CONVENTION MILITAIRE
de l'embarras... Plusieurs symptômes me font penser qu'à Berlin on s'occupe de nouveau d'un projet de neutralité et qu'on voudra peut-être le faire accepter par les états secondaires de l'Allemagne quand on verra que l'Autriche ne dévie pas de son programme. Un de mes rapports de ce jour vous donnera une arme de plus contre des insinuations de cette nature, le mot de neutralité étant ici en mauvaise odeur. »
Dimanche 19. — Le gouvernement demande au Corps législatif une autorisation de poursuites contre le comte de Montalembert à cause d'une lettre qu il a écrite à M. Dupin et que Y Indépendance belge a publiée.
Mercredi 22. — Une convention militaire a été conclue entre la Porte et les puissances occidentales. — Des firmans du Sultan confèrent à ses sujets chrétiens les droits civils dont jouissent les musulmans. C'est beau; mais est-ce possible? 2s est-ce pas le glas funèbre de 1 empire ottoman?
Jeudi 23. — Bal aux Tuileries, à l'occasion de la micarème. Conversé longuement avec l'Empereur. Chez nous il y a de nouveau un petit revirement dans la bonne direction. — La Prusse continue à tergiverser. En Angleterre on serait assez disposé à faire entrer Sa Majesté Prussienne, de gré ou de force, dans le bercail de la quadruple alliance. Ce serait une faute politique que nous ne commettrons certainement pas. Je pourrais, toutaussi peu, approuver 1 idée de chercherl'appui des partis libéraux et de leurs agents contre Nicolas
et le roi. Ce sont des alliés dont l'Autriche ne veut pas. — Nous avons maintenant concentrés cent cinquante mille hommes sur le bas du Danube ou en marche pour s'y rendre. Le langage de la Correspondance autrichienne, d'ordinaire si ambigu, devient plus clair et même un peu plus énergique, et l'on emploie, à la fin, les mots d'ordre que j'avais conseillé à Buol de donner à la presse officieuse.
Vendredi 24. — Longue visite du maréchal Saint- Arnaud, qui a fort mauvaise mine. Il me confie, en grands traits, son plan d'opérations. — Les armées expéditionnaires ne pourront être réunies en Turquie avant la fin de mai, et ne pourront commencer leurs opérations, avant la mi-juin. — La vérité est que les armements, ici en France, avancent peu et que la France nest pas préparée pour une campagne.
Samedi 25. — Le courrier anglais qui a porté les lettres de sommation à Saint-Pétersbourg sera de retour à Londres dans la nuit. L'empereur Nicolas a déclaré qu'il trouvait incompatible avec sa dignité de faire une réponse.
Lundi 27. — L'Empereur, par un message au Sénat et au Corps législatif, et la reine Victoria, par une communication au Parlement, déclarent aujourd'hui que la France et l'Angleterre se trouvent à l'état de guerre avec la Russie. — On mande de Vienne le départ pour Berlin du général Hess en mission extradinaire.