DEUX CHEFS REBELLES
Les deux principaux chefs : Rabezavana, ancien gouverneur hovà d'Antsatrana, et Rabozaka, son frère de sang, étaient des hommes résolus, dont la vigueur physique et la réputation de cruauté en imposaient aux populations. Ils s'étaient partagé les régions du nord et du nord-est de l'Emyrue.
Le chef de bataillon Mougeot, commandant du cercle d'Ambohidrabiby, réussit dès le début à les déloger de quelques positions avancées ; en même temps, le colonel Combes, rentrant d'Ambatondrazaka, faisait une trouée hardie dans la région forestière occupée par Rabozaka, et établissait ainsi une communication sûre entre le pays sihanaka, le cercle d'Ambohidrabiby et Tananarive.
Pour confirmer ce premier succès et donner plus d'ampleur aux opérations, je créai un territoire militaire dont je confiai le commandement au colonel Combes, et qui comprit les trois cercles d'Ambatondrazaka, de Moramanga et d'Ambohidrabiby. Le siège de ce territoire fut établi à Tanifotsy, au débouché de la forêt du côté de l'Emyrne.
La rapidité et la vigueur des coups portés ne tardèrent pas à rendre critique la situation des bandes, et à restreindre de plus en plus le terrain sur lequel elles pouvaient évoluer. A la fin de décembre, un fort parti d'insurgés, à court de vivres, tenta un coup de main désespéré dans une région de rizières située à l'est de Tananarive. En quelques heures, il fut repoussé et pourchassé de partout; malheureusement, un officier de valeur, le lieutenant Guillet, de l'infanterie coloniale, trouva la mort dans cette échaufiourée. Quelques jours plus tard, pour accentuer le nouvel échec infligé aux rebelles, une colonne formée sous les ordres du lieutenant-colonel Hurstel effectua une battue profonde de la forêt où il ne subsista plus bientôt que quelques repaires dans les parties les plus inaccessibles.
Rabozaka vint occuper un de ces réduits, inabordable, hérissé d'obstacles, le camp de Mampidongy, établi sur la lisière ouest de la forêt, en face du poste d'Analabé. Il en fut délogé par le
colonel Combes au commencement de mars, après une attaque en règle, dans laquelle le capitaine Lucciardi dirigea la colonne qui eut le rôle décisif. Cet échec brisa définitivement le prestige du chef rebelle; réduit désormais à quelques partisans, il se trouva hors d'état de continuer la lutte, et quelques postes surveillant les débouchés de la forêt suffirent, à partir de ce moment, à empêcher les bandes de se reformer.
La zone forestière ne donnant plus d'inquiétudes sérieuses, le colonel Combes se retourna contre Rabezavana, auquel il enleva successivement Vohilena et Antsatrana, postes fortifiés par lesquels le chef rebelle tenait la haute vallée de la Betsiboka. Ce résultat décisif obtenu, le premier territoire militaire fut supprimé et les trois cercles qui l'avaient constitué reprirent leur autonomie.
Le cercle d'Ambohidratrimo, dont le chef-lieu fut successivement transféré à Babay, puis à Ankazobé, étant traversé du sud au nord par la route de Tananarive à Majunga, il fallait s'attacher au début à progresser vers le nord et le nord-ouest, en prenant cette route pour axe des opérations. Le lieutenant-colonel Gonard réalisa avec beaucoup de méthode ce programme de pénétration. Refoulant les bandes devant lui, il s'avança rapidement dans la direction de Majunga, et dès le 12 novembre prit pied à Ankazobé.
Un mois plus tard, le 13 décembre, un résultat d'un grand effet moral fut obtenu par l'envoi à Andriba d'un premier courrier qui inaugura la reprise des communications avec Majunga. En même temps, le lieutenant-colonel Gonard diriga vers l'est des opérations que rendait difficiles la grosse supériorité numérique de Rabezavana, mais qui arrivèrent cependant à se combiner avec celles du premier territoire militaire; bientôt la liaison fut complète avec les cercles d'Ambohidrabiby et d'Ambatondrazaka.
Du côté de l'ouest on rencontra moins d'obstacles. L'Ikopa fut franchi le 18 janvier 1897; un mois plus tard, une opération hardie fit tomber entre nos mains le principal chef insurgé et le gros de ses forces. La rébellion prit fin ainsi dans cette région.
