DROUYN DE LHUYS PART POUR VIENNE
s e*t évidemment mis d'accord sur le maximum des conditions à faire à la paix. Je l'ai quitté peu satisfait de son langage.
G est une très grande crise. Je conçois, mais je déplore, nos hésitations.
AVRIL
Dimanche 1". — J'écris au comte Buol (1) : « M. Drouyn de Lhuys se mettra en route, demain matin (pour Vienne)... Je vous prie de lui accorder votre confiance; c est un parfait galant homme, fin mais loyal, parfois nerveux à 1 excès et se laissant entrainer par le feu sacré qui le consume (dans ces occasions, je le recommande à votre patience) ; mais, somme toute, animé des meilleures intentions et guidé par des principes sains et par un désir sincère de conserver, de consolider et de faire fructifier 1 alliance avec l'Autriche. Placé entre l'alliance anglaise et celle de l'Autriche, il optera toutefois pour la première »
Lundi 2. — Ce matin, Drouyn de Lhuys est parti pour Vienne.
Jeudi saint, 5. — En proie aux pressentiments les plus sombres. Hatzfeld, pessimiste comme toujours, vient me voir et nous broyons du noir ensemble. Puis se présente Rothschild qui, avec son flair habituel,
(i) Lettre particulière au comte de Buul, du i,r avril.
devine, déjà, le refroidissement qui se prépare dans les relations entre l'Autriche et la France.
Dimanche de Pâques, 8. — Au Père-Lachaise, avec le maréchal Nugent. L'octogénaire, belle et noble figure, droite et martiale, entouré de mes filles, montant la hauteur bravement entre les tombeaux. Tableau charmant, contraste poétique! Le grand âge et la jeunesse se rencontrant dans ces lieux consacrés à la mort. Je les suivais et j'ai pu remarquer que les passants, frappés comme moi, s'arrêtaient pour contempler ce groupe.
Lundi 9. — Les premières nouvelles de Drouyn de Lhuys sont satisfaisantes. Il est content de son entrevue avec Buol, et enchanté de l'accueil que l'Empereur lui a fait.
Jeudi 12. — A Saint-Gloud. Vu la partie du château habitée par Leurs Majestés. Le culte, presque superstitieux, de l'Impératrice pour la reine Marie-Antoinette se reconnaît aux arrangements de son appartement particulier. Dans sa chambre à coucher, qu'elle partage avec l'Empereur, on ne voit qu'un seul cadre suspendu. C'est une ancienne gravure représentant l'infortunée épouse de Louis XVI. Doiïa Eugenia est convaincue qu'elle mourra sur un échafaud. Elle me l'a dit elle-même plus d'une fois, et quand je souriais, elle se fâchait tout rouge. Gomme preuve certaine du sort tragique qui l'attend, elle me raconte que lorsqu'elle faisait ses préparatifs pour son mariage, on vint lui