‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 9 sur 198 · LA VEUVE DE LOUIS-PHILIPPE · texte numérisé non relu

LA VEUVE DE LOUIS-PHILIPPE

je crois peu sincères, dans ma correspondance particulière avec notre premier ministre, et c'est avec une vive satisfaction que j'ai lu les lettres de ce dernier. Rien ne s oppose plus au retour du prince de Metternich. Diner à Laecken, avec le comte, la comtesse et leur fils, le vicomte Charles Vilain XIV. J'y ai trouvé la reine Amélie, que je n'avais plus vue depuis 1847; son fils le prince de Joinville, devenu un vieillard; la duchesse de Sagan (duchesse de Dino), et les trois enfants du roi. Après diner la reine Amélie fit emporter le fauteuil que la reine des Belges, sa fille, avait occupé habituellement. Une atmosphère de deuil et de tristesse pesait sur cette réunion. La veuve de Louis-Philippe m'a parlé avec dignité et résignation des épreuves douloureuses de ces dernières années. Le roiLéopold, ce prince diplomate par excellence, m'a paru un peu désorienté. Le départ de son beau-père des Tuileries reflète naturellement sur sa situation.

Mardi 27. — Diner chez moi en l'honneur du jeune couple duc et duchesse d'Aven, avec la duchesse de Sagan et le duc et la duchesse de Noailles, marquis et marquise de Vogué, comte et comtesse Pozzo di Borgo (née de Grillon) , le comte Mole et Richard Metternich.

JUIN

Ma7'di 24. — Diné aux Tuileries, chez le général Baraguay-d'Hilliers, qui occupe l'appartement de Mme la duchesse de Montpensier. Je me trouve entre

Baroche, ministre des affaires étrangères, et Boulay de la Meurthe, vice-président de la République. Ce dernier me disait : s Eh bien, comment ça va-t-il en Autriche? Gela se civilise-t-il un peu? »

JUILLET

Dimanche 13. — La Gazette de Vienne donne la nouvelle loi sur la presse, qui, « pendant la durée de l'état transitoire» , autorise le gouvernement à supprimer les journaux et à défendre l'importation de journaux et livres imprimés à l'étranger. La pensée du ministère se concentre sous le mot « transitoire » . On pourrait se demander si c'était une inspiration heureuse de créer un nouveau provisoire. Et où ce provisoire devra-t-il aboutir? Doit-il nous ramener à la charte octroyée et supprimée le 4 mars, ce qui serait une interprétation assez naturelle du mot provisoire — ou bien, sauf quelques concessions faites au temps, à la vieille Autriche historique et traditionnelle? Peut-être l'Empereur et ses ministres ne jugent-ils pas les choses assez mûres pour qu'on puisse parler plus clairement. S'il en est ainsi, l'emploi du mot « transitoire » n'est pas peutêtre une faute, puisque le permanent et positif est encore impossible; mais, alors, c'est la triste constatation du fait déplorable que l'Autriche n'a pas encore retrouvé son assiette.

Lundi 14. — Mole, Viel-Gastel, Werner de Mérode et Kisseleff dînent chez moi. Mole raconte avec l'entrain

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