CHAPITRE VIII
Considérations générales. — Les auteurs qui ont, dans ces dernières années, le plus et le mieux étudié la neurasthénie et les neurasthéniques sont d'accord pour donner, dans le traitement, la seconde place aux agents médicamenteux ; c'est surtout à l'hygiène et aux moyens physiques (exercice, massage, hydrothérapie, électricité) qu'ils ont demandé le soulagement et la guérison des malades de cet ordre. Les moyens d'ordre pharmaceutique ne viennent qu'en seconde ligne, beaucoup plutôt dirigés contre quelque symptôme particulier, comme l'insomnie, par exemple, ou la constipation, que contre le principe morbide lui-même.
Deux choses ne doivent jamais être oubliées par les médecins qui ont à soigner cette variété de névropathes:
i° Que le surmenage, et surtout le surmenage cérébral, est, après la prédisposition congénitale, la cause principale de la neurasthénie ;
2° Qu'il y a toujours dans cet état morbide un élé-
ment psychique dont il faut tenir compte, et que la première condition pour réussir, c'est que le malade ait dans son médecin une confiance absolue ; qu'il se soumette complètement à lui, sans réserve et sans arrière-pensée de doute ou de révolte.
Le premier point est évidemment de supprimer la cause occasionnelle delà neurasthénie, et il faut donner ici à cette expression son sens le plus large et le plus compréhensif.
La cause peut être un travail intellectuel excessif, des préoccupations vives, deschagrins de diversordres : les possibilités sont variables à l'extrême. C'est au médecin de faire le plus intimement possible connaissance avec son malade. Il doit savoir en quoi consiste réellement le surmenage dans chacun des cas particuliers soumis à son observation et à son intervention. Souvent, on le comprend, une conversation banale avec un malade qui se déQe et ne se livre pas tout entier ne suffit pas ; il sera souvent nécessaire de causer du mari avec la femme, de la femme avec le mari ; de prendre des renseignements près des proches et des amis. Tout cela, parfois d'une grande simplicité, peut être à l'occasion singulièrement délicat, et cette enquête, pour être menée à bien, pour ne blesser aucune susceptibilité, demande parfois beaucoup de tact et de patience.
Il ne faudra quelquefois pas moins de tact et d'habileté pour conseiller le malade et lui faire comprendre quel est sonintérêt. Si, bien des fois, la cause principale de surmenage peut être écartée, bien des fois aussi, il n'est au pouvoir de personne de la faire cesser; ainsi,
lorsqu'il s'agit de peines morales, de pertes irréparables, d'irrémédiables bouleversements dans la situation sociale. En cas semblable, le médecin doit agir avec la sollicitude d'un véritable ami, tout en conservant l'autorité qui convient à son rôle. Inutile d'insister davantage sur ces considérations générales.
Abordons maintenant le second point. Le neurasthénique doit être en quelque sorte dans la main de son médecin. Il doit, en ce qui concerne son traitement, subordonner complètement sa volonté à celle de son médecin. Cela n'est pas toujours facile à obtenir. Les neurasthéniques ont la plus grande tendance à raisonner eux-mêmes leur maladie, à l'étudier, à la systéjnatiser. Beaucoup plus que les autres malades, ils cherchent un médecin qui abonde dans leur sens et leur ordonne le traitement auquel ils avaient euxmêmes déjà pensé d'une façon plus au moins précise. D'autre part, ils changent volontiers de médecin; soit qu'ils désespèrent trop vite du résultat rêvé et qu'ils veuillent essayer d'une méthode nouvelle, soit encore qu'ils choisissent dans les diverses ordonnances qu'ils ont payées plus ou moins cher, celles des prescriptions qui leur conviennent le mieux. Ils arrivent ainsi, tout en consultant d'excellents médecins, à ne pas obtenir leur guérison, ni même une amélioration durable, parce que personne n'a le temps de les suivre et de passer outre aux tâtonnements qu'on est si souvent obligé de faire au début d'un traitement et surtout d'un traitement de cet ordre.
