TRAITEMENT DE LA NEURASTHÉNIE
Diverses méthodes de traitement ont été employées, telles, que l’hydrothérapie, le massage, l’électrothérapie. La méthode la plus répandue et qui a donné jusqu’à présent les meilleurs résultats est celle du savant américain Weir-.Mitchell. Elle consiste à isoler le malade et à le traiter par la suralimentation lactée et le massage. C’est la méthode qu’a employée mon maître, M. le D r Dubois. Il remarqua au cours de ses nombreuses cures qu’elle n’étàit pas la cause principale de la guérison, mais que c’était surtout l’influence psychique du médecin sur le malade qui était efficace. Il nous exposa ces idées dans son cours de psychothérapie, et c’est guidé par ses conseils que j’ai entrepris mes premières cures. Devant les entreprendre soit dans un service d’hôpital, soit dans la clientèle privée, je n’ai pu faire qu’incomplètement l’isolement qui facilite de beaucoup la tâche du médecin psychothérapeute. Je me suis généralement borné à la suralimentation et au traitement psychique de mes malades, et ce sont les résultats obtenus que je vais décrire dans les lignes suivantes :
Gas I. M mc El. O., 56 ans, servante.
Dyspepsie nerveuse, traitement psychique, guérison.
Anamnèse du 26 mars 1900. Il y a quatre ans déjà, la malade avait souffert de maux d’estomac. Son caractère avait changé, elle n’avait plus de courage, était d’une émotivité exagérée et pleurait dès que ses maîtres lui faisaient des observations! Elle eut aussi de fréquents vomissements pour lesquels elle consulta plusieurs médecins qui diagnostiquèrent tous un ulcère d’estomac, lui prescrivirent des remèdes et un régime, sans pouvoir la guérir. Son état s’améliora cependant après un séjour de trois semaines à l’hôpital. Il y a quelques semaines, les symptômes anciens apparurent de nouveau; elle se rendit vers un médecin qui diagnostiqua un ulcère d’estomac et lui ordonna des remèdes qui ne la soulagèrent en rien. Comme elle se plaignait aussi de douleurs dans la région lombaire, ce médecin pensa qu’elle pouvait avoir quelque affection des reins et lui conseilla de venir à l’hôpital en apportant une bouteille de son urine à examiner. Elle est en effet venue avec sa bouteille d’urine et fut acceptée comme néphrite chronique. Elle eut dans sa jeunesse une' pneumonie. Sa mère n’était pas mariée.
Status du 30 mars ipoo. L’urine ne présente rien d’anormal, elle ne contient pas d’éléments pathologiques, ses quantités sont normales. L’examen du suc gastrique ne dénote rien de pathologique ; l’acidité générale est normale, il n’y a pas d’acide lactique et l’acide chlorhydrique libre est en quantité normale. La malade ne vomit pas, ne présente pas de dilatation d’estomac. Elle n’a jamais vomi de sang. La région de l’estomac ne présente soit à la palpation, soit à la percussion rien d’anormal. La malade a ro5 % d’hémoglobine. Elle est dé-
primée, ne fait que parler de ses souffrances, se plaint de douleurs dans tout le corps, ne veut pas manger pour ménager son estomac. Elle se plaint aussi de maux de tête et de rachialgie!
'Traitement. Les're'cherches d’une lésion anatomique ou de quelque symptôme objectif ne m’avaient donné qu’un résultat négatif. Ma malade est persuadée quelle a un ulcère d’eStomac et une affection des reins; je ne peux pas le constater^ j’agirais contre ma conscience de médecin en traitant ou l’une ou l’autre de ces affections. Je songe à la nature nerveuse du mal, je ne 1 aurais pas fait d’emblée, bien que l’anamnèse et la manière d’être de la malade m’y aient engagé. Je ne le fais qu’après avoir exclu toute affection organique, par tous les moyens qui sont à notre disposition.
