EN RADE DE DIEGO
et en face du cap Miné. Entre ces deux derniers caps, le petit îlot de Nossi-Volana ou îlot Clarence émerge à peine au-dessus des eaux. Au nord de Nossi-Volana et vis-à-vis du cap Tanifotsy, s'ouvre un autre chenal, la petite passe, qui n'est praticable qu'aux embarcations légères, et qu'on peut traverser presque à pied sec à l'époque des plus basses marées.
Au centre de la rade se trouve l'îlot des Aigrettes, surmonté d'un feu fixe, à secteurs multicolores, qui donne des alignements aux navires. Non loin de là, pointe le cap Vatomainty (en malgache : la Roche noire), qu'une altitude de 70 mètres et des vues étendues dans toutes les directions appellent à un rôle important dans les opérations de la défense. Au nord-ouest de Vatomainty, et à trois quarts d'heure en canot à vapeur, on atterrit au fond de la baie des Cailloux-Blancs où débouche le sentier principal conduisant au cap d'Ambre. Ce cap forme l'extrémité nord de l'île; on y arrive en filanzane ou à mulet, après un trajet de six à sept heures, pendant lequel on ne rencontre que quelques pauvres villages. La presqu'île d'Ambre ou Bobaomby (en malgache : beaucoup de bœufs) est peuplée de magnifiques troupeaux, environ 15000 têtes, qui appartiennent à des éleveurs européens et indigènes.
La baie des Cailloux-Blancs est limitée au sud par la presqu'île du cap Diego, vaste plateau, calcaire au bord de la mer, basaltique dans l'intérieur, ayant la forme d'un triangle équilatéral de sept kilomètres de côté, dont l'une des bases regardant le nord est orientée est-ouest, le sommet opposé étant tourné vers le sud. A la pointe nord-est s'élève une immense roche calcaire, le cap Diego, dont la partie supérieure donne l'illusion d'une tête d'animal monstrueux, penchée sur la mer. Au pied, s'ouvre une vaste grotte, qui servait autrefois de cimetière aux indigènes et où des colonnades de stalactites et stalagmites forment une architecture naturelle du plus curieux effet.
Du cap Diego part un mauvais sentier de 15 kilomètres qui, passant par l'isthme d'Andrakaka, se prolonge jusqu'à la côte
ouest de l'île. Il aboutit à la baie du Courrier, dont les eaux calmes et profondes offrent aux navires un excellent mouillage, et où le rivage pourrait fournir, en temps de guerre, un point de débarquement facile.
A deux kilomètres au nord de la baie du Courrier et de l'isthme du même nom qui sépare le Bobaomby du reste de Madagascar, se dresse un autre rocher calcaire, le Windsor- Castle, dont le sommet atteint 400 mètres d'altitude, et dont les hautes falaises à pic éveillent l'idée de quelque gigantesque château fort. Du sommet de cet observatoire naturel, apparaît un admirable panorama : au nord, le cap d'Ambre; à l'est, la rade entière de Diégo-Suarez, la passe et, au delà, l'immense étendue de l'Océan Indien; à l'ouest, le Canal de Mozambique et les diverses baies, découvertes dans leurs moindres recoins, qui peuvent offrir des refuges ou des points de débarquement; au sud et dans le lointain, le massif de la montagne d'Ambre, dont l'immense silhouette met au fond de l'horizon un majestueux décor de sombre verdure.
Quittant Diégo-Suarez le 28 mai, le La Pérouse va mouiller quelques heures dans la baie du Courrier.
Nous arrivons à Nossi-Bé le lendemain 29 dans l'après-midi. En débarquant à Hellville, je retrouve la plupart des colons avec lesquels je m'étais entretenu au mois de septembre précédent de la crise commerciale et des moyens d'y remédier. Depuis mon passage, le temps a été bien employé. La transformation des exploitations agricoles de l'île est commencée, et les planteurs espèrent surtout de bons résultats de la vanille, qui semble s'accommoder à merveille du sol et du climat de la Dépendance.