Souvent aussi, dit M. Vigouroux, bien placé pou
connaître les malades de celle calégorie, ils se mettent en même temps entre les mains de plusieurs spécialistes. L'un les soigne pour leur estomac, l'autre pour leur utérus ou leur vessie, l'autre enfin les électrise. 11 en résulte qu'il n'y a pas d'unité, pas d'ensemble dans le traitement suivi.
Qu'on ne croie pas que cette tendance à la mobilité et au changement appartienne exclusivement aux malades riches. Dans les hôpitaux de Paris, on rencontre un grand nombre de neurasthéniques qui parcourent les divers services les uns après les autres, qui courent les consultations des divers médecins. La même tendance se retrouve dans un milieu social différent; elle est inhérente à l'état morbide lui-même.
Il faut donc que le médecin cherche à gagner la confiance pleine, entière de ses malades. Avec eux, il ne faut pas transiger. Il convient de leur rendre confiance dans leurs forces, dans les ressources de leur organisme, espoir dans leur guérison ; il ne faut pas craindre de leur expliquer pourquoi on leur conseille telle ou telle chose, mais il faut, sans raideur naturellement, affirmer son autorité.
C'est là de la bonne et saine suggestion qui ne comporte aucun danger, qui ne peut avoir que des avantages. C'est, à notre avis, la seule dont il soit permis d'user chez les malades neurasthéniques, et nous pensons qu'il peut ne pas être sans inconvénient sérieux d'essayer sur eux l'influence de l'hypnotisalion.
Elle échouerait sans doute chez ceux qui ne sont que purement neurasthéniques. Chez les autres, elle pour-
194 NEURASÏUÉNIE
rait provoquer un détraquement cérébral qui serait loin d'être un progrès.
On n'a guère le droit d'user de la suggestion hypnotique que dans des cas graves d'hystérie, pour guérir des attaques convulsives, des paralysies, des contractures, par exemple.
Prophylaxie. — Hygiène et Climatotliérapie. — Hydrothérapie. — Electricité. — Traite7Jient de la dyspepsie. — Isolement. — Traitement pharmaceutique.
Prophijlaxie. — Dans quelle mesure est-il permis de parler de prophylaxie quand il s'agit de neurasthénie ? Quand il y a eu déjà des attaques, l'hygiène recommandée devient véritablement prophylactique ; mais nous voulons parler d'autre chose.
La grande cause, la cause fondamentale de la neurasthénie, c'est l'hérédité, c'est la prédisposition névropathique. Dans ces conditions, il n'est pas illogique d'affirmer que certains individus prédisposés, d'une hérédité chargée, qui ont déjà donné des signes de névropathie, devraient être détournés de certaines études, de certaines professions, de certaines entreprises, de certaines carrières qui demandent une grande dépense de forces nerveuses et une grande résistance morale. C'est là un sujet qu'il est bien difficile, on en conviendra, de traiter d'une façon plus précise.
Dans quelle mesure doit-on conseiller le mariage aux neurasthéniques? Cette question que nous posons ici, sous la rubrique prophylaxie, y trouve assez naturellement sa place, mais on peut l'envisager aussi à d'autres points de vue. On peut se demander quel élément de
sécurité, de bonheur, de repos, le mariage pourra donner aux neurasthéniques Ici nous voulons seulement poser une question différente, celle de la transmission héréditaire des maladies nerveuses. Au point de vue social, le mariage des épileptiques et des aliénés est une chose déplorable, puisqu'il doit engendrer des irréguliers, des dégénérés, des gens qui auront de grandes chances d'être soit une charge, soit un danger pour la société.
Peut-être pourrait-on juger la question tout aussi sévèrement lorsqu'il s'agit des grands neurasthéniques; des neurasthéniques qui ont en même temps des phénomènes véritablement vésaniques. Pour les autres, il est naturel de ne leur permettre le mariage qu'après une période suffisamment prolongée d'amélioration marquée ou de guérison.
