‹ NeurypnologieChapitre 19 sur 63 · ACTION SYNERGIQUE DES PUI'ILLES · texte numérisé non relu

ACTION SYNERGIQUE DES PUI'ILLES

Ou admet aujourd'hui, à peu près généralement, que pendant l'effort que l'on fait pour regarder un objet très rapproché, il se produit, selon la direction de l'objet, soit un strabisme double interne, soit un strasbisme dehaut en basou de bas en haut également double interne; les pupilles sont, par conséquent, puissamment contractées; je ne sache pas cependant connu le fait que, en dirigeant les yeux sans effort en haut ou en bas, à droite ou à gauche, comme si l'on regardait de; objets très éloignés, les pupilles se dilatent fortement, indépendamment de la quantité de lumière qui parvient à la rétine ; nous pouvons, de cette manière, contracter ou dilater la pupille à volonté. A ceux qui ne considèrent les mouvements de l'iris que comme l'effet de l'irritabilité, je ferai observer que, d'après eux,

D'après les vues de cet auteiii-, ces symptômes sont le résultat de 'i l'altention fortement dirigée sur différentes parties du corps, >• tandis que pour moi, c'est l'attention fixée à quoique chose en deiiurs du corps. La meilleure manière, selon moi, de connaître l'opinion d'un auteur est de lire son résumé. 'Voici les conclusions que nous relevons page lOST ; l'auteur dit : « Telle est notre manière de voir. Tous les effets croyables du magnétisme se sont produits, cl tous les effets incroyables se seraient produits, dans des cas où aucune influence magnétique n'a été mise en action, mais dans lesquels l'imagination dans toute son excitation, l'irritalion ou quelque impression mentale puissante a opéré; là où l'esprit seul a été impressionné, des effets de magnétisme se sont produits sans manipulation magnétique. Quand on a employé les manipulations magnétiques à l'insu du sujet, par conséquent, quand on a opéré sans le secours de l'espr.t, on n'a jamais obtenu aucun résultat. » Peut-on demander plus pour prouver que cet écrivain, tout comme Bertrand, adhère à la théorie de l'imagination ? Ce fut l'impression que me laissa la lecture du. ces articles quand ils furent publiés; de plus l'expérience de Wakley me fit considérer le tout comme une connivence ou une supercherie, ou plutôt comme le résultat de l'imagination excitée, de la sympathie ou de l'imitation. J'abandonnai donc le sujet comme peu digne de nouvelles recherches, jusqu'au moment où j'assistai aux séances de Lafonlaine. J'y vis un fait qui attira mon attention ; l'impossibilité pour un patient d'ouvrir ses paupières. Je restai convaincu que ce phénomèns ne pouvait être attribué U aucune des causes admises jusque-là, et je commençai alors des expériences pour éclaircir cette question ; quelques jours plus tard, je présentai mes résultats en public.

40 DE L'UYrN'OTISME

la première de ces positions augmente l'irritabilité, que la seconde la diminue. J'ajouterai encore que, si l'on fatigue fortement les yeux dans une direction quelconque, on aurait comme conséquence la contraction des pupilles.

Il est important de remarquer que, plus l'hypnotisation est fréquente, plus les patients y deviennent accessibles, et cela par l'association des idées et par l'habitude; ils deviennent ainsi susceptibles d'être afi'eclés entièrement par l'imagination. Ainsi, ils croient qu'il se passe quelque chose dont ils doivent être affectés, quoiqu'ils ne le voient pas, ils dcuiennent affectés; au contraire, l'hypnotiste le plus expert s'exercera en vain, si le sujet ne s'y attend pas et s'il ne s'y prête pas de corps et d'âme.

C'est ce fait lui-môme, joint à l'extrême docilité et à la facilité des sujets, ainsi qu'à l'étendue et à la grande rapidité d'action, à une certaine période, des fonctions ordinaires des organes et des sens, y compris la chaleur et le froid, les mouvements musculaires, la tendance des sujets dans cet état à s'approcher ou à s'éloigner selon les impressions qu'ils ressentent, et selon que l'intensité ou la qualité de ces dernières leur est agréable ou désagréable, c'est ce fait, dis-je, qui a dû égarer tant d'observateurs, et permettre aux magnétiseurs d'imaginer qu'ils pouvaient produire leurs effets à dislance, par la seule volilion et par des passes secrètes '.