Considérant l’état psychique de nia malade, je me rends compte que les deux idées que j’aurai surtout à combattre et à déraciner seront celles de l’ulcère d’estomac et de, l’affection rénale. Comment fallait-il m’y prendre ? Si j’étais allé directement vers elle et lui avais dit : « Madame, vous n’avez aucune' maladie, vous pouvez retourner chez vous,» elle m’aurait considéré comme un grand ignorant, elle qui s'ôuffrait réellement de tant de douleurs subjectives. Comme je l’ai dit plus haut, les nerveux souffrent vraiment et il est injuste de mépriser leurs souffrances,- bien qu’elles ne reposent pas sur une lésion organique constatable. Il me fallait donc.user.de prudence et de diplomatie pour mener à bien mon traitement psychique. Un seul mot maladroit, une seule phrase trop brusque, pouvait blesser ma malade, lui faire perdre confiance et détruire à tout jamais le traitement que je me proposais :d appliquer. Je m’y pris de Ja manière suivante :
Apres 1 avoir examinée soigneusement, sans aucune idée • préconçue et sans lui avoir dit ce que je pensais de son état, je
la fis venir dans mon cabinet et nous eûmes ensemble la coiir versation suivante: «Désirez-vous, Madame, 'vous rétablir complètement et être débarrassée, de tous vos maux? «Oui», me répondit-elle. — « Vous vous guérirez certainement, si vous voulez-m’accorder toute votre confiance et vous soumettre à toutes les prescriptions que je vous ferai. » — «Je le veux bien. » — « Vous avez vu, Madame, que je vous ai examinée soigneusement, j’ai examiné aussi votre urine et votre suc gastrique et je n’ai rien pu constater d’anormal. Je sais cependant que vous souffrez beaucoup et je sympathise avec vous ; mais je considère vos douleurs comme d’origine nerveuse. N’avez-vous pas remarqué que votre caractère avait un peu change ces derniers teriips, n’ètes-vous pas facilement émotionnée, ne pleurez-vous pas souvent sans- raison valable ? » Cette dernière question avait frappé la malade, c’était la première fois qu’un médecin s’intéressait à sa psychologie intime. —
« Oui, me répondit-elle, je pleure souvent à la moindre observation de mes maîtres. » — « Tout cela prouve que vous êtes dans un état de fatigue nerveuse, toutes vos douleurs proviennent de votre trouble -nerveux et vous vous rétablirez parfaitement si vous suivez mes conseils. Votre état n’a rien de grave et vous vous guérirez bientôt par le repos, la tranquillité et une bonne nourriture. Vous prendrez vos trois repas par jour, comme les autres malades, vous prendrez en outre un demilitre de lait à 16 heures du matin et à 4 heures de l’aprèsmidi. » Je fis venir vers moi la. sœur dans la chambre de laquelle se trouvait la malade; c’était une personne très intelligente à qui je fis comprendre ma manière de voir et qui' • put m’aider dans le traitement. Quelques jours plus tard, la: malade ne se plaignait plus d’aucun symptôme pelle mangeait avec bon appétit, aidant à soigner les autres, était heureuse de vivre. Le 9 mai 1900 elle quitta l’hôpital, rétablie. - - :
J’estime que dans un cas pareil, la guérison est due à l’influence psychique du médecin sur la malade, qui s’est rétablie sans cure d isolement ou de lit. Je ne veux pas dire que ces moyens thérapeutiques ne soient pas efficaces ; bien au contraire, ils sont de précieux adjuvants, car le médecin dirigera plus facilement son traitement psychique, si le malade est isolé et soustrait à toutes les circonstances extérieures; l’essentiel est pourtant le traitement psychothérapique.
Cas IL M. X., 30 ans, ouvrier de campagne.
Dyspepsie nerveuse, dépression, traitement psychique.
Guérison en 10 jours. ,
Anamnèse du y avril 1900. Le malade a des maux d’estomac depuis quelques semaines, il n’a pas d’appétit, digère mal. Il va consulter un médecin qui diagnostique un cancer d’estomac et l’envoie immédiatement à l’hôpital pour se faire opérer. Le malade fut jusqu’à ce moment toujours en bonne santé. Dans la famille on ne connaît pas de maladie spéciale.
Status du y avril 1900. Le malade est assis dans un coin de la salle, ne dit pas un mot, ne lève pas les yeux. Il est persuadé que son cancer d’estomac est inopérable et que la mort viendra bientôt mettre fin à ses maux. L’examen de l’estomac ne permet pas de constater quelque tumeur, l’acidité générale du suc gastrique est un peu diminuée, on ne constate pas d’acide lactique. Je ne peux pas admettre un cancer et les divers symptômes de dépression que présente le malade me portent à diagnostiquer une dyspepsie nerveuse.
Traitement. Après l’avoir examiné soigneusement et m’être fermement convaincu de mon diagnostic, je lui expliquai
que malgré toutes nos recherches, nous n’avions pas pu constater de cancer d’estomac, que ces maux n’étaient dus qu’à un trouble nerveux, et qu’il devait manger pour se fortifier et habituer son estomac à digérer de nouveau. Au bout.de deux jours, il mangeait avec bon appétit, pouvant tout digérer. Le ié avril, il rentra chez lui guéri de son soi-disant cancer, sans aucune intervention chirurgicale.
Cas III. M. Ch. S., 63 ans, charron.
Dyspepsie nerveuse, traitement psychique, guérison.
Anamnèse du 2y mars iyoo. Le malade souffre depuis 10 ans de maux d’estomac, souvent il devait vomir environ deux heures après les repas. Il a remarqué que ses troubles gastriques survenaient surtout lorsqu’il avait quelque souci ou quelque émotion. Ces derniers temps il ne vomit pas, mais a de fortes douleurs dans la région épigastrique. En 1872 il eut une pneumonie. C’est un enfant illégitime, il est pauvre et eut beaucoup de difficultés dans sa vie. Il consulta dernièrement un médecin qui l’envoya à l’hôpital comme suspect de carcinome de l’estomac.
