L'HOMME AUX YEUX ROUGES
La population, répartie dans la large cuvette alluvionnaire du lac Alaotra, y forme quelques groupes différents d'aspect par suite de nombreux métissages avec les Hovas, les Sakalaves ou les Betsimisarakas.
A l'ouest du lac vivait une tribu turbulente, les Marofotsy, presque tous voleurs de profession, qui n'obéissaient à personne et inspiraient la terreur au reste de la population.
Au mois de mars 1896, un Résident, M. Penel, ayant été envoyé à Ambatondrazaka, les Sihanakas avaient eu l'espoir que cette installation d'un représentant de la France dans leur pays allait mettre un terme aux exactions des gouverneurs hovas et aux brigandages des pillards marofotsy. Les habitants nous considérèrent au début comme des libérateurs et témoignèrent leurs sentiments dans une supplique qu'ils adressèrent au Résident, lui exposant les misères que leur faisait endurer la domination hova et lui demandant de les affranchir de ce joug.
« Pour vous convaincre, disaient-ils, que nos paroles sont vraies, vous n'avez qu'à parcourir les villages des environs et vous les verrez dépeuplés ou abandonnés. Si vous ne faites pas droit à notre demande, nous nous verrons obligés, bien malgré nous, de quitter tous les villages et d'être contre vous. Si, au contraire, vous écoutez notre réclamation, nous ferons tout ce quie vous nous commanderez. »
Malheureusement, l'observation trop fidèle du traité de 1895 qui maintenait à la Cour d'Emyrne son droit de suzeraineté, empêcha de donner suite à ces doléances. Un sorcier de la région, Ramenamaso (l'homme aux yeux rouges), entraîna les habitants dans la rébellion. Ambatondrazaka seul resta fidèle, grâce à la petite troupe qui y tenait garnison; mais la ville, investie par des bandes nombreuses, se trouva bientôt dans une situation des plus critiques, sans vivres et sans communications.
Arrivé à Ambatondrazaka le 13 octobre, le colonel Combes, avec la vigueur et la décision dont il a donné tant de preuves dans sa brillante carrière coloniale, rétablit bientôt la situation.
En quelques jours, il organisa et installa les services du cercle militaire, déposa le gouverneur hova dont les abus de pouvoir et les exactions étaient en grande partie cause du mécontentement des populations, et fit nommer à sa place un chef de la contrée, élu par une assemblée populaire. Il procéda ensuite à une reconnaissance du pays, qui lui permit de ramener quelques chefs rebelles, et de faire réintégrer leurs villages à un grand nombre d'habitants.
Au mois de mai 1897, notre installation dans le pays avait pris aux yeux des habitants un caractère définitif. Le chef de bataillon Rouland, commandant du cercle, avait établi les liaisons avec Tamatave, parFénérive etparDidy; avec Moramanga, par la vallée du Mangoro; avec Tananarive, par Tanifosty et Anjozorobé; avec la vallée de la Betsiboka, par Soalazaina; avec Mandritsara, par Anosimboahangy. Le commandement avait été décentralisé par la division du cercle en quatre secteurs ; enfin, Ramenamaso, organisateur de l'insurrection sihanaka, avait fait sa soumission.
Dans le cercle de Moramanga, habité par les Bezanozanos, vassaux des Hovas comme les Sihanakas, la pacification suivit également une marche rapide, et tout était rentré dans l'ordre au mois de mai 1897.
Dans les cercles de l'Emyrne, les rebelles étaient plus difficiles à réduire, parce qu'ils avaient à leur tête des chefs énergiques sachant coordonner leurs efforts, comme Rabozaka et Rabezavana, et aussi parce que la masse des insurgés, au lieu d'appartenir, comme dans les cercles d'Ambatondrazaka et de Moramanga, à des tribus vassales, était en très grande majorité composée de Hovas recevant les inspirations des agitateurs de Tananarive, et plus directement intéressés à entraver l'établissement définitif de l'autorité française à Madagascar.
Le cercle d'Ambohidrabiby, dont le chef-lieu fut transféré un peu plus tard à Anjozorobé, était la région de l'Emyrne où le gros effort des rebelles avait porté au début.
AU DÉBUT, l'kTAT-MAJOR CENTRALISA TOUTES LES QUESTIONS.
LA REINE PASSANT AVl-X; SON CORTÈGE DEVANT LA CATIIKDRALE CATHOLIQUE. (CL. DE M. LE D^ BEIGNEUX. I
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