PROCLAMATION DE L'EMPIRE
tion de la suppression du Verein, qui assure à la Prusse 1 hégémonie commerciale en Allemagne, à l'exclusion du premier de ses membres. L'empereur François- Joseph se rend dans la capitale prussienne où, reçu avec enthousiasme, il sait gagner tous les cœurs.
En Angleterre, la dissolution des partis fait des progrès notables. Cette grande puissance décline visiblement. Une maladie interne la mine. Gela ne tardera pas de se manifester. Vers la fin de Tannée, le ministère torv Derby-Disraeli fait place à un cabinet de coalition. Alberdeen, John Russell, Palmerston, Gladstone, Granville.
En France. l'Empire, qui mûrit comme le fruit sur l'arbre, est proclamé le 2 décembre. C'est l'absolutisme entre les mains d'un homme remarquable, non contenu par le respect du droit et des traditions des vieilles monarchies. Les négociations entre Vienne, Berlin et Saint-Pétersbourg, au sujet de la reconnaissance du nouvel ordre de choses en France, ne sont pas conduites comme je 1 aurais désiré. Les hommes d État à la tète des cabinets semblent se laisser guider bien plus par la crainte d'être taxés d hérésie politique et de tiédeur en matière de légititnisme que par une saine appréciation de la situation. Les idées si élevées, si claires, si pratiques, consignées par le prince Félix de Schwarzenberg dans son mémoire du 29 décembre 1851, ont été enterrées avec le grand homme d État. Mais de tous les souverains et ministres appelés à intervenir dans cette affaire de la reconnaissance, François- Joseph est le nœud de la question. En écrivant à Buol, c'est toujours à l'Empereur que je m'adresse de la
pensée. Si je parviens à le convaincre, nous traverserons cette crise sans dommages; sinon, je serai remplacé et mon successeur, prenant à la lettre les directions du comte Buol, se lancera tête baissée dans une voie sans autre issue que la guerre (pour le chiffre III !!!), ou la plus triste des reculades. Il faut donc, dans ma correspondance, dire toute la vérité, mais il faut la dire avec des précautions oratoires; il faut faire comprendre à Buol, sans le froisser, qu'il fait fausse route, et il faut porter la même conviction dans l'esprit de l'Empereur, sans avoir l'air de poser en antagoniste de son ministre. Tâche délicate et difficile, d'autant plus que les chefs de mission ne correspondent pas avec le souverain, mais exclusivement avec le ministre qui lui soumet leurs rapports. Nous savons d'ailleurs que François-Joseph lit ces correspondances avec une grande attention.
Depuis la mort du prince Félix de Schwarzenberg, ma situation personnelle à Vienne s'est grandement modifiée. Le prince avait en moi une confiance illimitée. Je pouvais lui parler (et écrire) à cœur ouvert, sûr d'avance de le voir entrer dans mes idées. M. de Buol me connaît peu, et des envieux, dont le nombre est légion, me font une guerre sourde, mais acharnée. Les journaux ne cessent d'annoncer mon prochain rappel, et les feuilles officieuses du ministère n'ont garde de démentir ces bruits. Je ne puis compter que sur moi et, peut-être, sur l'Empereur, et je n'ai pour boussole que le devoir.
Voici maintenant, en deux mots, la question brûlante du jour. Louis-Napoléon est arrivé à son but. Il a cru