Status du yo. mars iyoo. On ne peut constater aucune tumeur dans la région de l’estomac, qui ne présente pas de dilatation. Le suc gastrique est normal, pas d’acide lactique. Le malade s’occupe beaucoup de sa propre personne; il a remarqué que les veines de la partie dorsale de sa main droite sont parfois dilatées et ça lui fait du souci. Il se plaint de voir et d’entendre mal, il veut profiter de son séjour à l’hôpital pour se faire traiter à la clinique des yeux et à la clinique des oreilles.
Traitement. Nous voilà de nouveau en face d’un cas qui ne présente pas de symptômes objectifs qui nous permettent de diagnostiquer un carcinome d’estomac. Par contre, .le malade a ) des symptômes de nervosisme: la nature de ses douleurs d estomac qui surviennent ou augmentent à la suite d’une émotion ou de quelque souci, sa manière d’être en général. Il s inquiète continuellement de sa propre personne,, se découvre toutes les affections possibles.
J étais bien en présence d’un nerveux que je traitai par la psychothérapie, comme le malade précédent. Quelques jours plus tard, il quitta l’hôpital parfaitement rétabli et ne se plaignant plus. Deux mois après je reçus de lui une lettre me disant qujil ressentait encore parfois des douleurs dans la région de 1 estomac. Je lui répondis quelques mots en lui répétant ce que je lui avais dit à l’hôpital, en lui expliquant la nature de i son mal et en lui donnant de nouveau quelques conseils ' psychothérapiques. Cela suffit pour le soulager et lui permettre e retrouver la santé. Je cite ce fait pour montrer que dans certains cas la cure ne donne pas un résultat définitif. Les malades reprennent leurs occupations habituelles, se croient rétablis pour toujours, ne se ménagent pas et risquent de retomber dans leur état nerveux. C’est àlors que le médecin l psychothérapeute doit être prêt à les secourir et à les encourager de nouveau. Une lettre suffit généralement à les remonter et à leur permettre de surmonter la transition parfois brusque de la tranquillité de l’hôpital à l’agitation de la vie journalière. Dans le traitement de ce dernier cas, je n’ai pas fait usage de l’isolement, de la cure de lit ou de la suralimentation. Les diverses méthodes auraient sans doute pu m’aider dans le traitement, mais je tenais à me rendre compte de ce qu’on pouvait obtenir par la psychothérapie seule. La cure psychothérapique est cependant beaucoup plus difficile dans
ces conditions, car le malade pouvant se promener dans les corridors de l’hôpital, cause, malgré les conseils du médecin, de ses divers maux aux autres malades qui ne sont pas aptes à exercer sur lui une action psychique bienfaisante.
Cas IV. M lle M. S., 41 ans, servante.
Dyspepsie nerveuse, dépression, traitement psychique, amélioration.
Anamnèse du y mai 1900. Il y a trois ans la malade avait une place assez pénible- elle remarqua- à cette époque que son caractère n’était plus le même qu’au trefois. Elle pleurait souvent pour des raisons qui n’en valaient pas la peine. Elle eut bientôt des symptômes gastriques prononcés, se traduisant par de fortes douleurs dans la région épigastrique et par un manque d’appétit complet. Un médecin la traita en vain par des pilules et de l’eau de Vichy. En juin 1897, elle entra à l’Hôpital cantonal de Genève où on la traita -par des lavages d’estomac. Son état ne s’améliorait pas; elle eut de fréquents vomissements. Elle était déprimée et pleurait Souvent en cachette. Elle vint à Berne, à l’Hôpital de l’Isle, où, grâce à la suralimentation lactée, on obtint une certaine amélioration qui lui permit d’entrer en place à La Chaux-de-Fonds. Son père est. mort d’apoplexie et sa mère de tuberculose ; ses frères et soeurs sont en bonne santé. Elle a 75 °/o d’hémoglobine. Depuis un certain temps, les douleurs et les vomissements ont recommencé; elle ne veut pas manger et se plaint de maux de tête et de rachialgie. On nous l’envoie comme ulcère d’estomac.
Status du y mai ippo. La palpation et la percussion ne dé-
notent rien d’anormal dans la région de l’estomac. Elle n’a jamais vomi de sang. L’acidité générale du suc gastrique est diminuée, il ne contient pas d’acide chlorhydrique libre;,on constate' par contre la présence d’acide lactique, ce qui ne parle pas pour un ulcère d’estomac. La malade est apathique et d’une grande fatigabilité.
