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On pensera peut-être que le besoin d'une nouvelle étude de la neurasthénie ne se faisait nullement sentir et que le public médical pouvait très bien, pour le moment, se contenter des deux ouvrages, également remarquables, bien qu'assez différents l'un de l'autre, qu'ont publiés récemment MM. Bouveret et Levillain'.
11 a semblé cependant que l'histoire de cet état névropathique devait trouver naturellement sa place dans la collection: de monographies à laquelle appartient le présent volurne. C'est en effet un sujet plein d'actualité qui soulève les questions les plus importantes de pathologie générale; c'est d'autre part un sujet dont la connaissance importe au plus haut point au médecin soucieux avant tout des nécessités de la pratique.
1, Levillain, £,a ne2iras</ié«ie, maladie de Beard, 1891. Bouverel, La neurasthénie; épuisement nerveux. Deuxième édilion, 1891.
NoLre intention n'est pas de donner un simple résumé des ouvrages récents; nous désirons insister spécialement sur certains points de l'histoire de la neurasthénie. Nous nous occuperons plus particulièrement de sa description clinique, de sa pathogénie, de sa nature et de son traitement.
La description clinique de cet état névropathique a été fort bien faite par les auteurs qui nous ont précédé. Cependant, entraînés par le désir et le besoin de l'exactitude, ils ont peut-être donné une importance exagérée aux formes cliniques qu'ils ont multipliées à l'excès. C'est ainsi que M. Bouveret admet neuf formes de la neurasthénie proprement dite, et ce n'est pas tout ! A propos de la neurasthénie et de l'hystéro-neurasthénie il indique encore quatre formes différentes. Cela fait donc treize formes au total. Il y a de quoi effrayer les lecteurs les plus courageux et cela sans grand profit pour la clinique. Nous avons essayé de simplifier le tableau des formes cliniques, et, pour cela, nous avons profité de l'exemple donné par M. P. Blocq.
Nous donnerons une large place à l'étude de la pathogénie et des limites de la neurasthénie.
11 y a là une question fondamentale à propos de laquelle il faut prendre nettement position. La neurasthénie est-elle secondaire ou primitive, a-t-elle des frontières naturelles ? Nous aurons ainsi à examiner les rapports de la neurasthénie et de la dyspepsie, de la neurasthénie et des maladies de l'appareil génital, puisqu'on a voulu la subordonner soit à la dilatation de l'estomac, soit à l'enléroptose, soit aux lésions
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OU aux troubles de l'appareil génital chez l'homme ou chez la femme.
Nous espérons démontrer, — et aux arguments déjà donnés, nous ajouterons des arguments nouveaux, — que la neurasthénie est le fait primitif; que la dyspepsie lui est subordonnée, et que ni l'entéroptose, ni la dilatation de l'eslornac et l'auto-intoxication d'origine stomacale n'ont la portée générale qu'on leur a attribuée.
Ayant établi que la neurasthénie est l'expression directe, sans intermédiaire d'un état particulier de névropathie, nous aurons à chercher quelles sont ses limites et ses relations avec les autres états névropa- Ihiques. C'est encore là un point sur lequel lesauteurs sont loin d'être d'accord.
11 fauticiétudierlesrapportsdelaneurasthénie, d'une part avec le nervosisme vague, l'arthritisme, l'hystérie, l'épilepsie, etc., et rechercher d'autre part quelle place elle tient dans l'hérédité nerveuse. Peut-elle oui ou non prendre place dans la famille névropathique ?
Ce sont là des chapitres de critique, qui empruntent une partie de leur intérêt aux discussions pendantes. Ici comme partout, la thérapeutique sera la conséquence directe et obligée de la conception pathogéiiique de l'état morbide étudié. Nous lui donnerons une place relativement étendue.
Tel est notre programme ; pour le remplir, pour n'être pas trop inférieur à notre tâche, nous comptons beaucoup nous inspirer de l'enseignement et des conseils de M. Charcot dont nous partageons complète-
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ment la façon de voir. Nous sera-t-il permis de dire que, n'ayant pas eu l'honneur d'être son élève, nous sommes arrivé en dehors de lui et par des voies différentes, à une conception identique à la sienne des relations de la neurasthénie et de la dyspepsie? Or la nature de ces relations est un point important dans l'histoire de cet état morbide.