Hygiène et cUmatothérapie. — L'hygiène peut beaucoup pour les neurasthéniques. Nous indiquerons plus loin quelle doit être, dans ses traits généraux, l'hygiène spéciale des dyspeptiques névropathiques. Ici nous n'envisagerons que l'hygiène générale.
Elle consistera d'abord dans la suppression des causes occasionnelles de l'épuisement nerveux ; suppression du surmenage, des veilles, des excès de tout ordre. On cherchera à établir la variété dans les occupations, obtenir par exemple que l'industriel, le commerçant, le banquier se décharge sur quelqu'un de la surveillance des opérations de sa maison ; qu'il évite les entreprises par trop fatigantes, trop hasardeuses ; que le savant, l'artiste consacre moins de temps à son tra-
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vail, qu'il ne passe pas ses nuits à écrire, â composer, etc., etc.
Aux uns, il faut recommander l'exercice, aux autres le repos; Beard a été un des premiers à le déclarer formellement. Mais quels sont ceux auxquels convient l'exercice, ceux auxquels convient le repos?
Il ne faut pas oublier que, dans la neurasthénie, on constate assez souvent des alternatives d'excitation et de dépression, la dépression finissant toujours par l'emporter. Chez les uns, il y a une succession incessante de ces alternatives; chez les autres, il y a des périodes plus prolongées d'irritation ou de faiblesse. Il faut naturellement tenir compte de ces combinaisons diverses, qui font les neurasthéniques si dissemblables, bien qu'on puisse les classer dans un nombre assez restreint de formes cliniques. Il faut, en tout cas, ne pas faire prédominer les moyens calniants dans les périodes de dépression et vice vo^sâ.
L'exercice convient surtout dans la cérébrasthéme , lorsqu'il il y a impuissance au travail, insomnie, céphalée; il convient surtout dans les formes légères, et surtout lorsque la neurasthénie a été produite par un surmenage passager. Il en est ainsi par exemple chez les jeunes gens qui ont passé des examens, préparé et subi des concours. L'exercice convient alors merveilleusement pour amener la guérison : la gymnastique, la chasse, etc., sont alors parfaitement indiqués. Récemment, on a recommandé l'usage du bicycle ou du tricycle. Cet exercice a évidemment l'avantage de procurer d'agréables promenades, d'ajouter au travail
musculaire la volupté de la course rapide et du déplacement, mais il ne convient pas à tout le monde.
Quel que soit le genre d'exercice auquel on donne la préférence, il faut en tout cas recommander un entraînement progressif, et éviter ainsi que le surmenage physique vienne se substituer au surmenage intellectuel : on pourrait s'en fort mal trouver.
Le repos sera au contraire prescrit à ceux qui ont des phénomènes d'épuisement très marqués, à ceux chez lesquels prédomine nettement la myélasthénie avec faiblesse générale, et surtout faiblesse presque parétique des membres inférieurs. 11 sera prescrit aussi à ceux qui ont une forme grave de dyspepsie, à] ceux qui se trouvent plongés dans un véritable état d'inanition, sinon de cachexie. L'exercice ne] sera repris que plus tard, progressivement, à doses prudemment mesurées et prudemment réparties. C'est, du reste, là, un des éléments de la méthode de Weir-Mitchell, dont nous nous occuperons tout à l'heure.
Les déplacements et les voyages — ces mots ne sont pas synonymes — pourront être utiles.
Les neurasthéniques de la ville — et ilsj sont'beaucoup plus fréquents qu'à la campagne — seront envoyés en villégiature. C'est là un simple déplacement à l'usage de ceux qui ne peuvent pas supporter les voyages, ou qui ont des raisons particulières de ne pas voyager. On ne peut pas, du reste, voyager constamment. Ce changement de milieu, cet éloignement du centre d'activité dans lequel on vit habituellement, est un des éléments les plus importants de la climato-
thérapie. Combien de stations balnéaires, d'eaux minérales indifférentes qui lui doivent le plus clair de leur succès?
