‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 11 sur 198 · MORMNG PARTY A SAINT-CLOUD · texte numérisé non relu

MORMNG PARTY A SAINT-CLOUD

Jeudi 31. — L'Assemblée nationale après avoir, il v a quelques jours, rejeté la révision, vient de nommer la commission de permanence.

L'exposition de Londres, invention due au prince Albert, attire une foule d'étrangers à Paris, parmi eux beaucoup d'Autrichiens.

AOUT

Samedi 2. — Reçu une bonne lettre du prince Félix de Schwarzenberg, bonne, aimable et amicale. Il m'expose la situation intérieure de la monarchie, en la peignant d'une manière plutôt rassurante.

Promenade aux boulevards. La visite dont le lordmaire de Londres honore la ville de Paris y a attiré une foule de mondes

Lundi 4. — A trois heures, à Saint-Cloud, chez le Prince-Président, qui donne un morning party en l'honneur de ses hôtes d'Angleterre. Le temps est superbe et le château, avec ses gobelins d'après Y Apothéose de Rubens, le parc avec ses eaux qui jouent, avec un soleil radieux, avec les ombres délicieuses sous la haute futaie, avec la vue de Paris, tout ceci fait un ensemble digne d'un conte de fées. On n'en peut pas dire autant de la compagnie, à tout point de vue, fort mêlée.

Mardi 5. — Matinée à lambassade d Angleterre. Le saltimbanque américain Franklin et le lord-maire de

Londres en sont les lions. Le soir grande fête à l'hôtel de ville. Huit mille invités. Le Prince-Président avec Iady Normanby et nous autres, donnant le bras aux femmes de ministres, faisons le tour des salles, pendant que le peuple stationne tranquillement sur la place et les quais, magnifiquement éclairés par la pleine lune. Voyage à Vienne du 8 au 31 août.

Dimanche 10. — Au Johannisberg. J'ai trouvé ici le prince de Metternich avec la princesse, les enfants, miss Marion Ellice et Valentin Esterhazy. On est donc en fort petit comité, mais on n'en jouit que davantage de ce site magnifique. Selon le prince, l'Allemagne occidentale est en pleine dissolution. Les gouvernements de ces États forment, pour ainsi dire, l'avant-garde et doivent pouvoir compter sur la confédération, qui est leur réserve. Mais pour que la confédération soit à même de remplir cette mission, il faut que la bonne entente se rétablisse entre l'Autriche et la Prusse, ce qui suppose une amélioration des relations personnelles entre Berlin, surtout entre le roi et le prince Félix Schwarzenberg. Les gouvernements de l'ouest de l'Allemagne, méfiants à l'endroit de la Prusse, ont une entière confiance dans les vues et intentions de l'Autriche. Mais à Vienne on les laisse sans direction, sans un mot d'ordre dont ils auraient un si grand besoin. En ce qui concerne le Gesammteintrùt, l'entrée de la monarchie autrichienne toute entière dans la Confédération germanique, le prince m'a répété ses arguments que je connaissais et que je m'approprie, contre la réalisation de cette fausse conception.

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