1. J'extrais ce qui suit d'une lettre que je fis publier dans le Medica Times du 20 mars 18i2 :

« La prétendue faculté de voir, à l'aide d'autres parties du corps que les yeux, est pour moi un leurre. 11 est manifeste, cependant, que certains sujets peuvent décrire la forme d'un objet tenu îi la distance d'un pouce et demi de la peau, près de la nuque, du sommet de la tête, près du bras, de la main ou d'autres parties du corps, mais voici l'explication de la sensation qu'ils éprouvent : la sensibilité de la peau, exaltée à l'extrême, leur permet de reconnaître la forme des objets qu'on leur présente ainsi, par la tendance de ces objets à émettre ou îi absorber du calorique. Il ne s'ayit, toutefois, pas de la f»e, mais bien du touclier.

r. De même j'ai pu me convaincre, ainsi que d'autres, que les patients sont portés à suivre les mouvements de l'opérateur, non par

L IMAGINATION ET l'uAIÎITIIDK 41

Userait difficile de produire un exemple plus frappant que le suivant, pour prouver que les phénomènes proviennent de la fixation de l'esprit et des yeux, de l'état général de repos du patient, et non de l'imagination, des regards et delà volonté d'autrui. Après ma conférence dans « Hanover Square Booms, » à Londres, le 1" mars 1842, une personne vint dire à M. Walker, qui était avec moi, qu'elle désirait me parler, et qu'elle me priait d'essayer si je pourrais l'hypnotiser. Elle souhaitait fort de pouvoir être affectée, et tel était aussi le souhait de ses amis, mais

une puissance magnétique particulière inhérente à lui, mais en raison de l'exaltation de leur sensibilité, qui leur permet de discerner les courants d'air qu'ils suivent ou qu'ils évitent, en quelque sorte, selon leur direction. Ce fait est acquis et j'ai montré qu'un patient peut sentir et suivre les mouvement d'un entonnoir de verre mii dans l'air à la distance de quinze pieds.

«Je voulus mesurer exactement l'influence exercée par une pnliente sur elle-même, en dehors de l'influence personnelle ou mentale provenant de ma part ; pendant que je m'occupais d'autre chose, ma fille pria la patiente de passer dans une autre chambre où elle serait seule et d'essayer de s'hypnotiser elle-même. On vint me dire peu après qu'on avait trouvé la patiente profondément endormie dans mon salon. Je vins la retrouver, lui couvris les yeux d'un bandeau, puis i l'aide de l'entonnoir de verre (dont je me servais pour éviter toute communication électrique ou mag-nétique de ma personne à la sienne) je lui lis lever les bras, puis le corps tout enlic-r. M'éloignant ensuite de quinze pieds, chaque fois que je rapprochais l'entonnoir vers moi, elle s'approchait au^^si, mais quand j'éloignais rapidement l'instrument r/e ma personne, elle reculait invariablement ; si je le faisais mouvoir latéralement, elle le suivait égabment i droite ou i gauche. Je fis ensuite manœuvrer l'entonnoir, de manière i maintenir le courant vers la porte, et elle me suivit ainsi, les bras étendus et un bandeau sur les yeux, avec la démarche hésitante particulière aux somnambules, jusqu'au bas des escaliers, puis elle remonta avec moi les vingt-deux marches.