Les voyages pourront être utiles chez ceux qui ont eu des chagrins, des inquiétudes prolongées; chez ceux que d'autres méthodes ont déjà nettement améliorés; mais il convient de ne les permettre qu'avec prudence. La société dans laquelle ils se font est loin d'être indifférente; cela, on le conçoit, pour bien des raisons. Faut-il prescrire de préférence la mer ou la montagne? La mer paraît peu convenir à ceux qui ont des tendances arthritiques manifestes, à ceux qui présentent une tendance à l'irritabilité. Les hautes altitudes réussissent mal à ceux qui ont des phénomènes cardiaques, des palpitations, l'arythmie, une pression artérielle insuffisante. En dehors de ces conditions, le séjour dans la montagne est souvent utile.
En général, les neurasthéniques sont frileux et désagréablement impressionnés par le froid, ce qui peut s'expliquer par l'excitabilité de leur système vaso-moteur. Les climats chauds conviennent aux neurasthéniques (Beard), ils s'y trouvent beaucoup mieux que dans les climats tempérés. Aux Européens donc, il faudrait recommander de passer l'hiver dans le sud de la France, en Italie et en Algérie.
Il est bon d'ajouter qu'on ne peut guère donner en climatothérapie de règles absolues, à l'usage des névropathes. Souvent, avec eux, c'est le cas de le dire, il faut prudemment tâter le terrain, et étudier, par expérience, l'influence de tel ou tel milieu.
Hi/drothérapie. — L'hydrothérapie est très utile à beaucoup de neurasthéniques. Il convient cependant de ne pas la leur prescrire d'une façon banale et uniforme. On peut obtenir par son emploi des actions exactement opposées, obtenir un effet calmant ou excitant.
C'est ainsi que l'hydrothérapie chaude ou tiède (bains et douches) peut être utile aux excités et à ceux qui sont surtout tourmentés par l'insomnie.
D'autre part, il n'est pas toujours possible, et il n'est jamais prudent de soumettre d'emblée, sans transition, les malades aux douches froides en jet. Souvent il convient de les y amener, de les y habituer progressivement par des pratiques plus simples et moins aggressives : enveloppements froids, lotions froides et frictions. On peut aussi, suivant la température et la pression de l'eau, obtenir des effets tout à fait opposés d'excitation, de tonification et de dépression par l'usage des douches en pluie et des douches en jet. Il importe de ne pas l'oublier, et il convient que les malades soient confiés à des doucheurs expérimentés, capables de se rendre compte du but cherché, de l'indication principale (exciter ou calmer), et capables de l'atteindre en variant habilement le maniement de la gamme hydrothérapique.
Electricité. — L'électrisation serait, d'après M. Vigoureux', la méthode la plus importante de traitement de la neurasthénie, celle qui, une fois la cause suppri-
1. II. Vigoureux, IVo/e IMrapeulique ; traitement de la neurasthénie par la franidinisation (èlectrisalion statique).
mée, serait le mieux capable d'en faire disparaître les symptômes. Ces bons effets sont surtout obtenus par 1 electrisation statique ou franklinisation. Cette méthode consiste essentiellement à mettre le malade, placé sur un tabouret isolant, en communication avec une machine à roue produisant une quantité d'électricité suffisante pour remplacer celle que le patient perd incessamment par la surface de son corps.
Le malade, ainsi isolé du sol, est mis en communication avec le pôle négatif d'une machine Carré ou d'une machine Wimshurst à grands plateaux. Les plateaux des machines employées à la Salpêtrière ont 70 centimètres.
Plusieurs manœuvres peuvent être mises en œuvre pour modifier ou localiser l'action de l'électrisation.
Dans le simple bain électrique, le corps du malade reste en permanence chargé d'électricité négative; la machine remplace celle qui s'échappe incessamment.
