CHAPITRE PREMIER
Préliminaires. — Circonstances qui ont provoqué les recherches. — Observation d'un phénomène réel. — Expériences qui en démontrent la cause. — Opinions et conclusions qui en découlent. — Les raisons qui nous font séparer l'hypnotisme du mesmérisrae. — L'hypnotisme réussit plus généralement que le magnétisme animal. — Témoignage de M. Herbert Mayo i ce sujet. — Citation de preuves. — Diflérenls modes de provoquer l'hypnotisme. — On ne peut s'attendre à le voir réussir qu'en remplissant toutes les conditions nécessaires.
J"ai, dans mon introduction, présenté une révision rapide et donné quelques explications sur certains points ; je vais maintenant étudier le sujet en détail et traiter isolément chacune de ses parties.
Je signalerai les didérentes phases de mon travail ; les phénomènes que m'ont fait découvrir les manipulations auxquelles j'avais recours; les déductions qui s'en imposaient comme résultats ; la méthode que je recommande pour la provocation de l'état hypnotique, pour son appli-
cation dans le Iraitement de différents désordres, et le résultat de mes expériences quant à son efficacité comme agent curatif.
Nous acquérons, par la façon dont l'hypnotisme impressionne le système nerveux, le pouvoir de guérir rapidement de nombreux désordres fonctionnels, intraitables ou tout à fait incurables par les remèdes ordinaires, ainsi qu'un grand nombre de ces affections douloureuses qui, pour la plupart, n'étant pas accompagnées de modifications pathologiques dans la structure des organes, sont appelées de l'aveu de tous des « affections nerveuses », et dépendraient d'un état spécial au système nerveux. Convaincu que l'hypnotisme ne dépend pas d'un certain agent, ni d'une émanation particulière qui passerait du corps de l'opérateur dans celui de l'opéré, prétention des partisans du magnétisme animal, en ce qui concerne leur procédé,j'ai cru bien faire, pour empêcher de fausses conceptions, et ainsi que je l'ai expliqué dans l'introduction, d'adopter de nouveaux termes.
Je fus conduit à la découverte du mode que j'adopte présentement avec tant de succès, dans la production de cette condition artificielle du système nerveux, par une série d'expériences instituées en vue de déterminer la cause des phénomènes du mesmérisme. D'après ce que j'avais lu et entendu du mesmérisme (par exemple, que les phénomènes ne pouvaient se produire que chez un petit nombre de sujets ; que ces sujets étaient souvent alfectés de maladie ; ou qu'ils étaient d'une constitution délicate ou d'un tempérament particulièrement susceptible ; ou encore que les phénomènes se déclarant devenaient très intenses, ou étaient de nature extraordinaire), j'inclinais entièrement du côté de ceux qui traitaient le tout de connivence ou de supercherie, ou d'effet de l'imagination surexcitée, de la sympathie ou de l'imitation. J'assistai pour la première fois à une expérience de ce genre lors de la séance de M. Lafontaine, le 13 novembre ]841. Ce que je vis à cette soirée ne modifia en rien
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ma manière de voir et contribua plutôt ù confirmer mes premiers préjugés. A la séance suivante, six jours plus tard, un fait, l'impossibilité pour un patient d'ouvrir ses paupières, attira mon attention. Je considérai cela comme un phénomène réel et fus curieux d'en découvrir la cause ph)-siologique. Le lendemain, à une nouvelle opération, j'observai ce cas avec grande attention, et je me crus certain, avant la fin de l'expérience, d'en avoir découvert la cause; je crus prudent, cependant, de ne pas annoncer mon opinion publiquement, avant d'avoir, par l'observation et les expériences en particulier, obtenu une preuve infaillible.
Deux jours plus tard,je développai mes vues à mon ami, le capitaine Brown, comme je l'avais fait précédemment à quatre autres de mes amis ; et le même soir en sa présence, en présence de ma famille et d'un autre ami, je commençai une série d'expériences pour justifier ma théorie, à savoir : que le regard fixe et prolongé, paralj-sant les centres nerveux dans les yeux et leurs dépendances S et détruisant l'équilibre du système nerveux, produit ainsi les phénomènes en question. Les expériences furent variées de manière à convaincre tous ceux qui étaient présents de l'exactitude de mes vues théoriques.
