‹ Neurasthénie et psychothérapieChapitre 4 sur 4 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

LeS lignes qui précèdent nous montrent l’efficacité de la psychothérapie,' c’est-à-dire du traitement psychique des malades nerveux. Nul ne peut nier l’influence de l’âme sur le corps, de nombreuses expériences et recherches l’ont confirmée h Eh bien, la psychothérapie n’est autre que l’application thérapeutique de cette influence. C’est elle qui agit dans beaucoup de traitements que les malades suivent avec confiance, c’est elle qui agit dans des cures miraculeuses dties à des charlatans qui prescrivent des herbages ou autres remèdes anodins, c’est elle qui fait le succès des cures Kneipp ou des drogues de vieilles femmes. Les miracles de Lourdes sont-ils dus à une autre influence? Non certainement pas. C’est la confiance absolue des malades en l’efficacité des eaux qui modifie leur état psychique et qui les guérit. Pourquoi ne pas expliquer ainsi les miracles du Christ ? Qui, mieux que lui, fut capable d’influencer les malades et les faibles, en leur inspirant une parfaite confiance.

1 flubois «De l’influence de l’esprit sur le corps. « Conférence. Berne, février 1901.

Combien de malades ne se sentent-ils pas soulagés dès que le médecin est entré dans la maison ? N est-ce pas là déjà de la psychothérapie ? Nous avons en cette science médicale une force latente qui agit depuis longtemps sans qu’on en ait conscience. Pourquoi ne pas s’en emparer pour aider à notre prochain, pourquoi la laisser à des empiriques, à des rebouteurs qui ne peuvent la développer et l’employer scientifiquement. Ne serait-il pas temps d’instituer dans nos facultés de médecine des cours de psychologie et de psychothérapie. Quoi de plus utile au médecin que la psychologie, je prétends qu elle lui est aussi utile que l’anatomie pathologique. Nous ne sommes pas des vétérinaires, nous avons des hommes à soulager et à guérir; or, dans l’homme, l’âme n’est point une quantité négligeable. Où est cette âme, me diront les matérialistes, nous ne l’avons jamais vue. Est-ce une preuve pour qu elle n existe pas ? Vous n’avez jamais vu le Pôle Nord et pourtant vous ne doutez pas de son existence.

La médecine, avec les progrès de la bactériologie et de la chirurgie, s’est surtout développée dans le traitement des affections organiques. On s’est plus inquiète de l’étude et de la localisation d’une tumeur que de l’état psychique d’un malade.

Tout cela est parfaitement naturel, la science l’a voulu ainsi. Je me garderai bien de faire quelque reproche à la chirurgie qui rend tant de services, et

dans ma clientèle je n'hésite pas à opérer une hernie étranglée ou à faire une trachéotomie quand la nécessité se présente. Je constate cependant qu’il y a beaucoup de chirurgiens et peu de psychothérapeutes. La médecine doit progresser dans le traitement des maladies fonctionnelles, et la psychothérapie est un moyen efficace pour la guérison de ces affections. Par le développement de cette branche on sortira peu à peu de la phase matérialiste de la science médicale, on aura des médecins spiritualistes qui pourront désormais mieux se comprendre avec les théologiens. La médecine et la théologie se rencontreront sur le terrain de la psychothérapie. Puisque nous en sommes- là, que dire de la religion comme application thérapeutique ? Elle a donné assurément des résultats favorables dans certains cas. Autant il est criminel de vouloir guérir un enfant atteint de diphthérie par des prières, autant il est bienfaisant de prodiguer les secours de la religion à un malade qui le désire. Il faut en tout du discernement. Il n’est pas possible, par exemple, de secourir par la religion un alcoolique invétéré qui ne veut entendre parler ni de Dieu, ni de prières. La religion peut être un danger pour les nerveux, ces malades s’analysant, se voient pécheurs, exagèrent leurs fautes, se pensent perdus et croient que leur souffrance est une punition de Dieu. C’est alors qu’il faut leur expliquer qu’il n’en est rien, que toutes ces idées dépendent de leur faiblesse nerveuse et

qu'une- fois guéris il se sentiront des hommes comme les autres.

Quelles sont les qualités essentiellement nécessaires au médecin psychothérapeute ? C’est de la patience, de la bonté et de la fermeté. Sans ces trois facteurs il est impossible de faire avec succès une cure psychothérapique. De la part du malade, il faut de la confiance et de la soumission. On ne peut pas forcer un malade à faire la cure malgré lui ; faite dans ces conditions une cure restera certainement infructueuse. Le malade doit la faire de bon gré, avec l’espérance d’être guéri.

Me voilà au bout de ma tâche. Je n’ai décrit que quelques cas entre beaucoup d’autres. Les neurasthéniques ne manquent pas autour de nous et le champ de travail est vaste. Puissent ces lignes engager quelques confrères à travailler dans cette branche, puissent-elles contribuer à éclaircir le problème de la neurasthénie et à soulager ces pauvres malades.

Neurasthénique qui lis ce livre, prends courage,, aie confiance, lutte avqc patience; la guérison né

tardera pas.

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