Traitement. L’état général de la malade et l’absence d’autres symptômes objectifs me fait admettre une dyspepsie nerveuse et j entreprends le traitement psychothérapique comme pour les cas précédents. La malade avait l’idée fixe qu’elle avait un ulcère d’estomac pour lequel elle voulait se faire opérer. Je lui expliquai que mes constatations ne me permettaient pas d admettre un ulcère. On comprend aisément que dans le traitement, le point principal est d’inspirer une confiance complète à ses malades, sinon on ne parvient pas à déraciner les idées maladives qu ils se créent eux-mêmes ou qui leur sont suggérées par un médecin. Je mis ma malade à la suralimentation lactée; au bout de 15 jours on constate une grande amélioration ; elle ne vomit plus que rarement et mange avec appétit. Des circonstances indépendantes de sa volonté la forcent à quitter l’hôpital.
Cas V. M lle L. P., 22 ans.
Rachialgie, hystérie, cure de repos, traitement psychique, guérison.
Anamnèse du 4 mai 1900. La malade souffre depuis plus d’une année de douleurs dans la région lombaire. Elles se sont développées peu à peu, devenant plus fortes lorsqu’elle faisait quelque travail. Elle a consulté plusieurs médecins qui l’ont
traitée sans résultat par des vésicatoires et des pointes de feu. Voyant que sa santé ne s’améliore pas, elle se désespère .et së livre à des accès de pleurs qui dégénèrent bientôt en crises, nerveuses. Elle a la ferme conviction qu’elle a une affection de la moelle épinière et qu’elle ne pourra pas se rétablir. Sur le conseil de parents voyant que les médecins français ne pouvaient pas la guérir, elle vint consulter le prof. K., à Berne. L’éminent professeur ne constate aucune modification anatomopathologique, lui dit que c’est probablement nerveux et l’envoie à mon chef le D r D. Ce dernier la fait entrer à l’hôpital et m’en confie le traitement.
Status et traitement. Lorsque j’examine la malade pour la première fois,' elle prend une crise de nerfs, pousse des cris, gesticule en disant : « Monsieur le docteur, donnez-moi quelque chose pour me calmer. » — « Non, lui répondis-je, Mademoiselle, ce n’est rien de grave et vous allez vous calmer naturellement. » Cette première entrevue suffisait pour m’éclairer sur l’état de ma malade et je ne doutais plus que j’avais affaire avec une nerveuse. Lorsqu’elle fut calmée, je lui tins la conversation suivante: «Mademoiselle, je comprends que vous souffrez et je sympathise de tout mon cœur avec vous et je vous guérirai, si vous m’accordez deux choses. » — « Lesquelles ? » répondit-elle. — « Eh bien, Mademoiselle, je réclame de vous une confiance absolue et une soumission complète. » — « Je ne sais pas si je pourrai le faire. » — « Sans cela, je ne peux pas vous guérir. » — « Eh bien, j’essayerai. » On apporte alors la soupe que l’on distribue à chaque malade. « Je ne veux pas de soupe, s’écrie-t-elle, je prendrai du chocolat que j’ai apporté avec moi. » — « Vous mangerez votre soupe, Mademoiselle. » — « Oh si c’est comme çà, j’aime mieux m’en aller. » — « La porte est ouverte, Mademoiselle, je ne vous retiens pas. » La patiente mangea sa soupe et prit dès
lors sans se plaindre tout ce qu’on lui donna à l’hôpital, c’est-à-dire les repas plus un litre de lait par jour comme suralimentation. Le lendemain, je lui expliquai que nous ne pouvions constater aucune lésion anatomique ni de la moelle, ni de la colonne vertébrale et que ses douleurs dépendaient de son état général. Je lui dis qu’elle souffrait de .fatigue nerveuse, quelle avait épuisé sa force 'nerveuse et que le seul moyen de la retrouver était le repos complet au lit et la bonne nourriture. Elle comprit et accepta tout ce que je lui dis et entreprit la cure avec confiance. Pendant quatre semaines elle resta au lit, mangeant comme les autres malades, plus un demi-litre de lait matin et soir. Ses douleurs disparurent peu a peu. Je lui expliquai que le seul fait de fixer son attention sur la partie douloureuse rendait la douleur plus forte, et que le seul fait de pleurer et de se décourager dépensait de la force nerveuse et retardait sa guérison. Elle n’eut plus de crise et quitta l’hôpital parfaitement rétablie.
Je pensais qu’une fois de retour à. la maison, elle pourrait peut-être retomber dans son ancien état et je lui conseillais vivement de se-reposer quelques semaines encore et de me donner de ses nouvelles. Un mois après, je recevais une lettre dont j’extrais les passages suivants :
«Le Vaudioux (Jura), 16 juillet 1900.
Monsieur et cher docteur,
C est avec votre airrnble autorisation que j’ose me permettre de vous écrire, afin de vûus donner des nouvelles de ma santé, cest-à-dire vous parler de mes nerfs, tant de fois maudits! Ils vous ont donné tant dé tracas déjà, que peut-être en gardez-vous un désagréable souvenir.
