COMMENT LES PASSIONS SONT EXCITÉES
à CCS points. Qu'il me soit permis de répondre: nous sommes loin (l'ùlre suflisamment renseignés sur les lois et la distribution du sj'stème nerveux ; nous ne pouvons encore prescrire aucune règle q uant à, la façon dont il devrait agir. Qui ignore encore que jusqu'à la découverte de notre illustre compatriote sir Charles Bell, on admettait que le môme nerf donn ait à la fois et la sensation et le mouvement. Quand il déclara que la vraie explication de ce double rôle était dans l'existence de doubles racines, son affirmation ne fut-elle pas dédaignée pendant longtemps? Enfin, quand elle fut reconnue exacte, n'essaya-t-on point de dérober à sir Charles Bell l'honneur de sa découverte.
Il )' a lieu de conclure que l'on trouvera enfin la distribution des nerfsducuir chevelu beaucoup plus compliquée qu'elle ne nous paraît aujdurd'hui.
Je vais maintenant exposer mes vues quant au mode d'association des difTérentes parties du cerveau avec les différentes parties du corps. Je me suis depuis longtemps rangé à l'opinion des phj'siologistes; selon eux, la vis nervosa est quelque chose circulant dans des tubes; les tubes nerveux primitifs ne s'anastomosent pas, mais cheminent parallèlement les uns aux autres, demeurant distincts et isolés pendant toute la durée de leur parcours ; par conséquent « l'extrémité cérébrale de chaque fibre est en communication avec l'extrémité périphérique d'une seule fibre nerveuse, et cette extrémité périphérique ne se trouve elle-même en communication qu'avec un seul point du cerveau ou de la moelle épinière : de sorte que les nombreux millions de fibres primitives distribuées à la périphérie du corps se trouvent représentées dans le cerveau. La sensation, à un point isolé, dépend évidemment de l'impression portée par une fibre isolée à un seul point du sensorium » (MLiller). C'est par la même cause cjue nous pouvons régulariser les mouvements simples ou complexes de membres différents.
D'après toutes ces considérations, et d'après l'analogie qui nous montre des organes séparés, appropriés à des
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fondions distinctes, il semble naturel de supposer que des parties ditTérentes du cerveau peuvent, avoir des fonctions spéciales relatives à l'esprit et à la matière ; quand ces parties sont excitées assez fortement, les manifestations deviennent plus nettes, et vice versa.
Nous le savons par expérience : les différentes passions et émotions peuvent être excitées par l'intermédiaire de l'ou'ie, sous l'influence de la musique on de la parole, par l'intermédiaire des yeux, en matière de peinture et de sculpture, ou bien encore, quoique à un degré moins étendu et moins efficace, par l'intermédiaire des sensations ordinaires, et il me semble assez probable à priori, que ces phénomènes peuvent s'exécuter avec une intensité beaucoup plus élevée, si nous arrivons à découvrir comment il faut s'y prendre pour exciter certaines portions du cerveau. Si chaque point du corps innervé par une fibre nerveuse primitive a son point correspondant dans le cerveau, il est clair qu'en titillant chaque point périphérique, nous exciterons le point central correspondant; et, d'après ce que l'on verra détaillé dans les expériences, il paraît fortement probable que les parties respectives du cerveau correspondant à foutes les parties du corps, peuvent être mises en action par l'intermédiaire de certains points sympalliiques de la tète et du cou ; dans ce cas, nous pouvons aussi provoquer la totalité de ces actions mentales et musculaires, associées à chaque portion du cerveau.
Dans ce cas encore, la supposition de Smellie serait entièrement réalisée chez l'homme. 11 s'exprime ainsi : — « Je peux; concevoir un être supérieur, connaissant tellement bien la structure corporelle, assez entendu dans les relations et dépendances mutuelles qui existent entre notre intelligence et nos organes sensitifs, pour provoquer dans l'esprit, en titillant de diverses manières et dans divers sens des groupes particuliers de nerfs, des branches particulières d'un seul nerf, les idées qu'il voudrait. Je peux aussi concevoir la possibilité de suggérer une idée
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particulière quelconque, ou un courant d'idées, en affectant les nerfs de la même manière que ces idées les affectent quand elles sont excitées par une autre cau-;e quelconque. » Cette espérance me semble aujourd'hui en grande mesure réalisée par certains modes de manipulalion pendant l'hj'pnotisme, et je vais maintenant en décrire quelques exemples.
