LE TRAITE DE
t-elle? Toute la question estlà. Quelle serait alors notre situation? G est à ne pas y penser. En attendant on s'amuse ici. On dine et on danse comme si nous n'étions pas en juin. A la Cour, on a beaucoup fêté le duc de Gènes; mais il n'a vu personne de la société française, et le corps diplomatique n'a rien fait pour lui. »
JUIN
Jeudi 2. — J'écris aujourd hui à Vienne par courrier. ?sotre position, dans ce conflit d'Orient, est des plus délicates. }sous maintenons le traité de 1841 qui garantit l'indépendance et l'intégrité de l'Empire ottoman. Maintenant, les demandes que la Russie a adressées à la Porte menacent-elles l'indépendance de la Turquie? Le gouvernement du Sultan répond par un oui, et la France et l'Angleterre adhèrent. L'Autriche et la Prusse se tiennent sur la réserve; mais chez nous comme en Allemagne l'opinion publique est décidément hostile à la Russie, et l'alliance anglo-française se reforme. C'est là, si je ne me trompe, le danger de la situation.
Vendredi 10. — Le Moniteur annonce que les flottes réunies de la France et de l'Angleterre se rendent aux Dardanelles et seront mises à la disposition des deux ambassadeurs. Grande baisse à la Bourse.
Samedi 11. — Kisseleff a communiqué hier à Drouvn de Lhuys des dépèches du cemîe Nesselrode datées du 4. L'empereur Nicolas demande la signature par la
Porte de la note proposée par Menschikoff. Si la Porte ne l'a pas signée dans les huit jours, il fera occuper les Principautés. En même temps, il déclare qu'il n'est pas de son intention de détruire l'Empire ottoman, ni de faire aucune conquête, ni d'encourager ou provoquer des insurrections de la part des sujets chrétiens du Sultan. Le langage de Kisseleff se modifie et devient conciliant. De là un revirement soudain dans les organes du gouvernement français, à la Bourse et dans le public. Ces hauts et ces bas subits sont dans la nature du Français. Un rien le démoralise, un rien lui redonne le courage. Aujourd'hui il se dit : il y a détente. Gela suffit pour le rassurer. Ceux qui connaissent le dessous des cartes ne partagent pas cette sécurité. Voici la situation vraie. On (c'est-à-dire l'Angleterre et la France) laissera les Russes occuper les Principautés; mais s'ils en franchissent les frontières méridionales, si l'empereur Nicolas ne renonce pas à exiger la note Menschikoff, c'est-à-dire s'il ne consent pas à faire des concessions qui mettent fin à sa situation exceptionnelle en Orient, on fera la guerre.
Gowley et Drouyn de Lhuys disent à tout le monde qu'en cas de guerre des puissances occidentales avec la Russie l'Autriche ne pourra pas rester neutre.
Dimanche 12. — La princesse de Lieven part demain pourEms. Elle emmène miss Marion Ellice. Sonabsence constitue la saison morte des diplomates.
Mercredi 15. — Je vois que l'on est loin encore d'une entente parfaite entre Paris et Londres. Aussi,