‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 72 sur 198 · L'EMPEREUR EST DEFIANT · texte numérisé non relu

L'EMPEREUR EST DEFIANT

sans rien dire de nouveau. Vers minuit Mulinen arrive de Vienne avec des dépêches. J'écris à Buol (1) :

« Je résume l'ensemble de vos propositions (du -2~ octobre) et les modifications proposées par le gouvernement français. La conférence de Vienne, d'après M. Drourn, invite les deux puissances belligérantes à négocier la paix à Vienne. Leurs plénipotentiaires prendront part aux travaux de la conférence. La conférence s'occupera d abord de la rédaction d'une note basée sur le dernier travail de Stratford. On suppose que l'envoyé de Turquie est autorisé à signer cette note, qu'il passera à l'envoyé de Russie. La remise de cette pièce aura lieu au sein de la conférence. La note formera le fond, le traité, l'expression officielle du rétablissement de la paix. Je crois avoir obtenu tout ce qu'il était possible d'obtenir, et vous voyez que M. Drouyn de Lhuys est parvenu à changer les dispositions du cabinet anglais dans l'espace de deux fois vingt-quatre heures, dans un sens conforme à vos idées, du moins jusqu'à un certain point. Vous me dites, mon cher comte, dans votre lettre particulière, que la France doit savoir à quoi s'en tenir avec nous. Je ne pense pas qu'on se fie à nous; le gouvernement peut-être plus que l'Empereur, qui est décidément défiant. L'idée que les trois puissances veulent sa perte au profit de Henri V ne sort pas de sa tête. «

Mardi 8. — Les Turcs ont passé le Danube sur trois pomts : à Oltenizza, situé à une petite distance de

(i) Lettre particulière, du V novembre.

Boukarest, douze mille Turcs auraient battu neuf mille llusses.

Mercredi 9. — Le temps est toujours délicieux. A Ghamplatreux avec Hatzfeld; nous y trouvons le comte Mole, la marquise de la Ferté, sa fille, le duc et la duchesse d'Ayen, sa petite-fille et le comte de Hatzfeld avec ses enfants. C'est toujours avec un vif plaisir que je revois ce château bâti sous le règne de Louis XV, mais non en style rageur. Ici, rien n'est rageur, ni la maison, ni ses habitants, ni la nature. C'est une construction imposante, solennelle, majestueuse, située entre une cour d'honneur et le parc. Au rez-de-chaussée, exclusivement consacré à la représentation, il y a quelques salons spacieux, richement et en même temps simplement meublés dans le goût du milieu du dix-huitième siècle. Dans une pièce isolée, un portrait en pied de grandeur naturelle du roi Louis-Philippe rappelle une visite de ce souverain, à l'époque du ministère Mole, et un conseil présidé par lui. Au premier étage se trouvent les appartements des maîtres et de leurs hôtes. De tous les hommes publics que j'ai rencontrés en France, depuis 1835 jusqu'à ce jour, le châtelain de Champlatreux rappelle le plus par son extérieur aristocratique, son maintien grave, par l'expression spirituelle et parfois caustique de ses traits et par le don de là parole qu'il possède et par l'usage qu'il en fait, les grands seigneurs hommes d'État des temps passés. Je ljai vu plus d'une fois à la tribune. Il imposait par son attitude fière et réservée, par ce qu'il disait autant que par ce qu'il ne disait pas, et peut-

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