Mon premier essai dans l'excitation des phénomènes phréno-hypnotiques eut lieu au mois d'avril 1812, dans la salle des séances à Liverpool, mais je ne réussis pas. Je fis de nouvelles expériences en petit comité ; j'endormis des sujets par le contact aussi bien que par ma méthode habituelle, mais toujours sans réussir. Je désirais fort pratiquer l'essai sérieusement et fisdemanderàM.Brookes, par la gracieuse intercession du D' Birt Davies de Birmingliam, de vouloir bien m'indiquer le mode qu'il avait employé avec tant de succès ; ce me fut communiqué avec la plus grande courtoisie par ces deux personnes. Je fis donc l'essai de cette manière sur plusieurs patients, avec mon procédé habituel ainsi qu'avec celui des magnétiseurs, mais toujours sans succès. Je perdis l'espoir de réussir; et j'abandonnai l'entreprise, supposant que les cas qui avaient réussi chez les autres devaient avoir été des lusus naturai ; ou bien que les opérateurs s'étaient déçus eux-mêmes ; les patients ayant répondu comme ils l'avaient fait et donné naissance aux manifestations d'après la naluredesquestions qu'on leur avait posées tout d'abord, puis qu'ils s'étaient rappelé plus tard ce qui s'était passé, et avaient encore i'é|)ondu comme aux premières fois ; ce fait était possible, bien qu'on eût admis qye, comme les somnambules naturels, ils ne se rappelaient rien pendant la veille de ce qui s'était passé pendant leur sommeil.
En décembre dernier, après avoir lu un compte-rendu de deux conférences faites par M. Spencer T. Hall sur ce sujet, à Sheffleld, j'essayai de nouveau, et, chose remarquable, le premier sujet sur lequel j'opérai de cette façon montra plusieurs des manifestations. Mais je rapportai
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les résultais h une cause totalement différente rlc celle qui était reconnue par M. Hall et par les autres magnétiseurs. Je conclus qu'ils provenaient de différences dans le degré de sensibilité des diverses parties des téçuments, tran5meltant des sensations qui variaient relativement, quoique produites par des impressions semblables ; ces sensations éveillaient donc différentes idées dans l'esprit, évoquant ainsi de vieilles associations ; puis, quand elles se reproduisaient de nouveau, les mêmes idées se présentaient encore à l'esprit. Ce fait est, à mes yeux, très probable et j'incline peu à croire à l'intluence de l'opérateur sur le cerveau de l'iipéré, directement à travers le crâne. .l'essayai d'en faire la preuve en exerçant une pression sur des parties ne recouvrant pas directement de substance cérébrale ; le résultat confirma mon attente. Ainsi la pression sur Vapophyse masloïde, sur les os du ne:, sur le menton était chaque fois suivie d'une manifestation particulière, tout comme la pression sur les différentes parties du crâne était suivie d'autres manifestations. Je pus bientôt m'assurer que les mêmes points du crâne ainsi irrités n'excitaient pas les mêmes idées ou les mêmes émotions dans l'esprit de différents patients, ce i[ui aurait dû cependant se produire, conformément aux opinions des phrénologisles les plus ardents. J'ai depuis découvert la cause de ce fait, c'était pour n'avoir pas opéré dans la phase convenable de l'état hypnotique.