Pour moi le cas est bien différent, et jamais je n’oublierai l’intérêt que vous m’avez témoigné pendant mon séjour à l’hôpital. Jamais non plus je ne vous remercierai assez pour tout le courage et l’espoir que vous m’avez rendus et dont j’avais tant besoin. Dans mon ignorance, je ne trouve ni mots, ni phrases qui puissent vous exprimer toute la reconnaissance que mon cœur renferme pour vous. Croyez aussi à celle de mes parents, non moins vive et sincère. Comme moi, ils sont vraiment bien heureux que vous m’ayez enfin appris à me soigner et que vous ayez donné un nom à cette maladie inconnue, dont je souffrais depuis si longtemps. Grâce à vous, Monsieur, je l’ai comprise, donc maintenant je puis la combattre, tandis qu’auparavant je ne, sa vais que pleurer et me désespérer. A présent, je sais qu’en le faisant je retarde d’autant plus ma guérison, aussi je deviens raisonnable-. Dès qu’il me vient des pensées tristes je les chasse au lieu de m’y abandonner.
Pour cela je me rappelle vos sages conseils, vos si savantes recommandations et puis ma vie durant mes quatre semaines d’hôpital. Parla pensée, je les revois,-..ces pauvres malades* souffrant les unes sans espoir de guérison, les autres mourant, abandonnées de leur famille.
Malgré tout, mon mieux ne progresse pas très vite ; néanmoins il existe et cela' m’encourage à persévérer dans mon traitement. Je continue, car j’ai trop peur de retomber dans mes. larmes et mes énervements passés. »
Je lui ai répondu dans les termes suivants .
« Ma chère demoiselle.
C’est avec grand plaisir que j’ai reçu votre lettre. Je constate, comme vous le sentez vous-même, que vous êtes en bonne
voie de guérison. Continuez à vous ménager et à suivre les conseils que nous vous avons donnés à l’hôpital. J’espère que vous m’annoncerez bientôt votre complet rétablissement, car j ai la ferme conviction que nous vous guérirons. Ecrivez-moi de temps en temps et soyez sûre que je serai toujours là pour relever votre courage. »
N’ayant plus eu de nouvelles, j’écrivis à la malade en novembre 1901 et je reçus la lettre suivante:
« Le Vaudioux, 18 novembre 1901.
Monsieur et cher docteur.
Depuis bien longtemps déjà je remettais pour vous envoyer les renseignements que vous me demandez. Pardonnez-moi donc, je vous prie, ma grande négligence seule cause de mon retard. Aujourd’hui, je m’empresse de vous répondre, bien contente si mon humble lettre peut vous être utile. Puis-je vous dire aussi l’immense plaisir que j’éprouve en vous faisant part de ma guérison à laquelle vous avez si largement contribué ! C’est bien en effet votre bon traitement qui m’a sauvée. Avant de le suivre, j’étais vraiment bien malheureuse. J’avais des douleurs dans le dos qui devenaient intolérables après le moindre travail et que les médecins français attribuaient à la colonne vertébrale. En vain je prenais leurs remèdes, mes souffrances ne faisaient qu’augmenter. Un rien m’effrayait, m’impatientait et je pleurais à tout propos. C’est dans ce triste état que j’arrivais à l’Hôpital de l’Isle, où je reçus vos bons • soins. De retour en France, je les continuai, six mois après j’allais beaucoup mieux et à présent je travaille du matin au soir.
Voilà donc ma santé revenue et je suis bien heureuse. Ce
bonheur, c’est à vous, Monsieur, que je le dois, jamais je ne l’oublierai, aussi comme je désire le vôtre ! Puisse-t-il demeurer toujours profond et inaltérable, telle est la reconnaissance que je vous conserve. C’est d’elle que me viennent les souhaits que je vous adresse et que si souvent je forme pour vous. Je vous prie, Monsieur, de bien vouloir les accepter, avec mes meilleurs remerciements et l’hommage de mon profond respect.
Ce ^cas nous montre la marché habituelle d’un traitement psychothérapique. Les quelques semaines de cure sous la surveillance immédiate, du médecin ne suffisent souvent pas pour permettre au malade de retrouver complètement sa force nerveuse. Notre but est cependant atteint si les malades ont compris la cause et l’origine psychiques de leur mal qu’ils peuvent désormais combattre et vaincre. C’est un résultat auquel on n’arrivera jamais à l’aide de médicaments. Les lettres de notre patiente nous montrent la transformation de son état d’âme. Du jour où elle a compris ce qu’était l’affection qui l’accablait, elle a été soulagée. Il faut beaucoup de patience et de bonté pour effectuer un traitement pareil. Il ne suffit pas de dire à ses malades : « C’est nerveux, ce n’est- rien, ça passera. » Il faut les comprendre et leur porter secours, d’abord par notre sympathie. La tâche est souvent difficile; mais la joie du devoir accompli et la reconnaissance des malades vous payent au centuple la peine dépensée.
Cas. VI. Anna H., 13 ans.
Contracture hystérique de Varticulation du genou droit,
■ traitement psychique, guérison.
