‹ Neuf ans à Madagascar [par le] général GallieniChapitre 80 sur 179 · SERVICE DE L'AGRICULTURE · texte numérisé non relu

SERVICE DE L'AGRICULTURE

de la pénétration. Il commençait à rayonner dans toutes les parties de l'île et à y remplir utilement le double rôle qui lui avait été assigné : rôle d'étude et d'investigation consistant à se renseigner, par la création de stations d'essais et de postes météorologiques, sur les ressources culturales des diverses régions et les conditions de réussite des principaux genres d'élevage; rôle d'éducation et de vulgarisation, qui l'appelait à faire bénéficier les colons des observations recueillies, à distribuer des plantes et des semences, à initier les Malgaches aux procédés de la culture européenne, à former parmi eux des contremaîtres et ouvriers agricoles, et enfin, à réunir des collections destinées à faire connaître au dehors les productions variées de Madagascar.

C'est ainsi qu'en 1901 furent créées plusieurs stations d'essais, et que le chef du service, m'ayant accompagné dans ma tournée annuelle, visita un grand nombre de centres de culture indigène et une trentaine de concessions européennes.

La tâche d'assurer l'essor de l'agriculture dans un pays neuf comporte une très grande somme de recherches et de documentation; elle est particulièrement ardue à remplir et c'est une considération qu'on ne doit pas perdre de vue lorsqu'on veut juger impartialement une œuvre dont les statistiques résumées à la fin de cet ouvrage permettent d'ailleurs d'apprécier l'importance.

L'exploitation des forêts commença aussi en 1901 à fournir pour l'exportation des quantités assez importantes des bois d'ébénisterie qui abondent dans certaines parties de l'île : palissandre, bois de rose, ébène, etc. Malheureusement, ces essences précieuses se rencontrent en général dans des provinces comme celle de Maroantsetra, où, faute de routes, les difficultés d'évacuation sont encore considérables. Ce n'est qu'à la longue, au fur et à mesure que des voies de communication s'ouvriront partout, qu'il sera possible de tirer de ces ressources naturelles les éléments de trafic qu'on peut en attendre. D'ailleurs, en Emyrne, l'ouverture de la route de l'Est et la praticabilité des autres artères qui rayonnent de Tananarive, permettant déjà

d'amener plus facilement les bois sur les marchés de la capitale et des environs, les cours de cet article se sont notablement abaissés. Enfin, les mesures prises pour éviter les incendies de forêts ont porté leurs fruits. Ces actes de vandalisme sont beaucoup moins fréquents qu'autrefois, et les indigènes ont enfin compris qu'ils ont intérêt à ne pas gaspiller une des principales richesses de leur pays.

Des instructions pratiques furent aussi élaborées en vue d'améliorer l'élevage du bétail et d'initier les Malgaches aux règles générales de l'hygiène des troupeaux et aux méthodes rationnelles d'alimentation, de stabulation et de croisement.

De même, une campagne de vulgarisation entreprise dans le journal officieux en langue malgache, le Vaovao, encouragea les indigènes à pratiquer, en dehors de la culture du riz, celle de certaines plantes industrielles : le manioc, le cocotier, le cotonnier et enfin, le mûrier, qu'il importait surtout de répandre dans les régions centrales. On verra plus loin les mesures qui furent prises les années suivantes pour hâter l'essor de l'industrie séricicole. Dès 1901, une section de travaux pratiques de sériciculture fut créée à l'établissement agronomique de Nanîsana, près de Tananarive. Dans les provinces, des terrains domaniaux furent attribués aux corps de village pour la création de mûraies, et des primes récompensèrent les plantations les mieux soignées. Enfin, pour faciliter aux éducateurs indigènes la vente de leurs produits, il fut décidé que la colonie ferait l'acquisition des cocons ou soies grèges de bonne condition dont ils n'auraient pu eux-mêmes effectuer le placement. Ce procédé, suivant lequel l'État se fait lui-même acheteur et commissionnaire pour procurer des débouchés à une industrie naissante, a été, en plusieurs circonstances, pratiqué avec avantage à Madagascar, et je dois dire qu'il aurait rendu plus de services encore si le respect des traditions administratives n'en avait souvent limité l'application.