Je vais maintenant citer quelques exemples. Sur un sujet, après quelques minutes d'hypnotisme, une légère pression sur les os du nez fut suivie immédiatement d'éclats de rire immodérés, qui cessèrent en même temps que le contact. La soudaineté de ces transitions, surtout du rire immodéré à la gravité extrême et au vague d'expression propre à l'hypnotisme, était des plus curieuses et presque incroyable. Supposons que notre patiente chante un air grave et monotone sur lequel elle module les mots les plus solennels; aussitôt qu'on lui touchait le nez de la façon indiquée, elle ne pouvait s'empêcher de rire aux éclats, mais elle reprenait
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son chant avec la plus grande gravité dès que le contact cessait. La friction ou le pincement de la peau h ce niènie point ne produisait aucun effet. Si la pression était appliquée au menton de la patiente, il y avait un arrêt immédiat de la respiration, avec soupirs et sanglots, qui ne duraient qu'avec le contact. En touchant à la fois le nez et le menton, on produisait le mélange le plus curieux du rire et des pleurs, qui alternaient à l'envi, comme cela se voit souvent dans les attaques d'hystérie. L'un et l'autre cessaient en même temps que le contact. La friction ou le pincement de la peau du menton ne produisait pas ces phénomènes. En un mot, aucune des parties éprouvées ne paraissait pouvoir être excitée par la friction ou le pincement des téguments, à l'exception de la circonférence des orbites, où la friction produisait des spectres, quoique moins parfaitement que la pression sur l'os. Chez cette patiente, la pression au-dessus du point où les phrénologistes placent l'organe du <e?«/5s produisait toujours le désir « d'écrire » à sa mère ou à son frère ; la pression au-dessus de l'organe du son produisait le désir « de chanter » ; la pression entre ce dernier organe et celui de la répartie, le désir « d'avoir du jugement » ; sur le point séparant l'organe de répartie de l'organe de la causalité, le désir « d'être fine » ; sur l'organe de la causalité, « d'avoir des connaissances " ; au centre du front, le désir « d'avoir une certaine somme d'instruction » ; au-dessous de ce dernier point, sur ce que les phrénologistes appellent l'organe de l'éventualité, le désir <■ d'être habile » ; les points de la tête occupés parla vénération et la bienveillance se trouvaient quelquefois indiqués par le désir « d'être vertueuse » ou « d'être honorable » ; le plus souvent quand le point recouvrant la bienveillanceétaittouché, le désirétait « d'être honorable »; quandc'était l'autre point, «d'être vertueuse»; quand les deux points étaient touchés en même temps, elle voulait « être honorable et vertueuse, " et la même réponse avait lieu quand, avec ces deux points, ou louchait en plus le n° 1 ou Vamativlé, Ou.iiid on touchait ce der-
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nier seul, la réponse riait iDiijôLirs « d'être loLiée »; quand on approcliait de l'apophyse mastoïde, une placidité remarquable, une expression de juie se répandait sur la physionomie, et la réponse était « de se complaire, » ce que la patiente, pendant l'hypnotisme, définissait,» d'être polie », mais dont elle ne pouvait donner aucune explication quand elle était réveillée. Eu touchant la combativité, la sérénité de la physionomie fit rapidement place à l'expression contraire ; mais, en portant la pression juste audessus des oreilles, la physionomie devint très féroce, la respiration se trouvant gênée presque jusqu'à sufTocation, la face congestionnée, avec grincement des dents ; puis quand les bras n'étaient pas rigides, la patiente faisait les efforts les plus vigoureux pour frapper tous ceux qu'elle pouvait atteindre ; plusieurs assistants en conservèrent de cuisants souvenirs, et ils peuvent en témoigner. La pression exercée à la racine du nez semblait provoquer dans l'esprit l'idée de formes, de figures et de couleurs variées, plus ou moins vives, selon le point précis touché, mais ces idées pouvaient être excitées par la pression des téguments au bord inférieur auisi bien qu'au bord supérieur de l'orbite, avec cette différence, toutefois, que les objets vus ou plutôt les spectres évoqués étaient généralement d'un caractère affreux, tandis que quand on opérait sur le bord supérieur ils étaient au contraire d'aspect brillant et gai. Ilfaut observer que l'on eut soin, dans toutes ces expériences, do ne pas presser contre le globe oculaire. Jusque-là les phénomènes étaient assez uniformes chez cette patiente, les réponses étant généralement les mêmes quand l'impression était produite exactement de la même manière sur ks mêmes points, et dans les mêmes conditions à tous autres égards. Ainsi la dei-nière fois que j'expérimentai sur le même sujet, je revins sur les mêmes points quatre fois, avec des variations à peine sensibles dans les réponses; plusieurs personnes peuvent témoigner de ce fait. Les expériences furent répétées deux ou trois fois dans la même soirée avec des résultats semblables. Celte même patiente
EXriilîlENCES l'IlUÉiNO-IlYl'NOTIOUES 99
avait ûlé opcrce le jour précédent devant plusieurs médecins et savants ; les réponses avaient varié à cette occasion.
