‹ Neuf ans de souvenirs d'un ambassadeur d'Autriche à Paris sous le Second Empire, 1851-1859;Chapitre 96 sur 198 · LE PRINCE DE HOHENZOLLEUN A PARIS · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE HOHENZOLLEUN A PARIS

Russie est contraire aux lois internationales et aux intérêts européens.

Vendredi 10. — Le courrier Hillinger, arrivé de Vienne et expédié aussitôt à Londres, m'apporte des dépêches qui me prouvent que les hésitations du roi de Prusse se font déjà sentir à Vienne. — Passé la soirée, seul, dans ma bibliothèque, en proie à de noirs pressentiments.

Samedi 11. — Le roi de Prusse envoie le prince de Hohenzollern à Paris et le général Groben à Londres, pour demander si les préliminaires russes, rejetés par la conférence de Vienne, ne pourraient néanmoins servir de point de départ à de nouvelles négociations. — Chez Drouyn de Lhuys. — Grand diner à l'Hôtel de Ville ; entre Mme Haussmann et Mme de Malaret, qui est charmante. Lutté tant que j'ai pu avec le découragement qui m'envahit. Gomment ne pas se décourager quand on aime son pavs et son souverain, et quand on voit les dangers que ceux qui dirigent notre politique ne voient pas!

Dimanche 12. — Reçu des dépèches de Vienne. Nous ne voulons plus signer la convention et proposons de la remplacer par un protocole, parce que la Prusse se décidera peut-être à en faire autant.

Mercredi 15. — Reçu et expédié des courriers. — Travaillé avec Drouyn de Lhuys. Il me dit que, vu les hésitations de l'Autriche, qui ne veut pas s'engager

davantage, il y a danger de voir les troupes expéditionnaires être envoyées en Asie et non sur le bas Danube. C'est d'ailleurs ce que le cabinet anglais désire. A ce sujet, j'écris à Buol (1) :

« Le seul point sur lequel je me permettrais d'être d'un avis différent est celui où vous dites que la France et l'Angleterre trouveraient peut-être plus commode de déclarer la guérie et de laisser à d'autres le soin de livrer des batailles. Je crois qu'on est très sincère en Angleterre et ici, et qu'on est décidé à aller jusqu'au bout. L'empereur des Français s'était imaginé, jusqu'au dernier moment, que l'empereur de Russie reculerait et qu'il n'y aurait pas de guerre. Il est optimiste de sa nature. Après toutes ses paroles ronflantes, il a donc été pris au dépourvu, ce dont il est un peu honteux et fort mortifié. Mais les préparatifs pour le départ de l'expédition se font avec vigueur. Quant à l'Angleterre, personne ne doute ici de la sincérité et de l'enthousiasme presque sauvages qui se sont emparés de John Bull. Ainsi, lord Gowley me raconte que lorsque, dimanche, les derniers saluts de la flotte étaient tirés au moment où elle appareillait, les matelots se sont précipités sur leurs canons, les ont embrassés et couverts de baisers, en versant des larmes de joie et d'enthousiasme... Les deux gouvernements sont décidés à agir sur le Danube s'ils peuvent compter sur notre concours; mais, dans le cas contraire, l'Angleterre, très probablement, entraînera la France dans une campagne d'Asie. Ce serait pour nous le comble

(1) Lettre particulière, du 15 mars.

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