‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 8 sur 198 · LISTES DE DINERS · texte numérisé non relu

LISTES DE DINERS

grand monde, mais que le maitre de la maison fera bien de ne pas mettre en contact avec les vertus farouches du noble faubourg. Les étrangers de distinction sont dune grande ressource, car on peut les inviter avec tout le monde. Voici, par exemple, mon diner d'un de mes derniers lundis, genre solennel : comte Mole; prince et princesse de Ligne, née Lubomirska; général de La Hitte; maréchal Narvaez; marquis de Valdegamas ; marquis et marquise Brignole; duc et duchesse de Galliera ; marquis et marquise Durazzo, etc. — Autre diner d'hier, jeune élégance du faubourg : marquis et marquise de Jumilhac; comte et comtesse Xavier de Blacas; marquis et marquise de Xadaillac; le duc de Valençay, le comte Armand de Maillé, le marquis de Laussat. — Diner de dimanche dernier, officiel et ennuveux : Baroche, ministre des affaires étrangères; Léon Faucher, intérieur; amiral de Lassus; prince de Graon, duc de Bauffremont, comte de Circourt, Persignv, le comte Villareal et plusieurs de mes collègues du corps diplomatique. — Dîner d'étrangers de marque : lord et ladv Douglas (princesse Marie de Bade) ; comte et comtesse Maurice Dietrichstein (née Potocka) ; Mme Narichkine; lord Hertford. un des hommes les plus spirituels que la Grande-Bretagne ait jamais produits; comte de Brandebourg, Kisseleff, etc.

MAI

Jeudi 1". — Grande et élégante soirée chez M. Mole à l'occasion de la signature du contrat de mariage de

Mlle de Ghamplatreux, sa nièce, et de Jules de Noailles, duc d'Ayen, fils aine du duc de Noailles.

Dimanche 4. — Une pluie persistante gâte la fête républicaine du 4 mai. La foule patauge dans la boue. Un Neptune colossal de plâtre qu'on a érigé sur le pont Louis XV résiste mal aux rafales qui déchirent les pavillons, renversent quelques mâts, et finissent par balayer cette immense place de la Concorde, éclairée à jour à la lumière électrique, mais grâce à l'inclémence des éléments complètement déserte dès les premières heures de la nuit. Persigny en est enchanté. Il y voit le symbole du sort réservé à la République.

Jeudi 15 au dimanche 18. — Excursion à Bruxelles et Brugelette. Arrivé à Bruxelles à cinq heures du soir. Diné chez le prince de Metternich, dont nous célébrons le soixante-dix neuvième anniversaire. Il n'y avait que la famille, le comte de Stùrmer, ancien internonce à Gonstantinople, et Mlle Tardiveau, le modèle de toutes les gouvernantes.

Vendredi 16. — Passé la journée au collège des jésuites à Brugelette, avec mes fils.

Samedi 17. — Le prince de Metternich me fait lire des lettres du prince Félix de Schwarzenberg relatives au retour en Autriche de l'ancien chancelier d'État. Il s'était exilé lui-même en 1848, et lorsqu'il faisaitmine de rentrer, il se trouvait des âmes timorées à Vienne qui y mettaient obstacle. J'ai combattu ces scrupules,

Page 1