La cause de cette variation dans les résultats pouvait être due à la pluralité des interrogateurs , ainsi qu'au degré et au mode de pression. Assurément la patiente ne savait rien de la phrénologie, et ne se rappelait nullement les paroles qu'elle avait prononcées et les actes qu'elle avait accomplis pendant les opérations.
II'' Observation. Chez ce sujet, la friction excitait les manifestations tandis que la pression restait sans effets. Les frictions sur les os du nez provoquaient le penchant pour « quelque chose à sentir », du vinaigre aromatique ou de l'eau de Cologne ; les frictions sur le menton provoquaient le désir de manger; sur le tendon du muscle orbiculaire, une disposition légère au rire; tout près de la racine du nez, les frictions provoquaient des spectres, et autour de l'orbite, des spectres encore, mais variant dans leurs formes, leurs couleurs et leurs combinaisons selon le degré de pression et de friction ; au-dessus de l'organe du son, le sujet voulait « chanter » ; à la partie postérieure et inférieure de la tète, le sujet se déclarait « heureux et dispos » ; au-dessus de la combativité et de la destructivité, il devenait querelleur dans ses paroles, ses regards et ses actions. Les autres parties que l'on mit à l'essai chez ce sujet donnèrent des résultats moins nets.
111° Observation. Chez cette patiente, la friction sur l'organe du son excitait le désir « de valser » ; si l'on opérait sur l'organe de la répartie, elle voulait « marcher »; elle demandait « à chanter » quand la vénération était le point touché. Quand on frottait le pourtour des cavités de l'orbite, elle voyait des spectres. Ces phénomènes ne correspondaient pas aux cartes phrénologiques, ni aux phénomènes qui s'étaient montrés dans les autres cas, mais les réponses étaient toujours les mêmes quand les mêmes points étaient touchés.
IV Observation. Quand on demandait à la patiente ce
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qirrlle voulait, après des inanipulaLions semblables à celles des cas précédents, elle répondait invariablement « rien du tout, » cependant quand elle fut touchée sur la partie la plus sensible du crâne, sa réponse fut alors « des sangsues à la tête ».
V° Observation. Présente beaucoup d'analogie avec la précédente.
Les observations que je viens de rapporter sont bien faites pour confirmer ma thèse : la différence des résultats tiendrait à la différence du degré de sensibilité dans les téguments, degré qui explique la différence des idées provoquées dans l'esprit, à la suite d'une pression égale en qualité et en intensité exercée tour à tour sur les divers points té'giimentaires. Sans aucun doute, le point sous lequel les phrénologistes ont placé « la combativité et la destructivité» est le plus sensible de tous les points du crâne ; son irritation est toujours suivie de douleur, et, naturellement, les sujets résistent et essaient de se soustraire à la cause blessante ; il en est de même des autres selon leur impressionnabilité propre.
Les lignes qui précèdent étaient déjà écrites et sous presse, lorsque le cas suivant me fut signalé : — On me raconta qu'une enfant, âgée de cinq ans et demi, présente aux expériences de l'observation I", avait proposé le même soir d'opérer sur sa nourrice. Cette dernière avait consenti à amuser la petite fille, ne supposant pas qu'un effet quelconque pût avoir lieu. Il paraîtrait cependant que la nourrice avait fermé rapidement les yeux. L'enfant, imitant ce qu'elle m'avait vu faire, lui plaça un doigt sur le front en lui demandant ce qu'elle aimerait faire ; « danser », répondit la patiente ; un nouveau point étant essayé, la réponse fut •< chanter » ; puis les deux chantèrent ensemble, après quoi la |eune expérimentatrice réveilla son sujet comme elle m'avait vu faire.
J'eus la curiosité, le jour suivant, de m'assurer du fait et de rechercher s'il n'y avait pas eu quelque erreur; l'enfant et la nourrice étaient seuls, et on ne s'appuyait
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que sur le récit de la petite fille ; je priai donc la famille de me permettre de mettre la patiente à l'épreuve. J'obtins facilement cette permission, et découvris, à mon grand étonnement, que ce sujet manifestait tous les phénomènes à un degré supérieur à tout ce que j'avais vu jusqu'à ce moment ; elle atteignait vraiment un point de perfection impossible à décrire.
