LETTRES DE CREANCE
que le ressort de la lampe se trouvait cassé en mille morceaux. Le moyen de ne pas être superstitieux!
Dimanche 19. — L'agitation qui, depuis plusieurs jours, règne dans le corps diplomatique, a gagné les salons et le gros public. On entend dans les rues discuter la reconnaissance de l'Empire par les puissances du Nord. Se fera-t-elle? Comment se ferat-elle?
Jeudi 23. — Vu, aux Français, Phèdre jouée par la Rachel. Hélas! hélas! elle sacrifie de plus en plus la simplicité classique qui faisait sa grandeur aux effets bruyants qui enlèvent le vulgaire.
Mardi 28. — Kisseleff a reçu hier ses lettres de créance et ses instructions. Ces dernières se distinguent par une grande précision, protestent contre le nom de Napoléon III, mais prononcent le mot hérédité. Dans ses lettres de créance, l'empereur de Russie apostrophe l'empereur des Français par Sire et bon ami et non, selon l'usage établi en pareil cas, par Monsieur mon frère. En même temps, le comte de Hatzfeld est prévenu, parle télégraphe, que les lettres prussiennes sont rédigées dans les formes habituelles, c'est-à-dire que le roi de Prusse donne à Napoléon le Monsieur mon frère. Cela nous jette dans des perplexités.
Vendredi 31. — Le dernier jour de cette année est attristé par la nouvelle que je reçois de la mort de
Jarcke (1), à qui je dois mes notions du droit public et la direction politique, que je ne quitterai jamais.