Le soufjle éleclrique est obtenu en approchant du corps du malade, à 10 ou 15 centimètres, une pointe métallique, mise en communication avec le sol. 11 n'y a ainsi ni aigrette, ni étincelles.
Le souffle électrique serait le meilleur moyen de combattre la céphalée neurasthénique.
On peut tirer des étincelles, en approchant une tige métallique émoussée ou terminée par une boule du corps du malade. On combat ainsi la parésie musculaire et aussi la parésie inteslinale. 11 suffit le plus souvent de tirer une série d'étincelles de la fosse iliaque gauche pour obtenir une selle à bref délai. Enfin,
par ce même moyen, on produit une excitation cutanée qui peut être utile dans certains cas.
Uaigrelte lumineuse s obtient, comme le souffle électrique, à l'aide d'une pointe métallique, mais d'une pointe métallique plus rapprochée du corps. Elle serait tantôt sédative et tantôt excitante. (Vigouroux.)
La fj-icli07i électiique s'efl-ectue en passant plus ou moins rapidement une tige métallique, mise en communication avec le sol, sur les vêtements du malade franklinisé, en ayant soin d'appuyer. (Vigouroux.) Il se produit ainsi à travers les vêtements, surtout les vêtements de laine, une série de petites étincelles. C'est un moyen d'excitation excellent pour combattre les diverses manifestations de la myélasthénie et aussi les pertes séminales.
Depuis qu'il emploie la franklinisatiou, M. Vigouroux déclare qu'il ne considère plus la neurasthénie avec spermatorrhée comme une forme grave et incurable.
La/ara:/isa/ion et lagra/wflwisaaon seraient, d'une façon générale, beaucoup moins utiles que la franklinisation. Cependant M. Vigouroux accorde quelque valeur à la faradisation générale de Beard et Rockwell, et il déclare, d'autre part, que la faradisation et la galvanisation peuvent rendre des services dans certaines conditions, pour combattre certains éléments morbides, en premier lieu la céphalée. D'après la loi de Holst, il faudrait employer le pôle positif quand il y a hypérémie cérébrale, le pôle négatif en cas contraire. Comme il est souvent difficile de savoir s'il y a con-
gestion ou anémie, on est obligé de tâtonner. La faradisation serait préférable à la galvanisation.
Trailement de la dyspepsie des neurasthéniques. — Dans les formes légères, qui appartiennent exclusivement à la dyspepsie nervo-motrice, flatulente le plus souvent, avec ou sans hypochlorhydrie, il suffit souvent de faire disparaître les causes de la névropathie, d'avoir recours à l'hydrothérapie ou à l'électrisation, pour voir disparaître les phénomènes dyspeptiques. Cependant il convient souvent aussi de les combattre par une intervention spécialement dirigée contre eux.
Un point important est de faire disparaître la constipation, fréquente en cas semblable : il faut pour cela recommander le massage de l'abdomen, les lavements huileux ou glycérinés, les laxatifs légers. Quand il y a colite chronique avec selles muco-membraneuses, ce qui convient le mieux, c'est l'huile de ricin à petites doses répétées, que l'on peut donner sous forme de capsules.
Nous avons dit déjà que, par certaines pratiques de franklinisation, on peut provoquer des évacuations abdominales. I^e massage de l'abdomen est aussi un bon procédé; il doit être pratiqué en suivant la direction du côlon, de la fosse iliaque droite vers la fosse iliaque gauche, du cœcum à l'S iliaque. On a conseillé aussi de faire mécaniquement ce massage, en roulant sur l'abdomen une boule de bois revêtue d'une enveloppe de Qanelle,
Dans le régime que l'on prescrira aux dyspeptiques de cet ordre, il faut exclure tous les aliments forte-
ment épicés, le gibier à viande noire, le gibier faisandé, les mets de haut goût, les légumes et les fruits verts. Il faut aussi supprimer l'usage des liqueurs fortes et du vin rouge. On conseillera le vin blanc coupé de 2/3 d'eau, ou la bière légère, en particulier la petite bière parisienne.