Malgré la fréquence des épreuves, chaque fois que les mêmes points étaient pressés, la même expression de physionomie, le môme état de la respiration, les mêmes postures du corps se reproduisaient. La patiente était tellement sensible, qu'après quelques essais, il me suffisait de maintenir le doigt ou une baguette de verre au-dessus des points, sans contact, pour que les manifestations eussent lieu ; seulement elles étaient alors moins rapides et moins intenses. En essayant le n° II, dans les premiers moments de l'hypnotisation, j'ai reconnu que sa susceptibilité était presque aussi grande que celle du sujet actuel. Voici quelques-unes des manifestations les plus frappantes : la pression sur le menton était suivie de mouvements de la mâchoire, des lèvres et de la langue, avec le désir de manger ; la pression sur la partie inférieure du nez provoquait le désir « de sentir » ; la pression sur l'insertion du tendon du muscle orbiculaire " amenait un rire immodéré ». Je demandai la cause de ce rire, le sujet répondit qu'il pensait à quelque chose de drôle; sur l'organe du temps, ce fut le désir « de danser » ; sur l'organe du son, ce fut le désir « de chanter »; à la suite de la pression sur les yeux au môme moment, elle chanta un lambeau de chanson ; la pression exercée à la partie postérieure de la tête, n° I, fit frissonner et reculer la patiente, elle paraissait craindre que quelqu'un ne prît des libertés avec elle ; elle manifestait le même sentiment de pudeur quand une partie quelconque de sa personne était touchée, à l'exception de la tête et de la face; sur le sommet de l'apophyse mastoïde, la pression produisit le désir de poignées de mains et d'amitié ; au point précédent en
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même temps que sur l'adhésivité, elle s'appuyait sur la persomie la plus proche ou s'accrochait à elle ; sur la combativité, c'était le contraire ; sur la destructivité (très petite chez elle), elle se tourmentait à l'idée que quelqu'un lui cherchait querelle ; sur l'organe de philogénitiire, elle répéta chaque fois, « Ecoulez, le pauvre enfant pleure ! » sur la secrélivité et sur la prudence, elle ne voulut rien dire ; sur la bienveillance, » elle voulait voj'ager » ; sur la vénération, elle se mit à genoux de l'air le plus solennel et fit sa prière; en touchant en même temps l'organe de l'espérance, je provoque une expression d'extase qui s'ajoute à la dévotion ; la pression au-dessus des paupières évoque des images de toutes formes et de toutes couleurs, gaies et joyeuses; la pression au-dessous de l'œil amena la sensation de la mer, un navire, et des gens qui su noyaient.
Dans une autre épreuve, les manifestations furent égales ou plus frappantes encore, selon l'exactitude avec laquelle les points correspondants étaient touchés. Je noierai en particulier ce qui arriva, la première fois que je touchai l'organe de l'imitation ; ce fut tout à fait accidentel. Un de mes parents se trouvait là, ainsi qu'une personne dont les talents littéraires et scientifiques, l'esprit philosophique, la haute position sociale, faisaient l'ornement de notre pays. A part l'imitation de tout ce qui fut fait ou dit en anglais, le sujet répéta correctement les paroles dites en français, en italien, en espagnol, en allemand, en latin et en grec ; chaque mot fut prononcé avec la plus grande netteté ; cette expérience fut reproduite à plusieurs reprises devant des médecins, des hommes de science et des dames ; tous peuvent témoigner de la fidélité extraordinaire de la prononciation et de l'emphase du sujet. Est-il nécessaire d'ajouter que la patiente était absolument incapable de pareille habileté à l'état de veille? J'ai fait reproduire le même phénomène, depuis, par de nombreux patients, entre autres, une jeune fille de douze ans.
