‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 29 sur 179 · L'ENSEIGNEMENT FRANÇAIS · texte numérisé non relu

L'ENSEIGNEMENT FRANÇAIS

« Dorénavant, nul Malgache ne sera pourvu d'un emploi public s'il ne parle et écrit le français ; en toute circonstance, celui qui connaîtra notre langue aura la préférence sur les autres indigènes. »

La neutralité religieuse fut aussi nettement prescrite à tous ceux qui occupaient des fonctions quelconques de l'Etat ou de la Colonie :

« Je n'ai pas besoin de vous recommander la plus stricte neutralité en matière religieuse. Les instructions de M. le ministre des Colonies sont formelles; nous devons nous inspirer sur ce point des larges idées de tolérance qui sont dans les traditions de notre pays, et que la France a su introduire dans toutes ses possessions d'outre-mer. »

Au fur et à mesure de l'augmentation des ressources et de l'arrivée du personnel enseignant demandé en France, des écoles officielles furent créées en Emyrne. D'autre part, en attendant une organisation complète, les commandants de cercle et les chefs de province furent invités à installer des écoles provisoires, qui utilisèrent le concours de sous-officiers, militaires ou gradés de milice, possédant les aptitudes requises.

Enfin, en toute circonstance, dans mes tournées principalement, j'insistai auprès des officiers ou fonctionnaires européens sur la nécessité de propager notre langue et d'instituer partout l'enseignement professionnel.

Mes recommandations relatives à ce dernier genre d'enseignement — sur lesquelles je devais revenir tant de fois par la suite — découlaient d'une doctrine que j'ai toujours professée, et selon laquelle il faut, dans un pays neuf où tout est à mettre sur pied, donner avant tout aux indigènes une éducation pratique et utilitaire. C'est ainsi seulement qu'on les rendra aptes à concourir avec efficacité à la création de l'outillage économique, sans lequel il n'est pas d'essor ni de prospérité possibles.

Plus tard, lorsque la colonie sera arrivée non seulement à se suffire mais à payer ses dépenses de souveraineté, on pourra

avantageusement développer les programmes et y introduire le haut enseignement des lettres et des sciences. Jusque-là, il faut concentrer les efforts vers la mise en valeur du pays et l'accroissement de ses moyens.

En m'inspirant de ces idées, je créai à Tananarive (arrêté du 17 décembre 1896) une Ecole professionnelle, qui fut inaugurée le 23 janvier 1897. A cette cérémonie je donnai une place d'honneur à quelques vieux du pays, anciens ouvriers de Jean Laborde, l'illustre Français qui, quarante ans auparavant, avait créé à Mantasoa, près de Tananarive, des usines où les Malgaches s'essayèrent aux arts industriels européens. Je fis ouvrir, également au commencement de 1897, une école normale d'enseignement général qui reçut le nom de : « Ecole Le-Myre-de- Vilers », en souvenir des éminents services rendus à la cause française par l'ancien Résident général de Madagascar.

J'ai le devoir de dire ici que pour cette première organisation scolaire je trouvai partout des concours dévoués et de précieux encouragements, notamment ceux de la vaillante Société de l'Alliance française, qui, par de nombreux dons en argent, en ouvrages, etc., manifesta à maintes reprises la sollicitude qu'elle porte à l'œuvre de vulgarisation française à Madagascar. Plus tard aussi la Mission laïque française m'aida considérablement dans l'accomplissement de ma tâche en me fournissant une bonne partie des instituteurs et institutrices que j'avais à demander à la Métropole.

L'amélioration de l'état social des Malgaches, que je devais également poursuivre, a eu pour bases les grands faits inséparables de la loi d'annexion : l'abolition de l'esclavage et la suppression du régime d'arbitraire administratif, de vénalité judiciaire et d'exactions fiscales de l'ancien Gouvernement.

Toutefois, malgré leur caractère d'urgence, les réformes devaient être progressives et suffisamment étudiées pour bien convenir au pays. L'exemple d'autres colonies où l'importation en bloc des institutions européennes a produit les plus fâcheux

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