Dans les cas plus accentués, on conseillera de boire chaud aux repas : grog léger chaud, thé chaud. Une excellente chose également, dans bien des cas, c'est de faire prendre, environ une demi-heure ou 20 minutes avant le repas, un grand verre d'eau de Vichy bien chaude, aussi chaude que possible. La chaleur paraît, dans ces conditions, exciter la contractilité de la fibre musculaire lisse des tuniques stomacales, et le bicarbonate de soude, à faible dose, excite lasécrétion de l'acide chlorhydrique.
En cas semblable, quand surtout il y a un ballonnement marqué de l'abdomen, je fais souvent prendre deux ou trois pastilles d'ipéca après chaque repas, aune demi-heure d'intervalle l'une de l'autre. C'est dans le but d'exciter la contraction des parois gastrointestinales.
Lorsqu'il y a tendance à la stase et à l'hyperacidité, il faut donner de l'HGl, et pratiquer le lavage de l'estomac. On peut aussi donner à l'intérieur de l'eau boriquée saturée pour combattre les fermentations gastriques.
En cas de grande dilatation, le régime sera plus sévère, et l'on aura recours méthodiquement aux lavages de l'estomac.
204 NEURASTnÉNIE
L'hyperchlorhydrie appelle un traitement particulier dont nous nous contenterons de rappeler les principes : ramener au minimum l'excitation de l'estomac, donner une alimentation relativement peu riche en féculents, et saturer par des alcalins à haute dose l'acide en excès.
.]:éthode de Weir-Mitchell. — Weir-Mitchell est l'auteur d'une méthode de traitement de la neurasthénie qui peut, dans certains cas graves, assez exceptionnels il est vrai, rendre de très grands services. Elle a été exposée dans un ouvrage traduit en français ^ ; d'un autre côté, M. Bouveret, qui en est grand partisan, l'a décrite, dans son livre, d'une façon très complète. Il sera donc facile d'en trouver les prescriptions diverses exposées en détail. Nous nous contenterons ici d'un résumé général, parce que nous pensons que ce procédé de traitement, pour des raisons multiples, n'est .applicable qu'à un nombre de cas assez restreint.
Cette méthode comporte les éléments suivants : l'isolement, le repos, le massage, l'électricité, le régime diététique. En la préconisant, son auteur avait surtout en vue de soigner les cas graves caractérisés par un affaiblissement très grand, de l'anorexie marquée. Les malades qui ne s'alimentent plus suffisamment en arrivent en effet à un état accentué de maigreur el finissent par tomber dans une véritable cachexie. Ce sont des cas de ce genre, qu'à l'exemple de M. Debove,
1. Du traitement méthodique de la neurasthénie, Trad. 0. Jcnnings, Paris, 1883.
il m'est arrivé de traiter avec succès par le gavage avecla sonde gastrique.
Reprenons les uns aprèsles autres les divers éléments de la méthode de Weir-Meitchell.
holemenu - Le malade, - plus souvent encore la malade, car ce procédé s'applique surtout à la neurasthénie féminine, et l'auteur n'avait guère en vue que des femmes, — la malade est séparée complètement du milieu dans lequel elle vit habituellement. On l'installe dans un appartement nouveau ou dans une des chambres d'une maison de sanlé. Jusqu'à sa guérison, jusqu'à ce que tout au moins elle présente un degré suffisant d'amélioration, elle ne recevra plus d'autre visite que celle de son médecin. Toute correspondance écrite sera même supprimée.
Lechoix de lagarde-malade est des plus importants : il faut trouver un phénix, une femme d'esprit agréable, mais suffisamment ferme, capable de faire du massage, de faire la conversation et la lecture, de diriger la cuisine. Cette garde, ou les deux gardes au besoin, seront, avec le médecin, les seules personnes que verra la malade.