A l'arrivée de M. Hall à ManchesLer, avant sa première conférence, j'eus le plaisir de le voir chez moi et de répéter en sa présence mes expériences sur cette patiente et sur une autre. Il put encore les voir le lendemain. Après les avoir hypnotisées, je le priai de manipuler leurs tètes, ce qu'il fil avec heaucoup plus de minutie que moi, et par conséquent, avec l'apparition de manifestations nouvelles. Je surveillais de très près tous ses faits et gestes, car j'étais décidé à ne lui laisser d'aucune manière l'occasion de souffler. De fait, en excitant l'acquisivité, il porta bientôt le sujet à dérober à l'un des spectateurs une tabatière d'argent ; la partie la plus frappante de cette manifestation fut l'air de contrition avec lequel le patient rendit l'objet aussitôt que M. Hall eut transféré le contact à l'organe de la conscienciosité ; le mouvement du bras changea instantanément, et d'une manière autoniati(jue. Je n'ai jamais essay; d'exciter l'un ou l'autre de ces deux points. Les autres manifestations, que j'avais vues déjà, étaient, sous ses manipulations, semblables aux miennes. Je fis plusieurs efforts pour exciter l'organe de la bienveillance, mais en vain, quand un jour, accidentellement, je plaçai mon doigt assez bas pour me croire au centre de l'organe de la comparaison, tel qu'il se trouve marqué sur les bustes, mais la patiente fit preuve d'une émotion très vive, disant, « La pauvre créature, la pauvre créature, -> puis ne se contentant pas de simples mots de compassion, elle nous offrit tout l'argent (|u'elle avait sur elle. Je ne dois pas oublier de dire que cette paliente en cet état est entièrement inconsciente de ses paroles et de ses actes, comme des actes et des paroles d'autrui, et qu'elle ne connaît pas la localisation d'un seul organe.
Ce serait perte de temps qLie de rapporter tout au long les nombreux cas de manifestations semblables que j'ai vus depuis ; le degré en variait selon la constitution et les habitudes mentales de chaque sujet. Cette variété est la preuve la plus saillante de la réalité des phénomènes. n est des patients qui conservent un vague souvenir de ce
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qui s'est passé, comme d'un rêve ; deux, en particulier, reman|uèrent qu'ils avaient une notion vague de ce qu'ils faisaient, mais se sentaient entraînés d'une manière en quelque sorte irrésistible, tout en sentant qu'en obéissant à l'idée prédominante, ils se rendaient très ridicules. Ils faisaient sans doute allusion à l'imitation, au sens comique età d'autres facultés plaisantes dont ils donnaient le spectacle avec une facilité remarquable, (jcs patients sont des personnes très respectables et très intelligentes; ils manifestaient de même, d'une façon aussi nette que la personne citée en dernier lieu, les sentiments de vénération et d'espoir, ainsi que la piété filiale. Ils avaient chacun connaissance d'un organe phrénologique, mais d'un seulement.
Afin de m'assurer d'une façon encore plus certaine que tout ce que j'avais vu était réel, je priai une de mes parentes de vouloir bien se soumettre à l'opération, qui fut concluante. Elle conserve un léger souvenir de quelquesunes des choses, mais elle a entièrement oublié le reste.
J'ai encore eu l'occasion de vérifier la réalité de tous ces phénomènes si intéressants, grâce à l'obligeance de madame.... qui voulut bien être opérée par moi, en présence de son mari, M. le colonel..., ainsi que du major, d'un capitaine et du chirurgien du régiment ; un liant dignitaire de l'Eglise, homme de beaucoup de science, M.(jardom, chirurgien, M. Aspinal Turner, et d'autres dames et me5sieurs étaient aussi présents. Environ trois minutes après que madame. .. fut endormie, je plaçai deux doigts au-dessus du point nommé vénération ; à l'instant, sa physionomie changea ; peu après, elle se leva lentement, solennellement et majestueusement, s'avança vers la table au milieu de la chambre, tomba doucement à genoux, et donna un tel spectacle de dévote adoration qu'aucun de ceux qui eurent la bonne chance d'en être témoins ne l'oublieront jamais. Je fis l'épreuve de plusieurs autres facultés ; toutes les manifestations correspondantes furent également frappantes et caractéristiques. Eveillée, cette dame était absolument inconsciente de tout ce qui s'était passé.
