‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 53 sur 198 · LES EXÉCUTIONS A MILAN · texte numérisé non relu

LES EXÉCUTIONS A MILAN

Le Journal des Débats, organe libéral, inaccessible, je crois, aux influences du gouvernement, nous fait le plus de mal, précisément parce qu'on le sait indépendant. Il ne nous a jamais aimés.

J'écris aujourd'hui à mon ministre (1) : « J'ose appeler votre attention sur l'article, ci-joint, du Journal des Débats emprunté à la Gazette piémontaise, parce qu il a fait ici une certaine sensation et sera, sans doute, exploité par la presse anglaise. La sentence, si elle est fidèlement reproduite, se borne à constater que vingt-sept individus ont commis le crime de haute trahison et ont été, par conséquent, condamnés à mort. Puis elle se met à énumérer les vertus privées de ceux des condamnés qui ont été graciés, c'est-à-dire dont la peine capitale a été commuée en plusieurs années de prison, avec emploi de fers.

« Dans un pays comme la France, où le crime de haute trahison est devenu impossible, parce que tout le monde a, plus ou moins, trempé, pendant soixante ans, dans des conspirations ou intrigues tendante renverser le gouvernement établi, on a de la peine à comprendre comment le gouvernement autrichien envoie aux cachots pour vingt, seize, douze ans de réclusion, des individus dont il exalte les vertus privées, la conduite exemplaire, le caractère honorable, etc., dans l'acte même qui les condamne. Si tous les vingt-sept individus avaient été exécutés, on n'v aurait pas fait grande attention; mais la manière dont leur grâce a été motivée, la rédaction de ces sentences ont produit ici, même

(1) Lettre particulière au comte de Buol, du 12 mars.

parmi nos amis et dans les régions du pouvoir, une explosion d'indignation. Pour ma part, je n'attache pas la moindre valeur à cette faussse sentimentalité qui n'a de sympathies que pour les criminels ; mais en France on a été, depuis 1848, bien plus juste envers nous qu'avant cette époque, et que ne l'a été l'opinion publique de l'Angleterre surtout, pendant la dernière guerre de Hongrie. »

Je finis par recommander l'insertion dans quelques journaux français du texte intégral des sentences du tribunal de Milan.

Aujourd'hui, mon Empereur se rend à la cathédrale de Saint-Étienne pour remercier Dieu d'avoir sauvé ses jours. Le télégraphe mande de Vienne que le temps est splendide et l'enthousiasme des Viennois à son comble.

Le général Haynau est mort à Vienne.

Dimanche 13. — Grand banquet chez moi, pour célébrer la guérison de l'Empereur. J'ai eu le plaisir de pouvoir réunir autour de ma table des représentants de presque toutes les parties de la Monarchie. Il y avait parmi les convives : la comtesse Gabrièle Dietrichstein, mariée à un comte Hatzfeld, de Bohême; des Kârolyi; des Zichy ; le comte Jànos Pâlffy ; le baron Wenkheim, de Hongrie; le comte Albert Grivelli, de Milan; la belle comtesse Adam Potocka ; M. et Mme de Gzarkowski, de Gallicie ; le père Ghable, directeur de la grande œuvre allemande; le pianiste Thalberg; tous les membres de mon ambassade : baron Schloissnigg, baron Ottenfels, prince Alexandre Schœnburg et prince Richard Met-

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