Le besoin de chevaux, conséquence de l'extension du réseau routier, se faisant de plus en plus sentir, le service vétérinaire

GISEMENTS AURIFERES

continuait à suivre de près la question de la création d'une race appropriée au pays.

Pendant mon premier séjour, une jumenterie avait été créée à Ampasika, dans la banlieue de Tananarive. En 1901, les essais commencèrent à donner de bons résultats, principalement par le croisement d'étalons arabes avec les juments du pays. Néanmoins, afin d'obtenir des données comparatives et des conclusions plus certaines, je créai au début de 1901, à 25 kilomètres de Fianarantsoa, la ferme hippique d'Iboaka, au centre d'une région d'excellents pâturages. A cet établissement, dont la direction fut confiée au lieutenant de cavalerie Charles Roux, fut annexé un jardin d'essais, qui permit de procéder à d'intéressantes expériences agricoles, et de fournir des semences et des plants aux colons et aux indigènes. La ferme reçut dès son ouverture, 8 étalons et 17 juments pour la reproduction.

En 1900 et 1901 des découvertes très intéressantes, aussitôt suivies de la création de nombreuses exploitations aurifères, avaient été faites dans la région dite l'Ampasary, située entre Ambositra et la mer, et s'étendant sur une partie des vallées du Fanantara et du Sakaleona. Des gisements à teneurs élevées, successivement mis à jour, semblaient devoir assurer la prospérité de cette partie de l'île, et celle des provinces attenantes. La région prospectée couvrait une grande partie de l'ancien royaume tanala, et se prolongeait au nord chez les Betsimisarakas. Malheureusement, comme il advient souvent dans les pays d'or, l'exploitation rencontra de nombreux écueils. Un chaos de montagnes couvertes de forêts et coupées de profonds ravins rendait la circulation très difficile; en outre, le climat humide et malsain éprouva durement le personnel des travailleurs. Ceux-ci, cependant, affluaient; au milieu de 1901, on comptait sur les placers une dizaine d'Européens employant plus de 3000 ouvriers indigènes, auxquels l'or était payé de i fr. 90 à 2 fr. 50 le gramme.

Au mois de mai 1901, les progrès de la pacification en pays

sakalave permirent de même à la Compagnie lyonnaise d'ouvrir dans la vallée du Dabolava, affluent du Mahajilo, une exploitation minière occupant plus de 600 ouvriers indigènes.

Le traitement des minerais de fer fournit aussi une production notablement supérieure à celle des années précédentes. Mais la métallurgie du fer ne pourra prendre un développement sérieux à Madagascar que lorsque des routes permettront d'accéder facilement aux gisements; en cela, comme pour l'exploitation des bois, la question de transport joue un rôle capital.

Pour les voyageurs, les moyens de locomotion ont déjà beaucoup progressé. Les filanzanes et les porteurs à bambous deviennent rares sur la route de l'est et une entreprise par charrettes et pousse-pousses s'est créée pour les transports entre Mahatsara et Tananarive. Les courriers postaux utilisant des voitures à mulets avec relais font, en 60 heures, la totalité du parcours, y compris le canal des pangalanes, entre Tamatave et la capitale. Des expériences se poursuivent en vue d'un progrès plus décisif encore, par l'organisation d'un service d'automobiles sur la route de l'Est.

Je me préoccupai aussi d'un réseau de routes à établir dans l^île et traçai à ce sujet un programme général des études à entreprendre. Il fut spécifié que l'ère était close des travaux provisoires dont il avait fallu se contenter dans les débuts de l'occupation; désormais, les projets de travaux publics seront établis et exécutés en se conformant aux règles techniques, sur plans et devis mûrement étudiés. Il en fut ainsi en particulier de la route de Fianarantsoa à Mananjary et de la route de la vallée de l'Ivoloina, commencée à partir de Tamatave dans la direction d'Ambatondrazaka.

Aux mesures prises pour améliorer les communications, il faut rattacher un traité passé avec la Compagnie des Chargeurs Réunis pour l'étabHssement, sur la côte est, d'un service postal qui comprit chaque mois un voyage aller et retour de Diégo- Suarez à Fort-Dauphin.

LE VILLAGE INDIGENE A AXTSIRANE.

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