ANKAZOBÉ SE CONSTRUIT
Le 25 mars, le chef d'escadron Lyautey prend le commandement du cercle. Avec un renouveau de vigueur et d'activité, il continue dans toutes les directions les opérations commencées, préludant ainsi à la brillante carrière qu'il a fournie depuis à Madagascar et qu'il continue en ce moment avec distinction dans notre colonie algérienne.
Rabezavana, découragé par les échecs successifs qui lui sont infligés, vient se rendre à discrétion le 29 mai. Quelques jours plus tard, il est envoyé à Tananarive. Pour frapper l'esprit des Malgaches et les pénétrer de cette idée que nous resterons les maîtres, j'entoure d'un certain cérémonial la soumission du fameux chef rebelle ; en présence d'une affluence énorme d'indigènes, je lui rappelle les crimes dont il s'est rendu coupable, puis je lui annonce que, malgré tout, la France, dans sa générosité, lui accorde la vie sauve et le pardon.
Débarrassé de son principal adversaire, le commandant Lyautey continue sa progression vers le nord dans la direction d'Andriba, stimulant les initiatives, ramenant la confiance dans les populations, et sachant faire partager à tous son entrain et sa foi dans le succès. D'Ankazobé, où il a transféré le siège de son cercle et qui n'était qu'un pauvre hameau malgache, il fait une petite ville percée de larges avenues, qui prend très vite belle tournure et joue à souhait son rôle de chef-lieu. Tout le monde s'emploie à cette transformation. On] construit des casernes pour les troupes et la miHce, une école professionnelle, une briqueterie, un bureau de poste, des habitations pour le personnel européen et indigène, un cercle, une case de passagers. Ces constructions, propres, commodes, aux façades riantes où courent des plantes grimpantes et qu'encadrent des chaînes de briques rouges et de carreaux vernissés, offrent un cachet original; tout dénote que la volonté, l'intelligence et le goût sont passés par là.
Le cercle d'Arivonimamo et le cercle-annexe de Soavinandriana(ce dernier créé le 9 octobre 1896), comprenaient toute la
région située entre la rive gauche de l'Ikopa et le pays sakalave.
Le commandant Reynes et le capitaine Compérat, placés à la tête de ces circonscriptions, y firent de rapide et utile besogne, en poussant méthodiquement leur ligne de front vers l'ouest, nettoyant le massif montagneux de l'Ankaratra des pillards qui l'infestaient et dégageant la route de Tananarive à Fianarantsoa pour se relier au cercle d'Ambatomanga.
Lorsque cette liaison fut assurée, je constituai en un territoire militaire, suivant le principe que j'avais déjà appliqué au nordest, les trois cercles d'Ambatomanga, d'Arivonimamo et de Soavinandriana. Le lieutenant-colonel Borbal-Combret fut placé à la tête de la nouvelle circonscription, avec mission de consolider les résultats déjà acquis, d'assurer l'unité de direction politique et militaire, d'établir nos postes avancés sur les frontières extrêmes de l'Emyrne, et d'y préparer la pénétration en pays sakalave. En vue de ce dernier résultat, je transformai la province civile du Vakinankaratra en un nouveau cercle militaire, qui fut rattaché au territoire militaire que je venais de créer ; cette circonscription eut Betafo pour chef-lieu.
Un peu plus tard, l'objectif à atteindre s'étant précisé davantage, le cercle d'Arivo. "mamo fut démembré et réduit à l'Ambodirano, région riche, désormais complètement tranquille, où la densité de la population atteint 50 habitants par kilomètre carré, et dont on pouvait, sans aucun risque, commencer la mise en valeur. Les régions détachées furent constituées en un nouveau cercle, dont le chef-lieu fut établi à Miarinarivo, et dont le commandant put prendre exclusivement comme objectif la pacification des régions encore troublées de l'ouest de l'Emyrne, et la préparation de la pénétration chez les Sakalaves.
Des résultats importants furent bientôt obtenus. Dans les premiers jours de mars, nos troupes occupaient Fenoarivo, puis Tsiroanomandidy, ancien poste militaire hova établi sur la frontière nord-ouest de l'Emyrne. Enfin, en mai 1897, nous nous installions à Ankavandra, gros village sakalave qui avait été aussi
LES PROGRÈS DE L'OCCUPATION FRANÇAISE ET DE LA PACIFICATION d'octobre 1896 A FIN JUIN 1897.
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