Pour me renseigner sur la situation politique de la région côtière qui fait face à Nossi-Bé, j'avais convoqué les principaux chefs indigènes de cette contrée : la reine Binao et les rois Tsialana et Tsiaraso, depuis longtemps protégés nominaux de la France. Leurs agissements ayant paru équivoques depuis un an, je leur explique la loi d'annexion, ses conséquences, et
LES TROIS « MPANJAKAS ..
leur trace nettement, non sans sévérité, les devoirs qu'elle leur impose. Cette admonestation produit son effet, et les trois « mpanjakas » me donnent un gage de leur sincérité en organisant le lendemain une merveilleuse fête de nuit qui se déroule, sous l'éclat des lumières, dans le décor féerique des grands arbres de la promenade d'Hellville.
Le 1" juin, nous levons l'ancre à six heures du matin pour aller visiter les vastes baies situées entre Nossi-Bé et Majunga. Notre première escale est Andranosamonta où je trouve installé le capitaine Clavel qui, deux mois auparavant, a traversé l'île de l'est à l'ouest, en partant de Maroantsetra. Le gros des bandes rebelles de la région, délogé d' Andranosamonta au commencement d'avril, se tient à 30 kilomètres dans l'intérieur, mais les défections deviennent nombreuses, et la discorde règne au camp des insurgés.
Le 3 juin, le La Pérouse fait route vers la Loza, grande et belle rivière dont le goulet donne accès à une baie intérieure spacieuse et sûre. A l'embouchure, s'élève le gros village d'Analalava, en partie hova, en partie sakalave; c'est le chef-lieu d'un cercle militaire récemment créé, que commande le capitaine Toquenne, avec mission de réduire les bandes rebelles qui circulent dans l'hinterland, de reconnaître les voies de pénétration, d'étudier les ressources du pays et d'y faciliter l'installation des colons.
Le lendemain 4 juin, nous visitons rapidement la baie de la Mahajamba, et nous arrivons l'après-midi en rade de Majunga.
La ville s'est transformée et a réagi vaillamment contre la réputation fâcheuse et imméritée qui pèse sur elle depuis 1895 ; les transactions y augmentent, et on voit s'y coudoyer, avec toutes les races de Madagascar, une foule cosmopolite : Indiens, Chinois, Comoriens, Zanzibaristes et nègres du Mozambique. La Chambre consultative me soumet de nombreux desiderata pour l'amélioration des communications maritimes, fluviales, terrestres, et pour le développement du commerce local. Je lui donne une première satisfaction en lui annonçant la continuation jusqu'à Majunga de
NEUF AXS A MADAGASCAR
la ligne télégraphique qui relie déjà Tananarive à Ankazobé, et la création à bref délai d'un service de transports fluviaux par la Betsiboka. Pour me documenter sur cette dernière question, je me rends à Suberbieville, où j'arrive le 9. J'y visite les chantiers des mines d'or et le poste militaire établi au sommet d'une hauteur voisine d'où il commande au loin la vallée de l'ikopa et le pays environnant. Le ii, nous sommes de retour à Majunga, après un court arrêt à Amboanio, où la Compagnie de Suberbieville possède d'importantes installations.
Le surlendemain 13, le La Péroiise vient mouiller dans la baie de Baly, en vue du petit port de Soalala, où le commandant Le Do a créé un poste de milice quelques mois auparavant. Le prince Saïdina, qui commande ce détachement, me donne de bons renseignements sur la situation générale de la contrée. La reine du pays, Safitamo, s'est soumise à l'autorité française; à l'occasion de ma visite, elle réunit un grand kabary, auquel assistent les principaux chefs de la région.
De Soalala, le La Péronse fait route pour Maintirano où il arrive dans la nuit du 14 au 15. Le roi du pays, Alidy, Sakalave musulman, a refusé d'arborer le drapeau français et s'est enfui dans la brousse pour soulever les régions de l'intérieur; une compagnie de Haoussas, débarquée depuis quelques jours, s'apprête à le poursuivre.
Le 17, dans la matinée, nous mouillons devant Morondava, où M. Samat, correspondant de la Résidence générale, vient à ma rencontre à bord. L'accueil chaleureux qui m'est fait par la population, témoigne de l'influence que notre compatriote a su acquérir depuis trente ans qu'il est établi dans le pays.
Morondava compte à peu près 400 habitants, dont une quarantaine de Hovas et de Betsiléos et un petit nombre d'Indiens et de Comoriens. Le village possède une école, et, grâce à l'active propagande française de M. Samat, un certain nombre d'indigènes parlent assez couramment notre langue.
Notre compatriote me fournit aussi d'intéressants rensei-