Je voulais d'abord prouver que l'impossibilité pour le patient d'ouvrir les yeux provenait de la paralysie des muscles releveurs des paupières, en conséquence de leur action continue pendant la fixité prolongée ; qu'il lui était donc physiquement impossible de les ouvrir -.
i. J'entends par cette expression, l'état d'épuisement, suite d'une action trop prolongée ou trop intense d'un organe ou d'une fonction quelconque-
2. On a voulu prouver que j'avais emprunté cette idée à une personne qui aurait dit plus tard et en public que le patient en question aurait pu ouvrir les yeux s'il l'avait voulu ; le sujet ayant répondu à cette ol)jection, « J'ai essayé de tout mon pouvoir, sans y parvenir, » la personne en question aurait dit pour soutenir son opinion que l'incapacité n'était qu'imaginaire ; qu'il croyait volontiers u qu'un liomme peut se tenir appuyé contre un mur et croire, en vérité, qu'il
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Voulant démontrer ce fait, je priai M. Walker de s'asseoir, et de fixer les regards sur le col d'une bouteille de vin, assez élevée au-dessus de lui pour produire une fatigue considérable sur les yeux et les paupières, pendant qu'il la regarderait attentivement. En trois minutes, ses paupières se fermèrent, un flot de larmes coula le long de ses joues, sa tête s'inclina, son visage se contracta légèrement, un gémissement lui échappa, et à l'instant, il tomba dans un profond sommeil, la respiration devint lente, profonde et sifflante, le bras et la main droite étaient agités de petits mouvements convulsifs. Au bout de quatre minutes, je crus devoir cesser l'expérience, pour ne pas mettre mon patient en danger.
Non seulement cette expérience me donna la preuve que j'en attendais, mais encore, en appelant mon attention sur l'état spasmodique des muscles de la face et des bras, sur la respiration, et sur l'état mental au moment du réveil, elle me donna à penser que j'avais la clef du secret du mesmérisme. L'agitation et l'effroi de ce patient au moment du réveil étonnèrent beaucoup Mme Braid. Elle se montra très surprise de le voir aussi effrayé sans cause, car, ne m'ayant pas perdu de vue, elle ne m'avait vu ni m'en approcher, ni le toucher en aucune façon. Je lui proposai de se soumettre elle-même à l'opération ; elle y consentit très volontiers, assurant tous ceux qui l'entouraient qu'elle ne serait pas aussi facile à effrayer que la personne précédente. Je la fis asseoir et la priai de tenir son regard attaché sur l'ornement d'un sucrier en porcelaine ; ce sucrier formait avec les yeux un angle à peu près semblable à celui qui était formé par la bouteille dans l'expérience antérieure. En deux minutes, ses traits avaient changé d'expression ; au bout de deux minutes et demie les paupières se fermaient convulsivement ; la bouche se déformait; la patiente poussa un profond soupir, sa poi-
n'a pas le poiivoii- de s'en éloigner. » Il est donc clair que cette personne attribiiait le phénomène à une cause mentale, tandis que pouf moi, il s'ag-it d'une cause plujsique.
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frine se souleva, elle tomba en arrière ; elle allait évidemment passer à un paroxysme d'hystérie. Sur ce, je la réveillai. En tàlant son pouls, je constatai 180 pulsations par minute.