La définition de la neurasthénie doit être, en bonne logique, la conclusion même d'une étude de nosographie et de critique pathogénique semblable à celle que nous entreprenons.
Et bien! on ne peut, à l'heure actuelle définir la neurasthénie ni par son principe pathogénique et étiologique, comme on le ferait du charbon ou de la fièvre typhoïde, ni par sa lésion, puisqu'elle n'en présente pas de connue, ni par sa physiologie pathologique, puisqu'elle est à peu près complètement ignorée. Force est, dans ces conditions, de se borner à donner une description en raccourci, et à formuler brièvement les rapports de l'ensemble clinique ainsi déterminé avec le groupe d'états névropathiques, avec ou sans lésions, qui constitue la famille névropathique.
Qu'est-ce donc que la neurasthénie ?
C'est un état de faiblesse, — de faiblesse irritable est-il bon d'ajouter, — du système nerveux indépendant d'une lésion d'un trouble de la nutrition, d'une auto-intoxication dont on puisse dès maintenant indiqjuer la nature.
Cette faiblesse irritable se traduit à l'observation clinique par un ensemble de symptômes que M. Char-
imu':ambule. — définition. — historique 5 cot considère comme les stigmates de la neurasthénie : c'est la céphalée, l'insomnie, la dépression cérébrale, l'asthénie neuro-musculaire, la rachialgie et la dyspepsie par atonie gastro-intestinale. Ces symptômes ainsi réunis, caractérisent un état nerveux qui ne se peut confondre avec aucun autre complexus névropathique."
La neurasthénie est le plus souvent la conséquence d'un surmenage dans lequel le travail intellectuel, le chagrin, les inquiétudes, le vif sentiment de la responsabilité jouent le rôle principal. Elle se produit plus facilement, est plus grave et plus tenace chez les individus qui portent une tare héréditaire névropalhique. Souvent, chez eux, elle se lie à de vrais phénomènes de vésanie, de dégénérescence.
A leur tour les neurasthéniques peuvent engendrer des névropathes de divers ordres qui prennent place à des titres différents en haut ou en bas de l'échelle des dégénérescences névropathiques héréditaires. On conçoit dès lors comment la reproduction incessante des mêmes causes de surmenage, d'irritation et de dépression, et la concentration de l'hérédité dans certaines familles et dans certaines races, peuvent faire de la neu^ rasthénie une chose des plus communes dans ces races et dans ces familles.
Nous avons par les propositions qui précèdent, et dont notre travail devra démontrer le légitimité, délimité d'une façon nette le domaine de la neurasthénie et marqué sa place dans la famille des névropalhies. Cette conception, basée exclusivement sur l'observation clinique, indépendante de toute hypothèse patlio-
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géllique, — et c'est là sa force et peut-être son mérite, — représente exactement ce qu'enseigne M. Charcot depuis plusieurs années.
Il est curieux de jeter un regard rétrospectif sur l'histoire de la neurasthénie ; et de voir comment s"est dégagée la formule nosographique que nous venons de donner. Ce chapitre de l'histoire de la médecine ne manque pas d'intérêt ; il est en même temps très instructif. On voit, en effet, les diverses doctrines, les diverses théories médicales s'appliquer tour à tour à l'interprétation de phénomènes d'observation commune, car la névropathie vague et la neurasthénie ne sont pas nées de nos jours et les observateurs de tous les temps ont eu à compter avec elles. Les idées théoriques, préconçues nuisent à l'observation et empêchent de faire le groupement naturel, que seule peut donner l'observation clinique exempte de toute idée doctrinale.
La fréquence, la prédominance des phénomènes dyspeptiques a surtout attiré l'attention des chefs d'école vers l'estomac et l'intestin. De là, par des procédés différents, on a fait partir le principe même de la maladie, et on retrouve successivement l'atrabile, l'archée gastro-splénique de Van Helmont, la gastro-entérite de Broussais, les actions réflexes, la modification de la constitution du sang consécutive à la dyspepsie et invoquée surtout par Beau, et, enfin tout récemment l'auto-intoxicationde Bouchard, lechimisme de Hayem et l'entéroptose de Glénard. Le tableau n'est-il pas des plus curieux ? Nous n'y insisterons pas ici; nous pro-
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posant d'y revenir à loisir lorsque nous envisagerons et discuterons les rapports qui unissent la dyspepsie à la névropathie, lorsque nous chercherons à démontrer que ce n'est pas la névropathie qui est soumise à la dyspepsie, mais au contraire que celle-ci est conséquence et fonction de celle-là. Nous ne voulons pas y insister davantage ici, cela ferait inutilement double emploi.
