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SOMMEIL, RÊVE, SOMNAMBULISME

trouvent placés dans des conditions absolument semblables. Quant aux manifestations parliculières que l'on peut provoquer, à une certaine phase de l'hj'pnotisme, en manipulant la tète et la face, nous renvoyons au chapitre VI, où sont rapportés les souvenirs d'événements qui auraient eu lieu pendant l'état de veille, tandis que les sujets ne semblent rien se rappeler de ce qui s'était passé pendant un état d'hypndtisme antérieur.

Quant aux causes du sommeil ordinaire, je dirai que le cerveau, fatigué par l'exercice des fonctions cérébrales, par les impressions sensorielles qui occupent constamment les organes spéciaux, par les efforts musculaires et autres fonctions animales, cesse d'être affecté par les agents ordinaires et tombe dans cet état <jue nous nommons le sommeil. Il se repose alors, et se prépare à recevoir de nouveau ses impressions habituelles par les organes des sens, à entretenir ses relations avec la nature externe, à exercer les fonctions motrices ou mentales particulières à l'état de veille.

On admettra, en général, que le sommeil le plus réparateur, et, par conséquent, le plus naturel, accompagne cet état de langueur, suite de l'exercice ou de la fatigue modérée de toutes les fonctions du corps et de l'esprit, plutôt que d'un exercice immodéré de l une ou de plusieurs à l'exclusion des autres. Il y a longtemps qu'on a observé que l'attention extraordinaire appliquée à un seul objet déterminait le rêve au lieu du sommeil profond. On trouvera aussi que la période de temps absolue, pendant laquelle une fonction quelconque peut être exercée, dépend en grande partie de la prolongation de cet exercice, ou de son alternance avec celui d'autres fonctions ; ainsi les idées peuvent devenir confuses par suite d'une étude prolongée, mais l'esprit peut y revenir avec énergie et avantage, et la continuer, somme toute, plus longtemps, s'il l'a abandonnée momentanément, pour une étude de nature différente ; de plus, des affections corporelles, même l'aliénation mentale, peuvent maintes fois résulter

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de l'application exclusive de l'esprit à un objet particulier, qu'il s'agisse de religion, de politique, d'avarice, de plans ambitieux, de passions ou d'émotions quelconques déterminant une contemplation continuelle.

De même, des efl'orts musculaires très intenses épuisent rapidement le pouvoir des muscles; si l'on tient les yeux immobiles et constamment dirigés sur des points colorés, il arrive un moment oii l'on cesse de distinguer les limites des difl'érentes couleurs ', puis les yeux semblent enfin presque incapables de voir les points eux-mêmes. On pourrait faire la même démonstration pour les autres sens. Enfin Faction et le repos doivent alterner, telle est la loi de la nature animée -.

\. MûUer.

2. Ce sujet est magnifiquement traité par Muller, p. 1. 410, vol. II (traduction de Baly) que je cite : " L'excitation des processus organiques du cerveau, conséquence de l'état d'activité de l'esprit, rend l'organe graduellement incapable de maintenir l'action mentale, et conduit ainsi au sommeil, qui est au cerveau ce que la fatigue corporelle est aux autres parties du système nerveux. La cessation ou le relAchement de l'activité mentale pendant le sommeil permet, à son lour, le retour de l'état organique du cerveau à son intégrité primitive ; il reprend ainsi son excitabilité. Le cerveau, dont l'action est essentielle auï manifestations de l'esprit, obéit, de fuit, à la loi générale qui gouverne tous les pbénoinéiies organiques, — ce qui revient i dire que les phénomènes de la vie sont des étals particuliers, se développant dans les structures organiques, et compliqués de modifications dans la substance intégrante de ces structures. Par conséquent, plus l'activité de l'esprit se prolonge, moins aussi le cerveau devient propre ,à supporler celte activité et plus le ti'avail cérébral devient imparfait, jusqu'à ce qu'enfin les sensations cessent d'être éprouvées, quoique les impressions des agents externes continuent de se produire : ce fait est parfaitement analogue à ce qui se passe fréquemment îi l'élat de veille, pour certaines sensations, n

Qu'il me soit pr^rmis de faire une réserve 5 l'endroit do ces remarques. Je veux parler de l'exercice modéré que je considère non comme épuisant, mais plutôt comme un stimulus salutaire, donnant du ton et à l'organe et b. la fonction. Il poursuit en termes justes et précis :

Il Ce n'est pas seulement l'activité de l'esprit, mais l'exercice prolongé des autres fonctions de la vie animale, telles que l'activité sen-

