‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 64 sur 198 · ARRESTATIONS A L'OPÉRA-COMIQUE · texte numérisé non relu

ARRESTATIONS A L'OPÉRA-COMIQUE

ment, à la complication orientale; mais tous ses ministres ne pensent pas ainsi. Et qu'est-ce que veut l'empereur Napoléon? A-t-il un plan arrêté? Nul ne le sait. Plus inaccessible et plus taciturne que jamais, son silence est plus éloquent que ne sauraient être les paroles de l'homme qui « ne parle jamais et qui ment toujours » .

JUILLET

Lundi 4. — On mande de Rome que le Père Beckx a été élu général de la Compagnie de Jésus.

Mardi 5. — Avec les Gowley à l'Opéra-Comique. L'Empereur et l'Impératrice s'y trouvaient. Pendant la représentation, des hommes armés, au nombre de dix-huit, furent arrêtés par la police. Quelques-uns d'entre eux ont avoué* qu'ils étaient venus avec l'intention d'assassiner l'Empereur à sa sortie du spectacle. Cet incident passa presque inaperçu, et la représentation ne fut pas interrompue.

Dimanche 10. — Le manifeste russe est un vrai appel à la guerre sainte.

Lundi 11. — La circulaire du comte Nesselrode du 20 juin|2 juillet semble trahir la résolution prise en Russie de ne faire aucune concession.

Jeudi 14. — Kisseleff prend le verbe très haut : « Nous aurons, dit-il à qui veut l'entendre, ce que

nous voulons, peu importe que nous ayons affaire a une puissance, à deux, à trois ou à quatre. » Ce propos répété dans la colonie russe semblerait prouver que l'empereur Nicolas est décidé à passer outre.

Samedi 30. — Le mois se perd en essais infructueux pour trouver une issue de l'impasse où l'on s'est engagé. C'est d'abord ce qu'on appelle l'expédient Bourqueney, suggéré en réalité par le cabinet russe, que voici : la Porte signe la note Menschikoff et la fait porter à Saint-Pétersbourg par un ambassadeur nommé ad hoc. Ceci fait, l'empereur Nicolas donne certaines assurances. A Paris et à Londres, on exige que ces assurances doivent précéder la remise de la note turque. De son côté, Drouyn de Lhuys élabore un autre projet de note que Gastelbajac communique directement à l'empereur de Russie. Sa Majesté le préfère à l'expédient Bourqueney, mais veut d'abord prendre l'avis du cabinet autrichien, dont Elle a accepté les bons offices. Drouyn de Lhuys en informe Buol,qui se déclare d'autant plus prêt à appuyer à Saint-Pétersbourg la proposition française, que les pourparlers des représentants des quatre puissances à Gonstantinople n'ont pas abouti. Drouyn lui fait savoir, par moi, qu'une entente entre la Russie et la Turquie étant à craindre il y a péril en la demeure. Je suggère à Buol l'idée de prendre en main la direction des pourparlers en les concentrant à Vienne. Buol, entrant dans mes vues, convoque le 22 les représentants des puissances. Meyendorf (ministre de Russie) seul ne répond pas à l'appel. C'est ainsi que la conférence que notre ministre, pour ne pas effarou-

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