‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 137 sur 198 · LA QUESTION DE PAIX OU DE GUERRE · texte numérisé non relu

LA QUESTION DE PAIX OU DE GUERRE

mer Noire; mais que le rejet de cette condition par les plénipotentiaires russes ne constituera pas pour nous un cas de guerre.

Dimanche 25. — Chez Drouyn de Lhuys, que je trouve couché et assez souffrant. Nous débattons le troisième point de garantie (la limitation de la force navale dans 1 Euxin) . C'est le point cardinal auquel se rattache pour nous la question de paix ou de guerre. Drouvn de Lhuys est fort mécontent de la tournure que prennent les conférences de Vienne et trouve que la Russie gagne du terrain. Il laisse tomber un mot sur une idée qui lui est venue — et il est riche d'idées et d'expédients, soit dit sans ironie. Il désire être envové à Vienne et me prie, si je 1 approuvais, de suggérer cette pensée à 1 Empereur, que je verrai demain. Un nouveau plan est pris en considération : la mer Noire, complètement neutralisée, serait ouverte aux bâtiments de commerce de tous les pavillons et fermée aux bâtiments de guerre de toutes les nations, y compris la Russie et la Turquie.

Lundi 26. — Chez Drouyn de Lhuys. L'Empereur est disposé à entrer dans ses vues, c'est-à-dire à l'envover à Vienne avec mission d'assister, au sein de la conférence, à la discussion du point 3. Mais s'il y va, il devra rapporter la paix de Vienne ou notre participation à la guerre.

De chez le ministre je me rends aux Tuileries. L'Empereur me parle avec satisfaction de la nouvelle solution projetée ; mais il doute que la Russie l'accepte.

«Nous avons pris possession de la mer Noire, dit-il; nous n'en sortirons qu'au prix de concessions considérables . »

L'antichambre avait l'air belliqueux. Des aigles, des drapeaux, des harnachements. Gela sentait la Grimée. Ce voyage malencontreux n'est donc pas abandonné.

En sortant du cabinet de l'Empereur, je retourne chez Drouyn de Lhuys pour lui dire, au nom de son maitre, que sa mission est chose décidée.

Mardi 27. — Ge matin, reçu une dépêche télégraphique de Imol, qui me fait craindre qu'il ne soit plus maître de la situation. L'apparition de Drouyn de Lhuys fera peut-être du bien.

Mercredi 28. — Ge matin, service funèbre de la maréchale Nugent. — Drouyn de Lhuys est parti ce soir pour Londres. Avant de se rendre à Vienne, il tâchera de se mettre complètement d'accord avec le ministère anglais.

Jeudi 29. — Le courrier Rohmann m'apporte, sous cachet volant, des rapports du comte Apoony. Notre déclaration, portant que le rejet par la Russie du point 3 (limitation de ses forces navales dans la mer Noire) ne serait pas pour nous un cas de guerre, a fait très mauvais effet à Londres. Glarendon en est outré. En général, dans toutes les occasions, le cabinet anglais ne cache guère ses méfiances à notre égard.

Samedi 31. — Drouyn de Lhuys, revenu ce matin de Londres, se loue beaucoup des ministres anglais. Il

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