PETIT BAL A SAINT-CLODD
grosse pierre d'achoppement aux cours du Nord, ne rencontrera pas d objections auprès des ministres anglais.
Mardi 16. — Dans les théâtres, les représentations extraordinaires en l'honneur du Président de la République se multiplient. Les ovations bruyantes qu'on y fait à Louis-Napoléon sont comme l'ouverture de la grande pièce intitulée le Second Empire.
Jeudi 18. — Aujourd'hui ont eu lieu à Londres les funérailles solennelles du duc de Wellington.
Dimanche 21. — Plébiscite aujourd'hui et demain. Il y aura environ huit millions de oui et quelques centaines de milliers de non, et l'Empire sera fait. Pour fêter l'enterrement de la République, Louis-Napoléon a donné ce soir un petit bal à Saint-Cloud. La compagnie était mêlée : le corps diplomatique, les femmes des ministres, la marquise de Contades; la jeune et belle Mlle de Montijo, fort distinguée par le Président; la comtesse de Bernsdorff, femme du ministre de Prusse à Londres; quelques Bonaparte et une foule d'êtres inconnus et rien moins qu'élégants. Même Flahaut, ce louangeur fervent du fils de la reine Hortense, trouva que c'était par trop démocratique. Et pourtant, les choses et, plus encore, les dehors démocratiques, ne sont pas du goût de Louis-Napoléon. Mais, fils du suffrage universel, il ne peut renier son origine et, en ce moment-ci, il doit même l'afficher. Seulement, cela lui coûte. Vers le matin, à la fin du bal, j'ai eu une T. G
conversation de plus d'une heure avec lui. Il toucha lui-même les difficultés que suscitait le nom de Napoléon trois et nous discutâmes à fond cette question, si délicate, de la reconnaissance du Second Empire, moi parlant avec une entière franchise et lui écoutant avec une attention marquée. Mais c'est toujours la même chose. Il s'exprime fort bien et parfois avec un abandon vrai ou simulé, mais il n'entre jamais dans les arguments qu'on lui présente. Il ne veut pas et il ne sait pas discuter. Son regard éteint, qui cependant lance parfois des éclairs; ses traits immobiles forment, à la fois, un masque et une cuirasse impénétrables et on le quitte toujours avec l'impression de ne pas avoir été compris par cet esprit en apparence obtus, en réalité perspicace, qui ne comprend pas, parce qu'il ne veut pas comprendre, ou parce qu'il ne veut pas qu'on s'aperçoive qu'il a compris.
Lundi 22. — Second jour des élections. A. Paris, on ne s'en aperçoit pas. La physionomie de la ville porte l'empreinte d'une extrême indifférence.
Mardi 23. — Reçu, par courrier espagnol, mes instructions au sujet de la reconnaissance de l'Empire. Elles se distinguent par un manque désespérant de clarté. Les dépêches gardent le ton de la modération. La lettre particulière jette feu et flammes. Mais ce n'est rien en comparaison des ordres du cabinet de Berlin, confus, contradictoires, respirant des colères mitigées par la peur, qui pleuvent sans cesse sur mon infortuné collègue de Prusse.