•1 Parvenu au haut de li^scalier, je la laissai debout quelques instants, puis je recommençai mes mouvements d'attraction. Il était évident qu'elle avait conscience des mouvements et qu'elle essayait de venir, mais elle ne pouvait pas. Je voulus la conduire par la main, mais ses membres inférieurs avaient pris la rii/idili; cataleptifurme et elle ne pouvait bouger. Je la transportai dans le salon, et, l'ayant assise sur une chaise, je la réveillai .jElle n'avait aucune conscience de ce qui s'était passé, et on ne put lui faire croire qu'elle avait descendu l'escalier —

42 DE L'nYl'NOTlSME

ni Lafontaiiie, ni d'autres qui avaient fait la tentative, n'avaient pu réussir à l'endormir. M. Walker répondit au visiteur que j'étais occupé et le pria de s'asseoir, lui disant qu'il allait l'hypnotiser lui-même dans un instant. Je vins dans la chamhre peu après, et je pus observer ce qui se passait. Le sujet était assis, fixant les yeux sur le doigt de Walker, qui se tenait debout, un peu à droite du patient et ne quittait pas du regard les yeux de ce dernier. Je ne faisais que passer, étant occupé à autre chose ; puis revenant un peu plus tard, je trouvai, M. Walker dans la même

elle était sire, disait-elle, qu'elle n'aurait pu faire pareille chose sans tomber — et elle croit encore aujourd'iiui à une plaisanterie, quand on lui rappelle sa promenade.

» .\ de nombreuses reprises, cette expérience fut faite avecce sujet et avec d'autres ; les résultats étaient absolument identiques, à l'exception, toulefois, de la promenade dans l'escalier ; j'ai montré avec quelle facilité les sujets, dans cet état, pouvaient être mis en mouvfment, par d'autres comme par moi ; je considère donc comme évident pour toute personne sans parti pris, qu'un patient peut s'hypnotiser luimême indépendamment de toute influence étrangère ; et que c'est plutôt k cause de l'extrême sensibilité de la peau et de la docilité des sujets, que ces derniers sont attirés par l'opérateur, qu'en vertu d'une attraction magnétique ; enfin le pouvoir de reconnaître les objets tenus prés de la peau, en différentes parties du corps, est l'acte du toucher et non de la vue.

» A partir du moment où je vis un professeur célèbre, essayer d'attirer un patient, ]e me formai une opinion quanti la cnuse de ce phénomène et je compris qu'il résultait de courants d'air produits par la main, en même temps que de l'extrême sensibilité de la peau et de la docilité du patient dans cet état ; mes expériences m'ont fourni des preuves concluantes de la rectitude de mes vues, et quelques malades reconnaissent ces faits.

" 11 est intéressant de remarquer que, pendant le trajet dansl'cscalier, on sonna i la porte: le bruit de la sonnette produisit une telle secousse dans tout l'être de la patiente qu'on eût dit qu'elle allait perdre l'équilibre. Ce fait est analogue îi celui que produit un bruit soudain sur des somnambules naturels. »

C'est à cause de l'extrême sensibilité de la peau pendant l'hypnotisme que des sujets peuvent circuler dans une chambre, les yeux bandés, sans se heurter aux meubles, — ils sont guidés par la différence de température ou plutôt par le degré de conductibilité des objets et par la résistance de l'air.

UN OPÉRATEUR IIYI'.NOÏISIJ 43

posilion, profondément endormi, son bras et son doigt dans un état de rigidité calalepti forme, et le sujet éveillé, fixant toujours le doigt de l'opérateur. Quand j'eus réveillé M. Walker, le patient remarqua qu'il était très étrange que personne ne pût le mesmériser : « Je dois posséder un pouvoir de résistance extraordinaire, » dit-il. Je le priai d'attendre un peu, lui disant que j'allais essayer, quand tout serait tranquille. En trois minutes, je l'avais endormi et, en un instant de plus, il devenait rigide. Je crois que mon succès, après l'échec de M. Walker, peut être attribué aux raisons suivantes : M. Walker, avait essayé d'opérer