Anamnèse du 20 juin iyoo. La malade se plaint de douleurs dans le genou droit et ne peut pas marcher sans deux béquilles. Ces douleurs se sont développées peu à peu dèpuis environ une année. Elle fut d'abord envoyée dans une division chirurgicale de 1 Hôpital de l’Isle comme suspecte d’affection tuberculeuse du genou; on ne put rien constater qui permît de confirmer ce diagnostic et elle entra dans notre division 1 comme erythema nodosum.
Status du 20 juin iyoo. On constate une légère contracture du genou droit ; le moindre mouvement dans l’articulation est douloureux et l'enfant crie dès qu’on essayé de faire des mouvements passifs. On ne trouve pas d’exsudatni d’altérations pathologiques des diverses parties de l’articulation.
Traitement. Nous essayâmes en vaift plusieurs remèdes " (sahcylàte de soude, antipyrine,- phénacétine, etc.) pendant quelques semaines. Peu à peu mon attention fut attirée sur le tempérament extrêmement nerveux de l’enfant et je pensai à ‘. une affection hystérique. J’entrepris la cure psychothérapique et je lui expliquai que si elle voulait être guérie, elle devait être très obéissante et faire tbut ce que nous lui dirions. Je lui enlevai d’abord une béquille ; ce fut une scène de désespoir, elle prétendait ne pouvoir absolument pas marcher avec une seule béquille; je ne cédai cependant pas et je l’engageai à essayer. Quelques jours plus tard elle était consolée et marchait très bien avec une seule béquille. Je lui pris- alors! la
Division de médeèineinterne du D'Dâtwyler,àI’Hôpital de risb£
seconde béquille,-ce'fut de nouveau un accès de pleurs, mais elle se mit bientôt à marcher sans béquille tout en boitant encore un peu. Nous jugeâmes bon dedauenvoyer dans l’établissement d’enfants d’où elle nous était venue.
Bientôt je reçus la visite du Directeur qui me demanda ce que je pensais de cette enfant qui boitait encore et se plaignait toujours de douleurs. Je lui expliquai ma manière de voit; en l’engageant à ne pas brüsquer l’enfant puisque son état; nerveux était maladif, mais à être ferme avec elle et à exiger que tous les jours elle s’exerçât un peu à la marche.
Un mois plus tard, l’enfant vint nous faire visite et courait sans aucune douleur d’une chambre'à l’autre de notre hôpital..
w Cas VIL M. H., 23 ans, étudiant en théologie.
Neurasthénie, dépression, traitement psychique, gü'énson.
Anamnèsedu 1 y juillet 1900. Le malade, qui est un étudiant intelligent et consciencieux, ne peut plus travailler depuis plusieurs semaines. Il ne peut plus fixer son attention sur un sujet quelconque, se fait des idées noires et croit qu’il devient fou. L’examen qu’il doit passer dans quelques semaines augmente encore son anxiété et il se trouve affreusement malheureux. Il a déjà consulté un médecin qui lui a prescrit du phosphate de chaux.
. L’usage assidu de ce médicament pendant 15 jours n’a pas eu d’effet. Il consulta un autre médecin qui lui conseilla de dormir pendant toute une semaine, ce que notre malade ne. voulut pas faire, n’en comprenant pas la raison. Son’ état ne s’améliorait pas et c’est profondément découragé, presque .désespéré, qu’il me fut amené par un de mes amis.
Status du 15 juillet 1900. Notre malade est un grand jeune homme, plutôt maigre, au teint pâle, aux traits allongés trahissant la tristesse de son âme. Il avait bon appétit et ne souffrait d’aucune affection organique.
Traitement. Il m avait à peine raconté ses divers symptômes qu il me posa la question suivante : « Que pensez-vous que j aie, je crois que je deviens fou. » — « Rassurez-vous, lui répondis-je, vous êtes dans un état de fatigue; ce n’est pas grave, vous vous rétablirez certainement, le seul moven d’y arriver est le repos complet.» «Comment puis-je me reposer, puisque j’ai bientôt mon examen?.» — « Il vous faut, pour le moment, oublier complètement votre examen, c’est une condition essentielle à votre guérison, car ce souci continuel ne fait que vous déprimer et vous empêcher de retrouver votre force nerveuse. » — « Me conseillez-vous de rentrer à la maison», me dit-il? — «Oui, si vous êtes assez raisonnable pour comprendre votre état et vous reposer sans vous faire aucun souci, sinon j’aimerais mieux vous garder sous ma surveillance. Soyez sur que tout souci que vous vous faites est une idée qui vous déprime et retarde votre guérison. » — ' « C’est bien, me dit-il, j’ai confiance en ce que vous me dites et je vais me reposer complètement, sans aucune arrière-pensée. » Quinze jours après, il m’écrivait :
« Mon cher Monsieur,
Permettez-moi de vous exprimer toute ma reconnaissance pour vos bons conseils. J’ai retrouvé mon humeur d’autrefois et je suis en bonne voie de guérison. »
Voilà un cas de neurasthénie très prononcée que j’ai pu remettre sur pied en une demi-heure de conversation et qui
prouve clairement l’efficacité du traitement psychique. Le seul fait d’expliquer au malade en quoi consiste son affection est pour lui un soulagement. Notre malade croyait devenir fou et se désespérait. N’est-ce pas un sentiment absolument naturel pour un jeune homme qui s’aperçoit que ses facultés diminuent et que sa volonté faiblit? Il essaye de lutter contre le mal, mais en vain. Il consulte divers médecins qui ne peuvent lui aider. Qu’y a-t-il d’étonnant qu’il se décourage et qu’il ait des idées noires? Il faut pourtant si peu pour lui permettre de retrouver son équilibre moral et intellectuel, mais ce peu ne lui sera fourni que par la psychothérapie. Rassurer, encourager, guider seront les devoirs du médecin psychothérapeute.