Nous avons donc ici le témoignage d'une dame des plus respectables et des plus intelligentes, et d'une grande énergie d'esprit, qui vient confirmer, en paroles et en action, la réalité des phénomènes présentés par d'autres, et cela en présence des témoins les plus dignes de foi; ceux-ci peuvent affirmer que rien ne fut dit ni fait qui pût en aucune manière la diriger dans ses importantes manifestations. J'avais hypnotisé cette dame une fois auparavant, pendant quelques minutes, à une séance particulière tenue la semaine précédente ; elle s'était assise cette fois-là entièrement convaincue qu'elle 7ie pouvait être affectée ; mais elle dut rapidement reconnaître le pouvoir de l'hypnotisme, et ofl'rit alors une preuve concluante des recherches plus nouvelles dont le but est de nous indiquer jusqu'oii les manifestations phrénologiques peuvent se développer pendant l'hypnotisme '. J'ai pu réaliser ces phénomènes 1res nettement chez quarante-cinq sujets, qui, pour la plupart, ne connaissaient rien delà phrénologie; quelques-uns ne savaient même pas ce que veut dire le mot. L'exiguïté des points qu'il faut toucher, surtout avec les subdivisions de M. Hall, rend l'entente entre opérateur et opéré très peu probable ; mais j'eus soin, de plus, de faire des questions assez générales, de façon à ne pas faire comprendre au sujet ce que j'attendais de lui. A part ces patients, j'ai réussi en partie chez un certain nombre
\ . On avait faii circuler le bruit, sans doute pour neutraliser l'intérêt qui s'attache à ce cas, que cette dame était au courant de la phrénologie. Je lui demandai à elle-même quelle pouvait être la cause do cette opinion. Mme S. m'assura qu'il y avait erreur absolue, car c'étaient des matières qu'elle ignorait complètement. 'Voulant être absolument correcte dans toute son assertion, elle ajouta: « J'ai entendu dire que l'organe de la musique est situé quelque part vers le front. 1) Je la priai de placer son doigt sur l'organe, mais elle se trompa, de sorte qu'elle ne connaissait pris un seul des on/anes. Je parlai de ce fait, en sa présence, à une autre séance, où elle dcclara distinctement que tous les faits que je viens de rapporter étaient tout U fait exacts .
lOf) DE l'hYI'NOTISME
d'aulres, et plusieurs de mes amis, de leur côté, ont aussi réussi avec quelques sujets.
Je suivis les conférences publiques de M. Hall, et la première expérience que je lui vis faire, le 2'i février 18i3, suffit pour me convaincre que, si je n'avais pas obtenu plus tôt des manifestations régulières, cela tenait à ce que j'avais laissé mes sujets atteindre une phase trop avancée dans l'hj'pnotisme, avant de commencer les épreuves. Je savais qu'il y avait une différence marquée dans l'état de la circulation cérébrale chez mes patientes et daus l'état probable des sujets de M. Mali au moment de ses opérations, et je supposai qu'en faisant mes essais sur mes sujets dans la même condition que les siens, j'obtiendrais des manifestations qui avaient été impossibles en premier lieu ; mes premiers essais justifièrent ma conjecture. Par exemple, le n" II, cité plus haut, donna lieu à plusieurs phénomènes additionnels très nettement développés ; il en fut de même dans la quatrième et dans la cinquième observation.
De cette seule observation du mode ou plutôt du temps d'opération de M. Hall, j'ai pu arriver à un mode d'opération avec lequel, je le crois, en hypnotisant les sujets à ma manière, je n'aurai pas grande difficulté à obtenir dans la plupart des cas, la manifestation des phénomènes. Chez certains sujets, cependant, elles seront toujours plus saillantes que chez d'autres ; de plu-;, la puissance de l'habitude semble évidente chez la plupart; les opérations s'effectuent beaucoup plus facilement après quelques essais. Il en est, toutefois, qui sont aussi parfaits que possible dès la première épreuve.
J'ai soumis à ces épreuves plusieurs de mes amis intimes, sur l'intelligence, l'honneur et l'intégrité desquels je pouvais compter ; j'ai aussi essayé sur des enfants, et j'ai obtenu des résultats si évidents que je suis convaincu de la réalité des phénomènes ; mais, en ce qui concerne mes vues théoriques, je désire qu'elles soient considérées comme de simples conjectures, faites dam le but d'exciter d'autres
UN EXEMPLE d'ABERCROMBIE 107
à penser, et à étudier une question si curieuse, si intéressante et si importante.
