‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 41 sur 198 · PAS DE TITRE DE NAPOLEON III · texte numérisé non relu

PAS DE TITRE DE NAPOLEON III

en son étoile, astre essentiellement bonapartiste, et cet astre la conduit de Boulogne, de Strasbourg, de Ham, aux Tuileries. Il lui a bien fallu passer par le baptême du suffrage universel; mais, avant tout, il se sent, il est fier d'être l'héritier, le successeur, le continuateur de la race de Napoléon Ier. Or, chaque courrier de Buol m'apporte l'ordre de combattre cette tendance, de la combattre « vaillamment » , et de faire écarter tout acte public constatant l'affiliation entre le second et le premier Empire. Donc, pas de titre de Napoléon trois, pas de fête Napoléon le 15 août, pas d'effigie de Napoléon Ier sur la croix de la Légion d'honneur. « Nous ne demandons pas mieux, m'écrit-il, que d'éviter 1 embarras de l'Empire; mais, s'il ne nous est pas épargné, nous tenons au moins, à empêcher le retour d'une politique impérialiste... Entre particuliers qui se respectent, il y a souvent des questions délicates qu'on élude, lorsqu'on veut vivre en bonne harmonie. G est, à plus forte raison, le cas entre gouvernements. Pourquoi forcer l'Europe de célébrer une fête qui lui répugne? Le 15 août n'est pas la fête de Louis-Napoléon, ni celle de son oncle; c'est l'anniversaire de la naissance de l'homme, qui a été le tourment de l'Europe et qu elle a mis au ban... Pourquoi attacher du prix à nous voir porter l'effigie de l'ex-empereur sur la poitrine? Qu'on institue un nouvel ordre. Il sera peutêtre moins glorieux aux yeux de la France ; mais un étranger, au moins, pourrait le porter sans embarras et sans rougir. »

(1) Lettre particulière du comte de Buol, du 1" septembre.

« Voilà les arguments que je dois faire valoir auprès du neveu, pour « l'amadouer » , pour l'empêcher de suivre les errements politiques de l'oncle !

« J'attache, continue Buol, un prix immense à la déclaration de l'Angleterre de ne pas vouloir reconnaître le chiffre III (elle a été la première à le donner au nouveau chef de la France) ; « appuyez, aussi chaudement que possible, les protestations de lord Gowley u — qui n'a pas protesté — « énoncez, aussi haut que possible, votre conviction individuelle, que l'Autriche ne se rendra jamais complice d'une anomalie dont l'histoire, au besoin, ferait justice. »

Je lui réponds : « Je comprends et je partage la légitime indignation que les souverains doivent éprouver en présence de ce qui se passe ici. Mais plus je la partage, plus je me crois appelé à vous présenter la France sous toutes les faces. De quoi s'agit-il? Si je vous ai bien compris, il s'agit : 1° d'éviter une complication qui mettrait les cabinets dans l'alternative, ou d'engager la guerre sous l'apparence d'être les agresseurs pour une question de titre ou de chiffre, ou de devoir reculer; 2° il s'agit de ne pas oublier, comme vous avez si bien dit, que nous servons un monarque qui aime la paix, mais qui ne craint pas la guerre. Il s'agit donc aussi de ménager aux puissances la latitude de faire la guerre, mais en mettant tous les torts du côté de Louis-Napoléon. »

Pendant que je tâche de calmer les colères, d'apaiser les impatiences de notre chancellerie d'État, le langage

(1) Lettre particulière du comte de Buol du 8 novembre.

(2) Ilubner à Buol, 12 novembre, lettre particulière.

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