Pour plus ample informé, je fis monter un de mes domestiques, qui ne connaissait Trien du mesmérisme, et dans les instructions que je lui donnai, je lui fis croire que son attention fixe m'était nécessaire pour surveiller une expérience chimique devant servir à la préparation d'un médicament. Cette recommandation lui était assez familière, il n'en fut donc pas étonné. Deux minutes et demie plus tard, ses paupières se fermaient lentement avec un mouvement vibratoire, sa tête retomba sur sa poitrine, il poussa un profond soupir et fut instantanément plongé dans un sommeil bruyant. Toutes les personnes présentes éclatèrent de rire, sans que son sommeil en fût troublé. Après l'avoir laissé dormir une minute,je le réveillai, et fis semblant de le gronder pour sa négligence, lui disant qu'il devrait être honteux de ne pouvoir faire attention trois minutes sans s'endormir, et je le renvoyai. Mais je le fis revenir peu après, le fis asseoir de nouveau et lui recommandai de ne pas s'endormir comme auparavant. Il s'assit dans l'intention d'obéir, mais, au bout de deux minutes et demie, ses paupières se fermèrent et des phénomènes absolument identiques à ceux de la première expérience se manifestèrent.
Je fis un nouvel essai, priant M. Walker, le premier sujet, de fixer les yeux sur un objet autre que celui dont nous nous étions servi dansla première expérience, mais conformément à mon attente, les phénomènes se répétèrent. Je procédai ensuite à la manibre de La fontaine, avec les pouces elles yeux, puis en lui faisant regarder fixement mes yeux, sans aucun contact ; les effets furent encore les mêmes.
Je déclarai alors que les expériences confirmaient pleinement ma théorie ; j'étais parfaitement convaincu que les phénomènes du mesmérisme devaient être attribués en principe aune modification dans l'état des centres cérébro-
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spinaux, et des systèmes circulatoire, respiratoire, et musculaire ; dérangement provoqué, comme je l'ai expliqué, par la concentration du regard, le repos absolu du corps, la fixité de l'attention, et la suppression de la respiration accompagnant cette fixité de l'attention. J'ajoutai que tous les phénomènes dépendaient de l'état physique et psychique du patient et provenaient des causes dont j'ai fait mention, mais nullement de la volition de l'opérateur, ou des passes que celui-ci pouvait faire en projetant un fluide magnétique, enmettant en activité quelque agent mystique, universel. Les phénomènes primaires étant ainsi produits, je ne mettais pas en doute que les autres phénomènes ne suivissent naturellement en se développant par degrés, et successivement à leur tour '.
1. On m'a attribué, pai- simple esprit de conlradiclion, la prétention d'avoir, le premier, découvert que le contact n'était pas nécessaire, non plus que le lluide mag-nétique, pour produire les phénomènes du mesmérisme. Je n'ai jamais rien prétendu de semblable, mais j'ai démontré ces faits par les expériences les plus simples et les plus concluantes peut-être, qui aient jamais été fournies dans ce but. Dans une de mes conférences, je fis l'historique du mesmérisme, sans oublier l'essai que fil Mesmer de mesmériser des arbres dans le jardin du docteur Franklin, pour prouver îi la commission de 1784 que les patients, en allant sous les arbres, seraient affectés par le fluide magnétiqu» qui s'en écoulait et passait en eux. Ceci était une preuve suffisante que Mesmer lui-môme ne croyait pas le contact nécessaire. J'ajoutai que l'expérience n'avait pas réussi, car les patients avaient été affectés, non sous les arbres mesmérisés, mais bien sous ceux qui ne l'avaient pas été, ce qui donna i penser à la commission que les phénomènes étaient un résultat de l'imagination, et non pas de l'inOuence d'un fluide magnétique. Nous avions donc là deux théories; ni l'une ni l'autre ne considérait le contact nécessaire. Assurément personne ne pouvait penser que je revendiquais ces faits comme des découvertes personnelles; j'avais moi-môme indi(|ué les dates de leur manifestation, antérieure de beaucoup d'années à ma naissance.
J'expliquai de plus, dans la même conférence, les différentes manières de mesmériser, par les passes à distance, et en pointant les doigts aux yeux et au front, manière adoptée par d'autres expérimentateurs longtemps avant mes expériences relatives à ce sujet ; dans des conférences ultérieures, observant les altitudes gracieuses que prenaient quelques patients pendant l'état hypnotique, et la facilité