Je terminerai cet article en appelant l'attention de mes lecteurs sur la coïncidence apparente entre les phénomènes que je viens d'exposer, et la manière de provoquer le rêve chez quelques sujets, au moyen de chuchotements dans l'oreille. Une observation prise dans l'un des excellents ouvrages du docteur Abercrombie et confirmée par le docteur Gregory, nous servira d'exemple. 11 s'agit d'un officier de l'expédition de Louisburgh en 17S8 ; ses frères d'armes avaient l'habitude de s'amuser à ses dépens. Ils pouvaient produire chez lui toute espèce de rêves à leur gré, surtout si la voix de l'opérateur lui était familière. Un jour, on le fit passer par toutes les phases d'une querelle, se terminant par un duel ; quand on en fut au moment de la rencontre, on lui mit dans la main un pistolet qu'il tira et dont la détonation le réveilla. Une autre fois, qu'il s'était endormi sur un caisson, on lui fit croire qu'il venait de tomber par-dessus bord et qu'il fallait qu'il se sauvât à la nage. Il imita alors les mouvements de la natation ; on lui dit ensuite de plonger s'il voulait conserver la vie, car un requin était à sa poursuite ; il voulut le faire, et d'une façon si énergique, qu'il se jeta du caisson et se fit de violentes contusions. Plus tard, quand l'armée eut pris terre, on le trouva un jour endormi dans sa tente et paraissant vivement tourmenté par le bruit du canon dont les coups se succédaient alors rapidement. On lui fit croire qu'il était aux prises avec l'ennemi ; il parut fort effrayé et trahit même l'intention de s'enfuir. On lui reprocha cet acte de lâcheté, tout en augmentant son efl'roi par l'imitation des plaintes des blessés; et quand il demanda qui était tué, question qu'il faisait souvent, on lui nomma ses amis intimes. Enfin on lui dit que l'individu immédiatement à côté de lui en ligne venait de tomber ; il sauta à l'instant du lit, se précipita hors de la tente, et fut réveillé et en même temps délivré de ses frayeurs par une chute sur les cordes de la tente. On ajoute que, après ces expériences,
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il n'avait pas de soiiven,)r net de ses rêves, mais qu'il conservait une sensation confuse d'oppression ou de fatigue ; il avait alors l'habitude de dire à ses camarades qu'il était sûr que ceux-ci lui avaient joue quelques tours.
J'ajouterai un exemple, pour montrer les bienfaits qui résulteraient probablement, pour la société, d'efl'orls plus persévérants et plus énergiques dans l'étude de ce sujet. Un savant ami, qui m'avait honoré de sa présence à l'une de mes séances particulières, vint me voir deux jours plus tard, et me dit : En réfléchissant à ce que j'ai vu et entendu relativement à la manière d'exciter certains points ou certaines fonctions du cerveau par la pression sur certains points du cuir chevelu et de la face, je crois qu'en appliquant un traitement à ces points mêmes, on pourrait très facilement soulager le désordre des organes internes correspondants. Je lui répondis : J'eni suis tellement convaincu que j'ai agi en conséquence ; j'avais vu, la veille, une femme aliénée nourrissant l'horrible idée qu'elle devait tuer tous ceux qu'elle connaissait, puis se tuer elle-même après ; lorsque je plaçai ma main sur les organes de la combativité et de la destructivité, elle avait eu en quelques secondes un tremblement violent, et était devenue très excitée et furieuse. A l'examen de ces points, je trouvai les téguments rouges, je lui prescrivis des sangsues suivies de lotion froide ; mais le jour suivant elle était tout aussi violente, avec le pouls entre 140 et 150 pulsations, fréquence qu'il avait déjà depuis quelque temps, en dépit des médicaments que la malade avait pris pour le déprimer. Je fis alors une incision longue d'un pouce et demi à travers les téguments et jusqu'à l'os. Quand je la revis, douze heures plus tard, elle était beaucoup plus calme, le pouls était descendu à 100 et resta à ce point pendant plusieurs jours. La perte de sang n'était pas suffisante pour avoir agi par action directe sur le cœur. Le pouls s'eievaiit de nouveau, des emplâtres de belladone furent appliqués sans succès ; on fit alors des scarifications en arrière de chaque oreille,