SÉPARÉ DU MESMÉRISME
Pendant longtemps, je crus à l'identité des phénomènes produits par ma façon d'opérer et par celle des partisans du mesmérisme; d'après les constatations encore actuelles, je crois tout au moins à l'analogue des actions exercées sur le système nerveux. Il me parut que la fixité de l'esprit et des yeux s'établissait quelquefois pendant les mouvements monotones des magnétiseurs, et qu'ils réussissaient alors, pour ainsi dire, par hasard ; tandis qu'en insistant sur l'importance de tenir les yeux fixés dans la position la plus favorable, et l'esprit attaché à une idée, et cela comme condition primaire et impérieuse, j'obtenais un succès invariable et des effets intenses, contrastant avec les résultats faibles et incertains des autres expérimentateurs. Toutefois, et à en juger d'après ce que les magnétiseurs déclarent produire dans certains cas, il semble y avoir assez de différence pour considérer l'hypnotisme et le mesmérisme comme deux agents distincts; et pour la raison suivante : les magnétiseurs affirment positivement qu'ils peuvent accomplir certains effets que je n'ai jamais pu provoquer par ma méthode, quoique je l'aie essayé '.
Je dois dire, à ce propos, que je ne crois ni équitable, ni même convenable, de mettre en doute les affirmations d'autres expérimentateurs, hommes de talent et d'observation et dont la parole fait autorité eu d'auti'es matières,
avec laquelle ils conservaient une position quelconque, en s'y maintenant de façon cataleptiforme, j'émis l'opinion qu'à l'hypnotisme peutêtre, les Grecs devaient leurs superbes sculptures, et les Fakirs le don d'accomplir leurs tours merveilleux. Le mysticisme aussi, déclarai-je, des sectaires relig-icux, comme les moines du mont Athos, tenait i la mêm(e cause ; toutefois et probablement, aucun des intéressés ne comprenait les vrais principes qui produisaient ces phénomènes. •
l. Los effets auxquels je fais allusion sont, par exemple, de lire l'heure sur une montre tenue derrière la tête, ou placée au creux épigastrique; de lire des lettres pliées ou un livre fermé; de reconnaître ce qui se passe à des kilomètres; deviner la nature des maladies et en indiquer le traitement, sans connaissances médicales ; de magnétiser des sujets h la distance de plusieurs kilomètres sans que le sujet ait connaissance de l'opération qu'on se propose de faire.
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sous prétexte que je n'ai pas été personnellement témoin des phénomènes, ou que je n'ai pu les reproduire moimême, soit par ma méthode, soit par la leur.
Avec mon expérience actuelle du sujet, j'admettrai volontiers que certains des phénomènes en question ont été produits par d'autres; mais je crois, cependant, qu'on peut, pour la plupart, leur donner une explication différente et plus naturelle que celle des magnétiseurs. Cependant, quand l'influence spéciale et ses effets qu'ils proclament, me seront devenus personnellement évidents, mon témoignage ne leur fera pas défaut.
Mais ce qui établit la différence la plus sensible et la plus importante, c'est la rareté de leurs succès et la fréquence dans la production des phénomènes que nous prétendons accomplir. Tout en admettant, par conséquent, que les magnétiseurs peuvent produire certains phénomènes extraordinaires qui me sont impossibles avec ma méthode, il résulte encore que ma méthode est supérieure a laleur quant à son application générale et à sonulilité pratique. Mon procédé a encore cet avantage: je suis certain que personne ne peut y être soumis, à aucune période, à moins de consentement libre ; ceci suffirait pour le sauver de tout soupçon d'immoralité, reproche qu'on a tant de fois adressé au magnétisme animal. Nous trouvons l'explication de ce grief dans la prétention qu'avaient les magnétiseurs de maîtriser les sujets d'une manière absolue et irrésistible, même à distance, par la simple volilion et les passes secrètes.
Je suis confirmé dans mes vues par l'opinion d'un illustre physiologiste, M. Herbert Mayo ; selon lui, ma méthode est « la meilleure, la plus courte, et la plus fidèle pour obtenir le sommeil, » et pour plonger le système nerveux, artificiellement, dans un état nouveau que l'on peut appliquer à l'art de guérir. Dans une séance particulière que je tins devant les médecins, à Londres, le 1" mars 1842, il questionna et examina mes sujets très soigneusement, voulut bien être opéré par moi en public et en particulier, et
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fit ses investigations avec tant de minutie qu'un médecin présent s'en trouva choqué, et prétendait qu'il ne me laissait pas assez de latitude ; cependant M. Mayo m'affirma qu'il n'en agissait ainsi que pour arriver à la vérité, n'ayant lui-même aucune théorie personnelle à soutenir ; il considérait le sujet comme des plus importants, aussi bien au point de vue spéculatif que pratique.
Je désire donc que ceci soit bien nettement compris: tout ce que j'avance dans les remarques suivantes a rapport à mon propre mode d'opération, distinct de celui de tous les autres. Je ne ferai mention des autres modes que quand il s'agira d'indiquer quelque source d'erreur qui pourrait faire confondre les phénomènes del'unavec ceux des autres.