Bist07nqiie. — Les principaux symptômes de la neurasthénie, sont très nettement signalés déjà dans Hippocrate' qui note: «l'insomnie, l'anxiété nerveuse, les troubles de la vue, les tintements d'oreilles, les vertiges et une angoisse de la respiration. Ceux qui sont atteints de cette maladie ne peuvent demeurer sans manger, n'importe quelle nourriture ils prennent ; lorsqu'ils ont pris de la nourriture, ils sont tourmentés de rapports et de rots. Ils ont mal à la tête ; ils sentent des piqûres par tout le corps, tantôt en une partie, tantôt en une autre, ils ont les jambes pesantes et faibles. Ils se consument enfin et s'all'aiblissent peu à peu. [Leclere ; fragment du livre 11 des maladies d'Bippocrate.)
Il est très important de constater l'ancienneté de la neurasthénie. Les termes nouveaux employés, la description saisissante donnée de nos jours par certains auteurs, par Beard surtout, pourraient faire penser qu'on se trouve en présence d'un mal nouveau, résultat de la civilisation et de la vie sociale que nous ont faites les révolutions successives, la vapeur et l'électri-
d. Levillain, loc. cit., p. 1 .
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cité, conséquencedu surmenage intellectuel etphysique que nécessite la lutte pour la vie à notre époque. Que les conditions modernes de l'existence et de la concurrence vitale, que l'hérédité accumulée, que la condensation et l'extension de la tare névropathique l'aient rendue plus commune, cela paraît très vraisemblable, mais il est bon de constater que les anciensn'en étaient pas exempts, pas plus qu'ils n'étaient exempts du mal comitial.
Avec Galien apparaît la théorie de l'hypocondrie et de Tatrabile. Il ne faut pas prendre ici le terme hypocondrie dans son sens moderne. 11 ne s'agit pas de la tendance à s'inquiéter, de l'anxiété maladive des personnes qui se croient à tort gravement frappées dans leur santé. Galien attribuait une importance pathogénique très grande aux organes situés sous les hypocondres, au foie, à l'estomac et à l'intestin qui produisent l'atràbile et l'envoient au cerveau qu'elle rend malade à son tour.
La confusion des états névropathiques est complète.
Sydenham au XVIP siècle confond nettement l'hystérie et la névropathie, y compris naturellement la neurasthénie, « Slahl et Juncker, son élève, ne font qu'une seule histoire des deux maladies sous le nom de mal hypocondriaco-hyslérique ; Stoll proclame également la même idée d'assimilation et décrit le paroxysme hystérique dans une étude sur l'affection hypocondriaque »
Ce fût liob. Whytt (1767) qui tenta le premier de 1. Beau, Trailë de la dyspepsie, p. 71.
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séparer toute une série de troubles nerveux qui lui paraissaient ne pouvoir être classés ni dans l'hystérie ni dans l'hypocondrie \ « Les personnes sujettes aux maux de nerfs, dont certains méritent plutôt d'être qualifiés de nerveux, peuvent formertrois classes : les symptômes offerts par les malades qui se trouvent dans la première de ces trois classes peuvent être nommés simplement nerveux, ceux de la seconde, hystériques, et ceux de la troisième, hypocondriaques °. »
Le nervosisme, l'état de névropathie générale. comprenant laneurasthénie telle qu'on peut maintenant la concevoir, furent étudiés depuis Whytt, dans un nombre considérable de travaux que l'on pourrait, jusqu'à Beard et même après lui, diviser en trois grandes catégories :
1° Ceux qui ont surtout insisté sur la description clinique, mais en maintenant la confusion commise par les auteurs qui les avaient précédés ;
2° Ceux qui ont surtout insisté sur les rapports de l'état névropathique et de certains troubles fonctionnels, en particulier, delà dyspepsie;
ii" Ceux qui ont séparé du chaos des états névropathiques certains ensembles cliniques, d'une incontestable réalité, mais qui ne représentent qu'une partie de ce que renferme la maladie de Beard.
1° Parmi les premiers, ceux qui ont fait une descrip-