Celte séquestration médicale a donné à M. Charcot d'excellents résultats dans le traitement de l'hystérie, et en particulier de l'anorexie hystérique grave. Certaines hystériques, on le sait, déclarent qu'elles ne peuvent plus où ne veulent plus manger, et elles en arrivent parfois à un degré d'inanition menaçant pour leur existence. L'isolement méthodique est venu maintes fois à bout de ces cas graves.
Son grand avantage est d'enlever la malade à un milieu dans lequel elle trouve des complices inconscients de son aberration mentale. Dautre part, dans un milieu nouveau, l'influence du médecin devient bien plus grande ; et le fait même de cette séparation a un effet psychique d'une grande puissance.
Repos. Voici donc la neurasthénique installée. Au début, on la condamne à un repos absolu. Elle ne doit pas se lever. Weir-Mitchell même allait jusqu'à faire manger les malades. Plus tard on lui permettra, par degrés, de s'asseoir, de se lever, de rester debout un temps plus ou moins considérable, puis enfin de sortir.
Le traitement dure des semaines et des mois. Massage et électricité. — Le massage et l'électricité sont destinés à remédier aux inconvénients de cette immobilité presque complète. Le système musculaire est ainsi exercé alors que le système nerveux central reste dans le repos le plus absolu.
Régime alimentaire. — Le régime alimentaire tenait une grande place dans les préoccupations de Weir- Mitchell ; il devait aboutir à une véritable suralimenlalion. Au début, pendant quelques jours, diète lactée absolue, puis petit à petit, progressivement, on ajouts de la viande, du pain, de la graisse, beaucoup de graisse. Le lait est continué comme boisson. Au bout de dix jours, on amène la malade à faire trois repas par jour, tout en continuant à boire deux litres de lait.
Le but de Weir-Mitchell était de faire faire à ses mala-
des de la graisse et du sang. Les maigres, il les engraissait d'emblée, si possible; quant aux grasses, il cherchait tout d'abord à leur faire perdre du poids pour leur en faire regagner ensuite : elles devaient perdre leur mauvaise graisse, suivant l'expression populaire.
Cette méthode sévère est certainement indiquée dans uncertain nombre de cas, lorsqu'il y aun trouble mental très grand, et un véritable danger d'inanition, de dépérissement par insuffisance d'alimentation. Ce sont là des faits relativement rares.
En tout cas, les succès obtenus montrent de la façon la plus nette combien importent certains éléments psychiques pour la guérison de certains malades. On a vu des femmes qui ne pouvaient plus se lever, qui restaient en permanence dans leur lit où elles dépérissaient, complètement guéries après un traitement de quelques mois, assez pour reprendre leurs occupations habituelles et vivre de la vie commune. Cela montre l'influence du milieu et .l'importance de la confiance absolue dans le médecin.
L'idée de la suralimentation est aussi une idée excellente. Le procédé par lequel Weir-Mitchell l'a réalisée n'est pas le seul que l'on puisse employer.
Ceux qui voudront bien y réfléchir trouveront dans le succès de la méthode de l'isolement, du massage et de la suralimentation, un profitable enseignement.
Traitement: pharmaceutique. — Peut-être n'est-ce pas sous ce titre qu'il faut ranger l'injection sous-cutanée
des substances de nature animale que l'on- a proposée depuis quelques années déjà.
On sait quel bruit ont fait, dans la presse extramédicale surtout, les injections sous-cutanées d'extrait aqueux de testicule de cobayes ou de lapins, préconisées par M. Brown-Sequard. Il faut bien dire que la plupart des médecins n'ont vu là qu'un procédé de suggestion ou d'autosuggestion, puisque c'est sur luimême que l'auteur de la méthode avait constaté l'efficacité de son remède.
De son côté, M. Constantin Paul a proposé de faire des injections sous-cutanées d'une solution aqueuse de cervelle de mouton. Il en aurait obtenu de bons résultats chez certains névropathes, des tabéliques, des neurasthéniques, etc.
