LA PRISE D'IKONGO
où près de 40000 indigènes sont réunis, et où se reproduisent, avec quelques variantes, les réceptions, kabarys, visites et divertissements des étapes précédentes. Le capitaine Schaeffer me présente le gouverneur principal indigène de la région, Rainianjalahy, ancien général de l'armée hova, qui, pendant l'expédition de 1895, nous a livré, à Tsarasaotra, l'un des principaux engagements de la campagne. C'est un vieillard de belle allure, encore droit, à la figure intelligente et énergique.
Le 6 octobre, je quitte Arivonimamo, au lever du jour. Une heure après le départ, nous traversons l'Ombifotsy, large rivière qui doit son nom à une légende. On raconte qu'autrefois les deux rois de Tananarive et de l'Imamo, ayant été longtemps en désaccord sur une question de frontière, résolurent de régler pacifiquement le diff'érend. Ils convinrent de partir à une heure donnée de leurs capitales, et d'établir leur limite là où ils se rencontreraient. Le roi de Tananarive ayant usé de supercherie en avançant son départ, les deux chefs s'abordèrent au bord d'une rivière proche d' Arivonimamo; le roi de l'Imamo comprit qu'il était joué, mais ne le fit pas paraître, et un bœuf blanc [omhy fotsy) fut immolé en gage de paix et de réconciliation.
Vers trois heures de l'après-midi, nous atteignons Tananarive, où je fais procéder à une distribution de secours aux familles indigènes les plus nécessiteuses.
Quelques jours plus tard, j'appris que les pourparlers entamés dans la région d'Ikongo n'avaient pu avoir raison de la mauvaise foi des chefs dissidents, et qu'il avait fallu recourir à la force pour faire reconnaître notre autorité.
Le i^' octobre, le commandant Cléret, venant de Fianarantsoa, était arrivé au pied du rocher d'Ikongo, avec 20 tirailleurs malgaches et 50 hommes d'infanterie coloniale, auxquels s'étaient joints 60 miliciens commandés par M. l'inspecteur Huet. La position des rebelles tomba le 10 octobre, après plusieurs jours d'engagements très vifs, qui firent plusieurs victimes dans les rangs des Européens.