l'action du pouvoir central fut décentralisée par l'institution d'un nouvel organe : le territoire militaire , formé par le groupement de plusieurs cercles. On put ainsi diminuer le nombre des subordonnés auxquels il fallait envoyer des ordres, et mieux coordonner vers le but à atteindre les efforts combinés de plusieurs commandants de cercle.
L'hégémonie hova fut supprimée et les populations jusqu'alors vassales de la cour d'Emyrne furent convoquées à des kabary pour choisir elles-mêmes leurs chefs.
Suivant ce même principe de la « politique des races », et bien que la loi d'annexion eût supprimé en droit l'Etat malgache, je cherchai à utiliser en Emyrne le personnel de l'ancien Gouvernement, à condition qu'il mît loyalement au service de la France l'autorité dont il pouvait disposer. Quelques jours après mon entrée en fonctions, je convoquai les ministres et, leur donnant à entendre que je connaissais leurs compromissions avec les rebelles, je leur fis part de mes intentions en ces termes :
« A l'avenir, vous devrez servir sans réticence les pouvoirs établis. A cette condition, je pourrai oublier le passé; mais sachez que si je suis disposé à récompenser les serviteurs fidèles de la France, j'ai aussi la ferme résolution de réprimer tout acte d'hostilité contre l'ordre de choses nouveau. »
Il était dit que cet appel resterait vain. La situation allait sans cesse en s 'aggravant; les rebelles augmentaient d'audace et envoyaient leurs éclaireurs porter le meurtre et l'incendie jusque dans les faubourgs de la capitale.
C'est dans ces circonstances que, m'inspirant de l'intérêt supérieur du pays, je me décidai à livrer les principaux coupables à la justice, et à supprimer une royauté qui, n'ayant à son actif dans le passé que des actes d'arbitraire et d'autocratie, constituait dans le présent un des principaux obstacles au rétablissement de l'ordre et à la reconnaissance de l'autorité française par les populations annexées. De tout le haut personnel de l'ancien Gouvernement malgache, je ne conservai que M. Rasanjy, homme intelligent et avisé, qui m'avait, dès mon arrivée, promis un concours sans arrière-pensée, et a tenu depuis cet engagement avec une scrupuleuse fidélité.
Les opérations militaires contre l'insurrection hova commencèrent dès la deuxième quinzaine de septembre 1896, et furent poussées énergiquement dans toutes les directions. En même temps, quelques régions de l'intérieur ou de la côte furent le théâtre d'autres luttes qui, conduites par la Division navale ou par nos Résidents, préparèrent de la façon la plus heureuse la pénétration de ces contrées.
Une de mes premières mesures fut l'envoi du colonel Combes en pays sihanaka, avec mission de dégager sa capitale, Ambatondrazaka, investie par les rebelles, et de créer un cercle militaire dont cette ville serait le chef-lieu.
Les habitants de cette région extrêmement fertile, qui avait mérité le nom de « grenier de l'Emyrne », étaient depuis longtemps assujettis à la domination hova.