; Cas VIII. M. J. B., 37 ans, batelier.
Dyspepsie nerveuse, constipation chronique, traitement psychique.
Guérison.
Anamnèse du 30 avril 1301. Le malade souffre depuis plusieurs années de l’estomac, il a consulté divers médecins qui ont prescrit des remèdes qui ne l’ont pas guéri complètement. Il pense continuellement à son affection, est souvent découragé, voit tout en noir. Il entre, dans mon cabinet de consultation absolument consterné, m’annonçant qu’il est gravement malade et qu’il a certainement une occlusion de l’intestin.
Status et traitement du- 30 avril 1.361. Je l’invitai à prendre place sur une chaise longue et je l’examinai consciencieusement, Je ne pus rien constater d’anormal ni dans la région de l’estomac, ni dans la région abdominale. « Avez-vous des douleurs? » lui demandai-je. — « Non », répondit-il. — « De quoi vouf; plaignez-vous?» — «Je n’ai pas eu de selle depuis
trois jours et je n’ai pas d’appétit. » — « Etes-vous généralement constipé ?» — « Oh beaucoup, je ne peux pas aller' du ventre sans prendre un purgatif. » — « N’en avez-vous pas pris un cette fois ? » — « Oui, j’ai pris des pilules, mais ça ne fait pas d’effet, je suis sûr que j’ai l’intestin bouché. » — «Tranquillisez-vous», répliquai-je, «vous souffrez de constipation chronique et si vous voulez suivre mes conseils, tout cela passera. » Je lui appliquai la méthode de mon maître, M. le'D r Dubois, je lui prescrivis chaque matin à jeun en se^ levant un verre d’eau fraîche pour stimuler les fonctions digestives, je lui expliquai que c’était au réveil que les fonctions sympathiques avaient leur maximum d intensité, que les mouvements nécessaires à s'e vêtir stimulaient les péristaltiques de l’intestin, qu’un copieux déjeuner avec pain, beurre, etc., continuait à mettre en action le système digestif et que le moment le plus propice d’aller à selle était chaque jour une demi-heure après le déjeuner.
Je lui fis promettre de suivre à la lettre toutes mes prescriptions, en lui disant que c’était la seule manière de régler ses fonctions intestinales.
Quelques semaines plus tard il était parfaitement rétabli, ne prenait plus de purgatif, avait bonne mine et ne se faisait plus d’idées noires.
J’eus , l’occasion de le revoir depuis et de constater que la guérison était durable.
Cas IX. M. G. H., 21 ans., sommelier.
Neurasthénie :, dépression, traitement psychique, guérison.
Anamnèse du iy juin 1901. Le malade arrive d’Italie, où il fût pendant deux ans dans une place pénible. Depuis deux
mois il se sent faible, a de la peine à accomplir son travail. Il consulta un docteur italien qui lui prescrivit une préparation de fer. Son état ne s’améliora pas, il ressentit en outre de fortes douleurs dans la région de læ colonn e vertébrale et sè crut atteint d’une maladie de la moelle épinière. Il consulta des livres de médecine, ce qui le confirma dans son-idée. Il a perdu fout courage, est mélancolique et vient me demander s’il est prudent de faire la saison- avec une affection si caractéristique de ia moelle épinière.
Status et traitement du ij juin 1901. J’écoutai attentivement ce jeune homme et je l’examinai ensuite des pieds à la tête. Je ne pus rien constater de pathologique. Le système nerveux réagissait normalement. Les poumons et le cœur étaient en parfait état ; l’examen du sang me permit de constater que notre malade avait 105 % d’hémoglobine.