Comme preuve du succès invariable de mon mode d'opération, je me bornerai à dire qu'à l'une de mes conférences publiques à Manchester, quatorze adultes mâles, de bonne santé, et qui m'étaient tous inconnus, se soumirent à l'opération; dix s'hypnotisèrent d'une manière caractéristique. A Rochdale, où je dirigeais les expériences pour un de mes amis, j'hypnotisai vingt inconnus dans la même soirée. Dans une séance particulière donnée aux médecins, à Londres, le l"mars 1842, dix-huit adultes, qui m'étaient inconnus pour la plupart, furent opérés ensemble; en dix minutes, seize d'entre eux se trouvaient hypnotisés. M. Herbert Ma)o examina quelques-uns de ces patients et put se rendre compte de la réalité des phénomène-^. Dans une autre occasion, je pris trente-deux enfants dont aucun n'avait jamais vu aucune expérience d'hypnotisme ou de mesmérisme ni n'en avait entendu parler; dans l'espace de dix ou douze minutes, les trente-deux petits sujets étaient hypnotisés et tenaient les bras étendus. Je n'entends pas dire qu'ils étaient dans la période ultérieure ou de torpeur, mais bien dans la période primaire ou. phase d'excitation, phase suivie certainement de la rigidité et de la torpeur, pourvu qu'on laisse à ces phénomènes le temps de se développer. Autre preuve du succès de l'hypnotisme : à une conférence faitedevant les membres de r.\s5ociation britannique, on fit
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monter de la rue quatre passants, deux hommes et deux adolescents. L'un des hommes et les deux adolescents furent opérés ; tous les trois tombèrent dans l'hypnotisme et l'un des deux jeunes gens fut réduit à l'état de rigidité. La Chronique de Stockport, du 4 février 1842, donne le compte rendu d'une conférence faite dans cette ville, quelques jours auparavant. Douze sujets mâles se présentèrent ensemble et furent traités d'après ma méthode; six d'entre eux furent h3'pnotisés, et deux le furent si profondément, que le conférencier eut beaucoup de peine à les réveiller. Avec l'un d'eux, nommé « Charlie, » tous les moyens ordinaires, y compris des secousses violentes et des frictions devant le feu, ne purent lui rendre la parole; le patient parvint à parler après avoir avalé à peu près un demi-verre d'eau-de-vie 'de genièvre. Je considère le témoignage de ce fait comme important, car il vient d'un ennemi. L'hypnotisation peut se produire dans l'obscurité aussi bien qu'au grand jour ou à la lumière du gaz, quand les yeux sont recouverts d'un bandeau ou quand ils sont à découvert, en tenant simplement les yeux fixes, le corps à l'état de repos absolu, et l'es- . prit libre de toute autre préoccupation. Lorsqu'il s'agissait ' d'enfants et de personnes d'intelligence faible, ou d'esprit impressionnable et impatient, dont je ne pouvais obtenir l'attention suffisante pour l'observation de ces simples règles, j'ai toujours échoué, malgré tous mes efforts. Ceci me semble une preuve assez convaincante de l'exactitude de mes vues. On peut aussi réussir avec les animaux, si l'on parvient à arrêter leur attention et à fixer leurs yeux.
Je crois que ce succès général de ma méthode, tant chez l'homme que chez les animaux, suffit pour prouver qu'elle procède d'une loi générale de l'économie animale. Les exceptions sont si rares, que l'on pourrait admettre qu'elles sont dues à quelques négligences dans les conditions nécessaires. Il est, cependant, hors de doute qu'il existe de grandes différences dans la susceptibilité des divers indivi-
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dus, les uns s'affectent rapidement et avec intensité, les autres lentement et faiblement.
Quelques personnes, je le sais, prétendent avoir essayé en vain ma méthode; la raison en serait simplement qu'elles ne veulent pas comprendre la nécessité de remplir toutes les conditions sur lesquelles j'ai tant insisté. Mais en toute justice, si elles ne remplissent pasTOUTEsles conditions, elles ne peuvent guère s'attendre à obtenir les résultats espérés, et ne doivent pas s'étonner de l'insuccès. Si le sujet et l'opérateur se conforment à toutes les instructions que j'ai données, le succès est presque certain ; au contraire l'échec est presque également certain, si ces conditions ne sont pas toutes exactement observées.
Si nous tenons compte de la grande difficulté qu'éprouvent certaines personnes à concentrer leurs pensées, et de la difficulté, plus grande encore, d'amener les patients sur lesquels on expérimente en public à se détacher complètement des personnes et des objets environnants pour fixer leur esprit sur le point signalé ; si nous tenons compte, en outre, de la grande difficulté d'obtenir une quiétude absolue là où un nombre considérable de personnes sont réunies, et de l'extrême vivacité de l'ouïe chez les sujets en voie d'hypnotisation, susceptibilité qui les expose à sortir de cet état au plus léger bruit, il nous faudra conclure qu'une salle de conférences publiques n'est en aucune façon l'endroit le plus favorable pour opérer une première fois.
En poursuivant mes recherches par la voie des expériences et de l'observation, j'ai eu occasion, et on avait lieudele prévoir, de modifier quelques-unes de mes vues et de mes manipulations ; mais le principe est toujours le même.