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C'est par suite d'un excès de fatigue de la faculté d'al- N tention, amené par la pensée exclusivement attachée à un objet unique, aune idée unique n'étant pas de nature excitante, par suite d'un excès de fatigue dont souffre un système particulier de muscles, par suite de l'état résultant de la position incommode et forcée des yeux, de la suppression dans la respiration et du repos en général, que se développe dans le cerveau et dans tout le système nerveux cet état particulier que j'appelle hypnotisme ou sommeil nerveux. On a les preuves les plus frappantes qu'il

sorielle ou miisculairo, qui amène l'épuisement du cerveau cl, partant, le besoin de sommeil et le sommeil lui-même. Les différents systèmes de l'organisme participent des modifications qui peuvent subvenir dans l'état organique de l'un d'eux. Enfin, les troubles apportés dans l'état normal du cerveau par un sang chargé d'aliments imparfaitement assimilés, comme ù la suite d'un repas copieu.ic où l'on a pris des boissons alcooliques, provoquent également le sommeil. Les narcotiques agissent encore plus énerglquement par les modifications . qu'ils produisent dans la composition organique du seiisorium. Le sang exerçant sur le cerveau une pression plus considérable dans la position horizontale, il peut y avoir là encore une cause de sommeil. »

Voil.'l donc, en quelques mots, l'opinion de cet auteur. L'exercice fonctionnel est la cause d'une modification, d'une détérioration, ou d'une perte dans la structure organique, perte plus rapide que ne peut réparer la rccomposilion organique lente, mais régulière et permanente qui se fait dans tout l'organisme. La cessation des fonctions sensorielles, mentales et musculaires, telle qu'elle a lieu pendant le sommeil, devient donc nécessaire, pour donner aux structures organiques altérées le temps indispensatile i leur reconstitution ; ceci est imporlant surtout pour le cerveau, qui sympathise à un si haut degré avec les autres organes, et qui participe aux modifications organiques dont ils sont le siège.

Liebig semble confirmer celte manière de voir, quand il indique que précisément les principes chimiques des substances qui agissent le plus énerglquement sur le cerveau et sur les nerfs ont une composition analogue à celle de ces mêmes organes : tel est le cas des alcaloïdes végétaux. Il croit que tous les principes actifs qui produisent, ÎL faibles doses, des effets fortement médicinaux ou toxiques sont des composés de l'azote ; et que ces composés, réduits à leurs éléments, prennent part à la formation ou à la transformation du cerveau et de la substance nerveuse.

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diffère du sommeil naturel, dans les effets extraordinaires dont il est la cause. On sait que quand l'esprit est fortement abstrait on peut perdre la conscience des objet* environnants; parfois on ne s'apercevra pas qu'on est gravement blessé. Pendant l'hypnotisme ou sommeil nerveux, l'activité des fonctions en jeu semble être si intense, qu'elle peut bien, en grande partie, priver les autres fonctions du degré d'énergie nerveuse nécessaire pour exciter leur sensibilité. Tel semble être le cas. C'est de cette manière seule que l'on peut comprendre pourquoi la sensibilité ordinaire serait émoussée jusqu'à un certain point pendant l'activité si étendue et si rapide de certaines autres fonctions *.

1. Oa a essayé de déiiaturei' ce qu'avait écrit M'Nish sur la rêverie, et de représenter cet article comme la base de ma tliéorie ; c'est, en vérité, supposer trop d'ignorance chez les autres, que de vouloir ainsi dénaturer les pensées d'un auteur. Quelle est la délinition de M'Nish ?

« La rêverie, dit-il, procède d'une quiétude extraordinaire du cerveau et de l'impossibilité pour l'esprit de s'attacher fortement à un objet quelconque; c'est souvent le prélude du sommeil. 11 y a un défaut dans l'attention qui, au lieu de rester fixée sur un seul ohjel, erre sur mille, et même dans ce cas se trouve encore faiblement dirigée. » Voilà, et chacun en conviendra, absolument le contraire de ce qui est produit par mon procédé, car je lie l'attention à une idée et les yeux îi un point; ce sont mes conditions premières et impérieuses, Voyons un autre passage. « J'ai éprouvé, en regardant longtemps cl d'une manière intense, couler une rivière, cette sorte de rêverie dans laquelle l'esprit se trouve dénué de toute idée et qui approche tant du sommeil. Les pensées semblent glisser et s'éloigner une à une avec le courant, jusqu'à ce que l'espiit en soit entièrement privé. Nous voyons, dans cet état, les masses transparentes de l'eau mobile s'enfuir, nous en entendons le murmure, mais nous perdons tout pouvoir de fi.xer définitivement notre attention sur un objet quelconque ; alors nous nous endormons, ou nous sommes réveillés par quelque réaction spontanée de l'esprit, ou par quelque impression des sens, assez vive pour nous tirer de notre rêverie. •> Je lirais ce passage mille fois sans y découvrir une analogie quelconque avec mes vues Ihéori.iues. Elles m'en semblent « aussi éloignées que sont lespAIes l'un de l'autre »..\u lieu de mettre l'esprit à vide et de le dépouiller de ses idées une îi une jusqu'à ce qu'il en soit entièrement privé, je m'efforce de retirer!!

