‹ Neurasthénie et psychothérapieChapitre 1 sur 4 · Neurasthénie et psychothérapie · texte numérisé non relu

Neurasthénie et psychothérapie

De nos jours on a beaucoup écrit sur la neurasthénie. Ce mot est dans toutes les bouches. Chacun compte un cas de neurasthénie parmi ses connaissances et il n’est pas rare d’entendre parler de telle ou telle personne atteinte de la maladie à la mode, comme l’on dit souvent.

L’impression que l’on retire de tout cela .est que le problème de la neurasthénie est loin d’être résolu ét qu’il nous manque les connaissances nécessaires à porter secours aux pauvres malades atteints de cette affection.

Pendant le cours de mes études et le temps de mon internat à l’Hôpital de l’Isle, j’ai eu l’occasion de m’occuper spécialement de la question et je résumerai dans les pages qui suivront les connaissances que j'ai acquises sur ce sujet.

Mon but ne sera pas tant de populariser le terme de neurasthénie que d’apporter aux neurasthéniques eux-mêmes quelques conseils et quelque consolation qui leur permettront de retrouver la santé.

Combien de fois ai-je vu de ces pauvres malades se présenter à l’Hôpital et être renvoyés avecf cette remarque du médecin : « C’est un nerveux, nous n’avons pas de place pour les nerveux. » — Autrement dit : « leur maladie est trop peu grave pour que nous nous en occupions. »

Or, c’est là, je crois, une profonde injustice que de mettre ces malades ainsi de côté^ car s’il est vrai que la neurasthénie ne présente • aucune gravité, il n’en est pas moins vrai que c’est une des affections les plus pénibles et les plus accablantes.

Il faut avoir connu des neurasthéniques de près, il faut avoir vu leurs moments de défaillance et de désespoir pour comprendre le degré de souffrance morale que la neurasthénie entraîne avec elle. J'ai vu déjà beaucoup de malades, soit dans des services de chirurgie ou de médecine interne, soit dans desmaisons de santé, mais je ne crois pas qu’aucun puisse souffrir autant qu’un neurasthénique.

C’est là la conviction qui m’a poussé dans mes études et qui m’a engagé à chercher le remède de cette affection si accablante.

J’ai eu le bonheur de rencontrer M. le D r Dubois, Privat-Docent à la Faculté de médecine de Berne, qui s’occupait de la question depuis de longues.

années, et qui par ses bienveillants conseils m’a guidé dans la voie que j’ai suivie. Je lui témoigne ici l’expression de ma vive gratitude. C’est en effet M. le D r Dubois qui le premier attira mon attention sur la puissance de la psychothérapie dans le traitement de la neurasthénie. Je suivis ses conseils, j’expérimentai la nouvelle méthode, je fis des cures, et je me souviens encore avec plaisir du spir où je fis part de mes résultats à mon cher maître et des paroles encourageantes qu’il m’adressa.

Quelques mois plus tard,-c’était au semestre d’été 1900, M. le prof. Sahli, directeur de la clinique médicale à la Faculté de Berne, annonçait le cours suivant : « Einfluss der Psyché auf den Kôrper 1 . » Ce fut pour moi une vive joie, car je pressentais que le sujet du professeur Sahli devait confirmer les convictions que je m’étais déjà créées. Ce fut en effet le cas, et j’eus un grand contentement à voir le prof. Sahli, le médecin précis et scientifique par excellence, affirmer et confirmer par des exemples l’influence de lame sur le corps.

Cette influence sera la base de la méthode de traitement que j’exposerai et que je m’efforcerai de rendre claire. Mon travail sera nécessairement encore incomplet, puisque la psychothérapie ne fait que son apparition dans la médecine. Je ne doute cependant pas que d’ici à quelques années, elle

1 Influence-dé T âme sur le^corps.

ne devienne un moyen de traitement des plus efficaces.

Ma tâche sera remplie et ma satisfaction sera complète, si ce petit livre contribue à diminuer les souffrances des neurasthéniques et à encourager les jeunes médecins à travailler dans ce nouveau domaine.

Interlaken, I er janvier 1902.

D r H. Zbinden.

Page 1