LE DUC DE GE3ES A PARIS
a Le duc de Gènes est ici, depuis plusieurs jours, rs avant pas fait de visite à lord Cowley, cet ambassadeur ne l'a pas invité à son bal pour la fête de la reine, ni demandé de lui être présenté, ce qui a inspiré à Villamarina (ministre de Sardaigne) l'idée de s'en plaindre à Londres. »
Menschikoff a quitté Gonstantinople le 27. Cette nouvelle grave nous est parvenue dans le court espace de quatre jours. C'est inouï.
Lundi 30. — Ce soir, bal à Saint-CIoud en l'honneur du duc de Gênes. Près de quinze cents personnes se pressaient dans les salons du plus délicieux de tous les châteaux royaux de France et de Navarre. Les hommes étaient en uniforme, les femmes en grande toilette. La cour se tenait dans la galerie, où la foule se bousculait malgré une température plus que tropicale. L'Impératrice, fort en beauté, parut pour la première fois depuis sa maladie. Au moment où le bal devait s'ouvrir, l'Empereur avec la princesse Mathilde, l'Impératrice avec le duc de Gènes occupaient déjà leurs places pour commencer la contredanse d'honneur. L'Empereur Napoléon, en m'apercevant, quitta sa danseuse, s'approcha de moi, et au milieu de la cohue qui nous entourait donna un libre cours à ses doléances qui, au fait, étaient des menaces. Vovant dans le mariage du duc de Brabant avec une archiduchesse d'Autriche une attaque indirecte contre son pouvoir; se croyant trahi, menacé, humilié, il me faisait l'effet d'un homme presque affolé. Je ne pense pas que ces colères étaient jouées. Il faut se mettre à sa place. G est à un
coup de main fait avec deux ou trois bataillons qu'il doit le trône de France. Il veut le garder; mais parfois il le sent trembler sous ses pieds. Alors la peur le prend, et, avec la peur, la colère. C'est à ces moments que je le crois capable de tout. J'ai gardé mon calme pendant qu'il dénonçait, en toutes lettres, l'amitié avec l'Autriche. « Vous vous mariez avec la Belgique, s'écriat-il; je ne ferai pas divorce avec la Suisse. » C'étaient textuellement ses paroles. De ma part, j'évitai d'avoir l'air ému ou impressionné et me bornai à lui faire comprendre tout le tort qu'il se faisait à lui-même en menaçant constamment de s'allier avec la Révolution.
J'écris au comte Buol (l) : « Colère, mauvaise humeur, picoteries, rancunes! Voilà ce qui est ici à l'ordre du jour. La bombe était chargée depuis longtemps; c'est le mariage belge qui l'a fait éclater. Nous devons en prendre notre parti ; mais je pense que tôt ou tard on reviendra à la raison. On est furieux contre la Belgique. A la Cour, on maltraite les pauvres Belges qui y sont encore admis, et à d'autres, comme au prince de Ligne, on en a fermé la porte. Un bon conseil à donner au roi Léopold serait, à mon avis, celui d'éviter tout ce qui pourrait donner une apparence de droit aux plaintes du gouvernement français et un prétexte plausible aux représailles qu'il médite. Une loi sur la presse, qui écarte le jury, en est une condition sine quâ non.
« Dieu veuille qu'on soit sage à Saint-Pétersbourg Si l'empereur Nicolas fait la guerre à la Turquie, h France suivra l'Angleterre, et l'Angleterre que fera-
{ï) llubner au comte de Buol, lettre particulière du 2 juin.