PRÉFACE
J'offre cet ouvrage au public, en hommage à la mémoire de mou père. C'est douze ans après sa mort (1892), que je me décide à faire paraître ces pages. Je n'exécute pas ici une volonté testamentaire, mais un désir du défunt.
Pendant les dernières années de sa vie, longue et active, mon père s'était occupé de la revision de ses écrits et m'avait désigné son Journal de 1851 à 1859, comme devant être publié un jour.
Ce ne sont pas des Mémoires, dans le sens propre du mot; c'est un simple Journal, dans lequel se trouvent consignés les événements et les transactions diplomatiques, auxquels il a pris une si grande part en sa qualité d'ambassadeur d Autriche à Paris, sous Napoléon III.
L'époque dont il s'agit, riche en événements historiques, riche en enseignements de toutes sortes, est pleine de perturbations et de bouleversements, tels que : le Coup d'Etat et la proclamation du second Empire. La reconnaissance du nouveau gouvernement a rencontré bien des difficultés, suscitées par les i. a
Il NEUF ANS DE SOUVENIRS
puissances du Nord; a donné lieu, entre ces Cours, à de nombreux pourparlers qui n'ont pas manqué de laisser de la rancune dans le cœur de l'Empereur, si jaloux de son prestige.
L'auteur décrit ensuite les complications qui apparaissent déjà sur l'horizon en Orient. La Russie y exerçait depuis des années une prépondérance considérée d'un œil louche par les puissances occidentales. Ce sont ces complications qui furent l'origine de la guerre de Crimée.
Si 1 Autriche n'a pas pris directement part à la guerre, elle s'est au moins rangée moralement du côté des puissances occidentales, tandis que la Prusse et l'Allemagne ne se prononçaient pas et louvoyaient entre les deux parties.
La prise de Sébastopol mit fin à la guerre. Cependant, l'Angleterre ne se montra pas favorable à la paix ; elle pensait à une nouvelle campagne navale dans la Baltique. L'Empereur, au contraire, satisfait des succès obtenus, pousse à la paix, se rapproche de la Russie et ne veut pas imposer aux vaincus de trop lourdes conditions. Les succès de la guerre — pas trop formidables, il est vrai — et la gloire momentanée, lui suffisent.
C'est que Napoléon III a déjà d'autres soucis en tête. Les souvenirs de sa jeunesse orageuse, ses liaisons d'autrefois avec les partis révolutionnaires en Italie ; les engagements qu il avait, peut-être, pris avec les sectes et qu'il semblait avoir oubliés un instant,