L'idée commune à ces deux méthodes, c'est qu'on peut trouver dans les tissus animaux une sorte d'essence de virilité, une leucomaïne tonique, susceptible de produire, à doses extrêmement faibles, autant d'effet utile que peuvent en produire de mauvais les ptomaïnes morbides et toxiques.
Nous ne cacherons pas notre scepticisme. Nous ne pouvons cependant pas dire qu'il n'y ait rien d'utile dans cette pratique. Elle appelle une expérimentation de contrôle impartiale, méthodique et aussi objective que possible.
Les substances médicamenteuses employées contre la neurasthénie sont très nombreuses ; dans la table du livre deBeard nous trouvons l'énumération suivante :
l. Edition Rockwell, New-York, 1888, p. 21.
arsenic, cannabis indica, caféine, coca, sels de zinc, duboisine, eucalyptus, bromures, chloral, alcool, acides minéraux, huile de foie de morue, phosphates, koumis, opium, strychnine, métaux. L'énumération n'est pas complète.
Certains de ces médicaments sont des toniques généraux, comme le fer, le quinquina, la kola. Encore ce dernier semble-t-il devoir son action à la caféine > qui trouve surtout son indication dans l'affaiblissement de l'action du myocarde.
M. Charcot ordonne très souvent le fer sous forme de teinture de Mars. Bix goutte^ dans un demi-verre d'eau, deux fois parjour, au milieu du repas. M. Hayem préfère, chez les anémiques, les chlorotiques surtout, se servir du protoxalate de fer; on pourrait également le prescrire aux neurasthéniques chez lesquels l'anémie présente un degré appréciable.
La kola paraît aussi chez eux de quelque utilité; plusieurs se trouvent remontés, tonifiés par son emploi.
L'usage et l'abus des préparations, surtout des préparations alcooliques de quinquina, peut avoir sur la digestion stomacale une déplorable influence. Le mieux est encore de s'en abstenir. Ici comme ailleurs l'alimentation est le véritable agent tonique ; en cas de besoin, il ne faut pas hésiter à avoir recours à la suralimentation ou au gavage. On rompt ainsi un véritable cercle vicieux : l'inanition relative augmente la Dévropathie qui augmente l'anorexie.
Weir-Mitchell prescrit volontiers l'iiuile de foie de morue à haute dose chez les malades qu'il veut engraisser ; encore faut-il qu'elle soit bien supportée et que son usage ne diminue pas l'appétit.
Souvent on a fait appel aux calmants de divers ordres, surtout pour combattre l'insomnie. Il vaut mieux chercher à s'en passer ; ils ont tous des inconvénients. .
Pour obtenir le sommeil, on conseille souvent soit le chloral, soit le sulfonal. Ce dernier aurait moins d'inconvénients que le chloral. On a conseillé aussi le cannabis indica, qui produit quelquefois en effet de bons résultats. On peut donner l'extrait gras en potion à la dose de 0,02 à 0,03 centigr. A notre avis, il ne faut pas aller au-delà, et le faire prendre en plusieurs fois par prises suffisamment espacées.
L'association de l'extrait de cannabis au chloral et au bromure est quelquefois utile et bien supportée ; c'est la base d'une spécialité américaine connue.
L'usage, en tout cas, ne doit pas en être prolongé.
L'opium en général convient peu aux neurasthéniques ; ils y sont quelquefois sensibles à l'excès.
Quant aux piqûres de morphine, il vaut mieux les leur refuser, à cause de la facilité avec laquelle ils deviennent morphinomanes.
En somme, d'une façon générale, moins on donnera de médicaments aux neurasthéniques, mieux cela vaudra. Il ne faut jamais oublier d'autre part qu'avec la gent névropathique il convient d'agir avec
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prudence, de tâter le terrain, de ne donner que de faibles doses au début à cause de la susceptibilité très grande que certains de ces malades présentent aux agents toxiques. En agissant autrement, on s'exposerait inutilement à des surprises désagréables.