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Je ne doute pas que les effets si caractéristiques, mentionnés clans la note ci-dessous, n'aient pour cause la durée trop grande de l'expérieuce. Je n"ai jamais vu de conséquences semblables suivre aucune de mes opérations, parce que j'ai toujours surveillé le malade aussitôt que j'ai remarqué le moindre symptôme de danger. Je vais maintenant indiquer les symptômes de danger, ainsi que la manière de réveiller les sujets, et d'empêcher les accidents qui pourraient résulter d'un défaut de prudence chez l'opérateur.

Quand je m'aperçois qu'il y a oppression de la respiration, que le visage est très rouge, que les membres sont extrêmement rigides, ou que l'action du cœur est rapide et tumultueuse, je réveille immédiatement le patient, en frappant dans les mains, ou en frappant le malade, par

l'esprit toutes ses idées en bloc h. l'exception à'une seule et d'y fixer celle-ci, même après le pa'iHCtqe à l'état hypnotique. Ceci est très différent de ce qui se passe dans la rêverie dont il est question, et il propos de laquelle M'Nisli reconnaît qu'il est difllcile « d'arrêter l'attention définitivement sur un objet quelconque ». De plus, loin qu'une réaction de l'esprit suffise pour faire sortir les patients de l'état hypnotique, comme dans la rêverie dont il s'agit, je dirai que je n'ai jamais vu de sujet profondément affecté en sortir sans aide ; et j'ai entendu Lafontaiue raconter qu'il n'avait pu réveiller un Français, auprès duquel il s'était trouvé pendant douze heures, à l'occasion d'une opération chirurgicale ; j'ai aussi lu le rapport d'un autre opérateur qui employa ma méthode sur un sujet i Stockport, et qui, ayant laissé les choses aller trop loin, eut grand mal à le rappeler à lui et ne lui vit reprendre la parole, malgré de nombreuses manipulations, secousses et frictions, qu'après l'ingestion de près d'un demiverre d'eau-de-vie de genièvre. Pour éviter toute fausse interprétation, je reproduis le cas tel qu'il se trouve dans la Chronique de Stockport, du 4 février 1842. — «Le conférencier fit ensuite remarquer le cas suivant. C'était celui d'un jeune homme connu familièrement sous le nom de « Charlie » : Il entrait dans l'état de somnolence : alors on explique à l'auditoire que la somnolence se maniTcstait tout d'abord par la rigidité des différents membres. Puis ses paupières se fermèrent, et il parut être comme sous l'influence de la catalepsie. On essaya de le faire asseoir, mais son corps tout entier était absolument rigide, et on ne put y parvenir. On retendit alors sur le plancher, et tous les moyens usités avec l'eau froide furent mis en œuvre pour le

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un coup sec de la paume sur le bras ou sur la jambe, ou bien encore par la pression et le frottement des paupières, ou encore par un courant d'air projeté contre la face. A l'aide de ces moyens je n'ai jamais manqué de rappeler mes sujets à eux rapidement.

Je suis convaincu que l'hypnotisme est non seulement un remède très important, mais encore un remède sans danger dans un grand nombre de cas, si on l'emploie avec discernement ; il ne doit pas servir de jouet, entre les mains des ignorants qui voudraient satisfaire une vaine curiosité. Dans les cas de tendance à l'apoplexie, quand il y a anévrisme, ou sérieuse afiection organique du cœur, on ne doit pas s'en servir, à moins de grande précaution et en vue de diminuer la force et la fréquence de l'action cardiaque.

rappeler à lui. Après un ctrtain laps de temps, ses membres devinrent plus souples, et on put l'asseoir, il était conscient en apparence, mais avait les yeux encore fermés. On le pria plusieurs fois de les ouvrir, mais, malgré les plus grands efforts, il ne put le faire pendant quelque temps. Enlin, il les ouvrit, et on s'aperçut alors que toutes les fonctions du corps avaient été fortement influencées ; en ce moment il n'avait pas encore recouvré la parole ; les n]uscle3 de la gorge et de la langue demeuraient encore dans l'état complet de rigidité. C'est dans cet état, tout son corps étant pris d'un tremljlement violent, qu'il fut conduit dans une pièce clplacé devant le feu, pendant que l'opérateur continuait à le frotter afin d'exciter l'irritabilité des tissus et de rappeler la vie normale. Tous ces efforts échouèrent, pendant un certain temps, cependant le patient se montrait très surpris de son état, il était très gai, et s'efforgait de parler, mais en vain. Enfin on apporta un demi-verre d'eau-de-vie de genièvre, il en but la plus grande partie; il recouvre à peu près la parole, et demande, à voix basse, son chapeau ; il prie aussi qu'on mette de l'eau dans le reste de son eau-de-vie de genièvre. Il se plaignait d'une sensation de Irop-plein h l'estomac ; on lui demanda s'il avait encore froid, il répondit que non, mais qu'il ne pouvait pas encore maîtriser le tremblement dont il était saisi. V

N'est-ce pas là un magnifique exemple de la facilité avec laquelle on peut faire sortir les patients de cet état u par une réaction de l'esprit ? » Ce cas ne fut pas le seul de la soirée, où l'on éprouva de grandes difficultés pour faire sortir les sujets de l'état hypnotique.

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