C’était un jeune homme de taille moyenne, plutôt maigre et pâle. Son expression dénotait un grand accablement. Mon examen une fois terminé, je lui expliquai qu’il m’était impossible de constater une maladie de la moelle épinière, que j’admettais cependant.'ces divers symptômes et que je les attribuais à un état de faiblesse nerveuse. Je lui conseillai de se tranquilliser; il ne lui était pas possible de se reposer complètement et de quitter sa place. J’entrepris cependant, la cure exclusivement psychothérapique et - le priai de venir me voir à la consultation. Il y vint trois fois et chaquç fois nous eûmes ensemble une conversation d’une demi-heure. La quatrième fois, c’est-à-dire le 25 juin 1901, il était parfaitement rétabli. « J’ai compris mon état, Monsieur le Docteur, je ne me fais plus d’idées, j’ai de nouveau du courage et.tout va bien», me dit-il. Ce jeune homme put supporter les fatigues de la saison tout en rétablissant l’équilibre de son état nerveux, grâce à un traitement psychique. Certes, j’aurais préféré ajouter à mon
traitement le repos complet qui ne peut être que favorable; ça ne me fut pas possible et ça me permit une fois de plus de constater que le traitement psychique est l’essentiel, tandis que tous les autres sont accessoires.
Cas X. M me S. B., 33 ans, blanchisseuse.
Paralysie hystérique des jambes, douleurs nerveuses, dépression.
Traitement psychique , cure-de repos, guérison.
Anamnèse du 1 octobre 1901. La malade a eu au mois de mars dernier une couche prématurée, l’enfant n’a pas vécu. Elle eut ensuite des phlébites pour lesquelles elle tint le lit six semaines. Lorsque son médecin lui permit de se lever, il lui fut impossible de.se tenir sur ses jambes, dans lesquelles elle ressentait de très fortes douleurs. Son médecin lui dit que les phlébites étaient guéries, qu’elle n’avait qu’à essayer de marcher et que ça irait bien. La malade ne peut cependant pas marcher et commence à perdre courage. On lui conseille un séjour de montagne, mais six semaines après elle revient à la maison ' dans le même état. L honorable confrère qui la traite essaye tous les remèdes possibles,.-toutes les ressources de la pharmacopée y passent, ça coûte beaucoup d’argent, puisque au dire de la malade, un seul soir elle.avala pour 12 francs de drogues. Tous ces essais restent infructueux et le médecin se contente de dire à la malade : « Vous n’avez rien, vous n’avez qu’à apprendre à marcher; j’aimerais bien vous guérir, mais je ne sais plus qu essayer. » La patience du médecin était sans doute à bout, il lui tourna le dos et ne vint plus la voir. Notre malade ne cessait de pleurer et de se désespérer, pensant
qu’aucune guérison n’était possible et qu’elle allait mourir des suites de son affection.
Status du i octobre ipoi. Tel était son état psychique lorsque je la vis pour la première fois. Elle avait tant pleuré qu’elle avait employé trois mouchoirs de poche dans une matinée. Je commençai par la tranquilliser et je passai à l’examen médical. Ses jambes qui ne pouvaient la supporter et qui lui causaient tant de douleurs ne présentaient plus aucune trace de phlébite. Elle- se plaignait de palpitations de cœur, la percussion et l’auscultation ne dénotèrent rien d’anormal. Les réflexes patellaires étaient présents, d’intensité normale. On ne pouvait constater aucune affection organique.
Traitement. Je commençai par réclamer de la malade une soumission complète et une confiance absolue, ce qu’elle m’accorda sans hésiter, tant elle désirait être guérie. Je lui expliquai qu’elle souffrait de faiblesse nerveuse, que l’essentiel était de remplacer la force nerveuse qu’il lui manquait, qu’il fallait pour cela diminuer les dépenses et augmenter les recettes. Je lui prescrivis le repos complet au lit avec suralimentation lactée, j’interdis toute visite et j’entrepris dans ces conditions le traitement psychique. Au bout de quelques j ours, - elle n’eut plus d’accès de pleurs; j’évitai de lui parler .de..ses jambes et de ses douleurs, j’en détournai peu à peu son attention. Je lui appris à ne pas s’inquiéter des divers symptômes qui surgissaient parfois, tels que maux de tête, palpitations cardiaques, vertiges, etc. Elle put bientôt les maîtriser et me dit un jour : « Je connais ma maladie et je peux la combattre. »
Au bout d’environ cinq semaines, c’était le I er novembre 1901, elle medittout à coup : «Je m’étonne si je pourrais marcher. » Ayant observé lés progrès de sa guérison, je jugeai le moment propice pour la faire marcher. « Certainement, lui répondis-je, sortez du lit et allez jusque vers le canapé, à
1 autre bout de là chambre. » Elle hésita un instant, se demandant si je parlais sérieusement. « Levez-vous donc», lui répétai-je avec assurance. La malade se leva et marcha. Le même jour elle s habilla et fit le tour de sa maison. Depuis ce moment elle est bien, ne pleure plus, fait son ménage et vit heureuse en famille. Il est inutile de dire la reconnaissance qu’une telle malade garde pour le médecin qui l’a guérie; je ne peux pas passer devant sa maison, sans quelle m’appelle pour me témoigner sa joie.