‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 94 sur 198 · LES LEGITIMISTES PURS · texte numérisé non relu

LES LEGITIMISTES PURS

chait et puisait ses notions, complètement erronées, sur la nature des relations entre la France et l'Angleterre. G est sous l'influence de l'atmosphère qu'il respirait dans un milieu, où l'on en était encore aux guerres napoléoniennes du commencement du siècle et à l'année 1840, que Kisseleff rédigeait ses rapports tendant à prouver que jamais il n'y aurait alliance entre la France et l'Angleterre. G est ainsi que, sans le vouloir à coup sûr, il a trompé son souverain et contribué beaucoup à amener la rupture. Je me souviens que le vieux prince de Metternich me mit en garde contre la princesse de Lieven, qu'il avait beaucoup vue au congrès d'Aix-la-Chapelle et ailleurs, en me disant qu'elle était d'un charmant mais dangereux commerce. Quoi qu'il en soit, j'ai pris de cette femme d'État, bien supérieure à la plupart de ses habitués, un congé des plus tendres, tout en ne regrettant pas trop la fermeture de son salon. — Ce soir, assisté à la signature du contrat de mariage de la jolie fille de M. Mathieu de la Redorte.

Vendredi 24. — Aujourd'hui, anniversaire de la révolution de Février, on voyait dans les rues un peu plus de blouses que d'ordinaire, voilà tout. Les émotions, les démonstrations, les cris séditieux ne sont plus de mise. Nous avons changé tout cela. — Le soir, chez la princesse Théodore de Bauff remont. On n'v trouve que le fin fond du faubourg Saint-Germain. Les légitimistes purs, fidèles à la politique traditionnelle des Bourbons, prennent fait et cause pour la Russie.

Lundi 27. — Temps superbe. Je me crois en Portugal. — Aujourd'hui, est mort l'abbé de Lamennais. Il a refusé les secours de la religion, en vrai ange déchu qu'il était. — Travaillé avec Drouyn de Lhuys. Le soir au second et, Dieu merci, dernier bal costumé aux Tuileries. En me voyant entrer, l'Empereur vint à moi et me dit qu'il avait une confiance illimitée dans mon Empereur, que Sa Majesté pouvait compter sur lui, et que partout où il aurait un soldat, l'Empereur d'Autriche pouvait le considérer comme le sien. Il a été, ajoutat-il, convaincu qu'on n'en viendrait pas à la guerre, à tel point qu'il avait inauguré diverses réformes, entre autres celle de l'artillerie, de sorte qu'il n'est pas prêt à entrer en campagne ; mais il espère l'être en fort peu de temps.

Mardi 28. — Le comte de Traun m'apporte le projet du quadruple traité. L'Empereur est décidé à la guerre ; mais la société à Vienne, comme ici, comme à Berlin, est russe. Les courriers anglais et français, porteurs des lettres de sommation, sont partis aujourd'hui pour Saint-Pétersbourg.

MARS

Jeudi ier. — Ouverture de la session législative. Dans le discours du trône se trouve le passage suivant : « L'Allemagne a recouvré son indépendance. L'Autriche, surtout, entrera dans notre alliance et viendra ainsi confirmer le caractère de moralité etdejusticedela

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