J'ai fi'éqiiemment montré ce fait chez des sujets très sensibles, et cela d'une façon ^ la fois frappante et décisive. Répandez sur une table nue quelque parfum subtil et agréable, les patients s'approcheronl, désireux de le respirer, mais ils reculeront avant de venir en contact avec la table froide. Mettez un mouchoir sur la table, dispos(iz le parfum sur le mouchoir, ils s'approcheront tout près et sembleront se complaire dans ses émanations ; enlevez le mouchoir, ils réitéreront leurs mouvements d'attraction et de répulsion. Ces faits ont été mis puissamment en relief dans une de mes séances particulières, en présence de plusieurs célébrités scientifiques et médicales. Deux sujets furent hynoptisés ; • l'un d'eux, attiré par l'odeur d'une tabatière que portait un des assistants, se mit à le suivre autour de la chambre. La tabatière fut posée sur une table nue, îi la dislance environ de dixhuit pouces du bord. Le sujet, une dame, avança alors les bras étendus, comme pour prendre la boite, mais arrivée à dix ou douze pouces, et percevant à cette dislance une impression de froid, provenant de la table, elle recula. Toujours attiré par l'odeur de la tabatière, elle fit un nouvel effort pour s'en appiocber, mais fut encore repoussée par la table froide avant d'y arriver; puis ce fut une série d'essais, la patiente approchant et reculant et me rappelant assez le spectacle d'un chien affamé, qui veut manger un aliment trop chaud. L'autre patiente, circulant autour de la table, remarqua aussi l'odeur de la tabatière, et avança d'un autre côté ; toutes deux s'unirent alors dans leurs mouvements progressifs et rétrogrades ayant la boite pour objectif, et cela au grand divertissement de toute l'assistance. J'étendis sur la table un mouchoir, et je mis la tabatière dessus ; à l'instant elles s'approchèrent tout près et ne parurent occupées que de jouir du parfum qui s'en échappait ; j'enlevai le mouchoir, elles recommencèrent leurs mouvements de va-et-vient comme auparavant. La première de ces patientes n'avait jamais vu d'expérience semblable, et c'était la première fois qu'on la soumettait à ces épreuves.

a DE LIIYI'NOÏISMIC

en présence de plusieurspersonnes qui aliaieiil et venaient dans la pièce, en causant. J'eus soin de ne commencer que quand tout fut tranquille. Il n'avait pas pris la précaution de diriger les yeux de son sujet dans le meilleur sens possible ; j'eus soin de ne pas négliger ce point. De plus, quoique M. Walker n'eût pas réussi à l'endormir, il l'avait, sans doute, affecté en partie, et l'influence de la première séance ne s'était pas encore entièrement dissipée quand je commençai mon opération. Deux jours après, M. Walker m'accompagnait dans une visite que je fls à l'un des plus célèbres magnétiseurs de l'Europe. Ce dernier, pendant notre conversation, dit que dans bien des cas, il suffisait d'un regard pour produire les effets magnétiques. Il voulait, je crois, nous surprendre, M. Walker et moi, et tenait ses grands yeux intelligents fixés sur M. Walker.

Cependant, celui-ci, soupçonnant son intention, et connaissant mon opinion quant à la manière de résister à l'influence d'une telle fascination, tint ses yeux et son esprit en mouvements ; il frustra ainsi les efforts de l'un des caractères les plus énergiques, et se déroba à l'influence fascinatrice des deux plus beaux yeux que l'on puisse imaginer à cet effet. D'ailleurs M. Walker fut une fois magnétisé par M. Lafontaine, après avoir été opéré plusieurs fois par miji-mème, circonstance qui, naturellement, le rendait plus susceptible à l'influence du mode d'opération du magnétiseur. Si M. Walker avait eu foi dans la puissance du personnage à qui nous faisions visite, il aurait certainement été impressionné, même à défaut d'intention expresse du magnétiseur et je ne suis pas autorisé à affirmer qu'il y avait réellement intention. Mais M. Walker crut fermement que le magnétiseur tentait de le fasciner ; il se rappela mes idées et échappa à celte influence. Quelque temps plus tard, afin de montrer l'efficacité de ma méthode si simple, et en présence de ce même personnage, je priai M. Walker de s'hypnotiser lui-même. En fixant simplement ses yeux et son esprit, il s'endormit environ dans l'espace d'une minute.

Page 1