DEUXIÈME PARTIE
Modes d'opéralion. — Objels des opérations. — Un cas d'amélioration do la vue. — Onïo. — Soui'd-mnet. — Remarques de M. Curtis. — Cas de James Shelmerdine.— Témoignage de M. Bingham. — S. Taylor. — Sens de l'odorat. — Le toucher et la résistance. — Tic, paralysie de la sensation et du mouvement, guérison. — Cas de miss E. Alkinson, retour de la voix. — Rhumatisme, dix observations. — .\cliun musculaire irréguliére. — Céphalalgie. — Irritation spinale. — Épilepsie. — Incurvation du rachis, — Névralgie et palpitations. — Opérations chirurgicales sans douleur. — .Affections de la peau. — Tétanos. — Spasme tonique. — Miss Collins. — Conclusions.
Ayant exposé, dans la première partie, la manière de provoquer les phénomènes, je vais maintenant détailler '.es cas dans lesquels j'ai appliqué ce procédé avec succès. J'essaierai d'expliquer mes modes d'opération pour les différentes affections, de manière à faciliter aux autres dans leur pratique ce que j'ai trouvé si éminemment utile dans la mienne.
Quand l'élat de somnolence artificielle a été provoqué de la manière indiquée aux pages 32-3i, il faut varier les manipulations, selon l'objet particulier que nous avons en vue. Si le but est de diminuer la fuj'ce de la circulation dans un membre, et d'en réduire la sensibilité, mettez les muscles de ce membre en activité, laissant les autres ex-
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Ircmilés en élat de flaccidité. D'un aiilre côté, si l'on veut augmenter la force et la sensibilité dans un membre, il faut le maintenir en flaccidité, et mettre les autres en activité, en les élevant et les étendant. Si Fou veut obtenii' une dépression générale, après qu'on aura tenu un ou deux membres étendus pendant un court espace de temps, on les remettra avec précaution dans une position normale, et l'on abandonnera le corps tout entier au repos absolu. Si, au contraire, c'est une excitation générale qu'on veut produire, on étendra tous les membres et on obligera ainsi le patient à mettre tous ses muscles en action énergique ; ils deviendront rapidement rigides ; on verra apparaître rapidement aussi l'augmentation dans la force et dans la fréquence de l'action cardiaque, et l'afflux du sang au cerveau, afflux rendu évident par l'action des carotides, par la distension des jugulaires, par la rougeur de la face et la congestion des yeux. En appliquant l'oreille sur la région cardiaque, on pourra juger jusqu'à C[uel point la force et le nombre des battements du cœur augmentent, très peu de temps après l'extension des membres. On verra aussi qu'ils peuvent être rapidement modifiés et diminués en diminuant la rigidité des membres. Les modifications dans la rapidité du pouls pendant l'extension des membres dans l'hypnotisme, est une des preuves les plus concluantes de l'hypnotisation du patient. Il m'a semblé que nous pouvons ainsi mettre le cerveau, la moelle épinière et tout le système ganglionnaire dans un état d'excitation très marquant, car le pouls peut, dans la plupart des cas, être élevé rapidement au double de sa vitesse habituelle et plus rapidement encore être ramené à la moyenne ordinaire.
On peut, de même, augmenter ou diminuer rapidement son volume et sa tension. On peut donc naturellement s'attendre à ce que les fonctions soient fortement influencées par de telles transitions. Tout médecin sait que les désordres nerveux chi-oniques du caractère le plus douloureux, sont susceptibles d'avoir résisté à tous les remèdes
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ciiniuis poncLant des semaines, des mois, des années, cl peuvent disparaître rapidement sous l'influence de quelque attaque aiguë. Je suis d'avis, dans des cas semblables, de provoquer un étal d'excitation intense pendant .un court espace de temps, et de le terminer de façon abrupte, dans l'espoir de modifier l'action première, et de mettre ainsi fui au désordre ; en effet, dans de nombreux cas, les désordres fonctionnels chroniques les plus obstinés disparaissent, ou sont grandement améliorés, par quelques opérations de ce genre.
J'ai encore admis, qu'en tenant un organe particulier quelconque en éveil ou en action, pendant que les autres sont endormis, il y a augmentation considérable d'activité produite par la direction, vers ce point, de toute l'énergie nerveuse, ou puissance sensorielle ; ou bien en maintenant tous les autres organes dans l'activité, tandis qu'on laisse dans la torpeur celui qui a été trop actif, cette activité extraordinaire diminue d'intensité, el cela probablement de façon permanente ; je crois que le stimulus extraordinaire, d'un côté, détruirait la susceptibilité aux impressions asthéniques, qui provoquent souvent ou maintiennent habituellement l'activité ou la sensation morbide ; et d'autre part, qu'en suspendant la sensibilité morbide d'un organe pendant un certain temps et en excitant les fonctions opposées, un tel état peut rapidement s'améliorer.
Que j'aie eu tort ou raison dans mes vues théoriques, on ne peut mettre en doute que, dans de nombreux cas, je n'aie réussi dans l'application de l'hypnotisme en tant qu'agent curatif ; et les résultats heureux des opérations ont été si immédiats et si nets, qu'on ne saurait méconnaître la relation de cause à effet. Toutefois, il me semble démontré que le succès dépend en grande partie de l'impression produite par la modification dans la circulation. Dans les cas où le sommeil se produisait sans élévation dans la force et la fréquence de l'action cardiaque, il fallait provoquer cette élévation qui était alors suivie immé-
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dialement de bons r(?sultats, tandis qu'il n'y avait pas eu d'amélioration avec le pouls lent. Le cas suivant est un exemple remarquable de ce fait : — Nodan, sourd-muet, âgé de vingt-quatre ans; ce jeune homme n'avait jamais entendu de sons, à l'exception d'un coup de fusil et du tonnerre, l'ébranlement de l'air à ces moments étant suffisant pour lui donner la sensation du son plutôt que l'ouïe proprement dite. La mère me dit que M. Vaughan, principal de l'école des sourds-muets où était Nodau, croyait que les signes d'entente que donnait le jeune homme étaient plutôt dus à des sensations qu'à l'ouïe. A la première opération, le pouls s'éleva très peu, et je ne pus constater ensuite s'il entendait, tant soit peu. A l'épreuve suivante, le pouls s'éleva, et l'effet fut remarquable ; en rentrant, il fut tellement ennuyé par le bruit des voitures que pendant quelque temps il ne voulut plus subir de nouvelles opérations. Il n'a été opéré qu'un petit nombre de fois. Actuellement, demeurant dans une rue retirée, il entend les fanfares qui passent dans la rue principale et court à leur rencontre.
Je montrerai d'abord l'efficacité de l'hypnolisme sur les différents sens ainsi que sur l'état mental. Je parlerai en premier lieu de la vue. La manière d'opérer dans les cas chroniques, est de provoquer d'abord le sommeil, puis d'étendre les extrémités, et d'empêcher les yeux de tomber en torpeur en les éventant ou en faisant passer sur eux, de temps en temps, un courant d'air. Le temps qu'il faut garder les patients dans cet état varie de six à douze minutes, selon la circulation. Les cas suivants montreront à quelles affections des yeux j'ai, avec avantage, appliqué ce mode de traitement.
1" Cas. — Mme Roiley vint me trouver le 3 avril 1842. Elle était âgée de 54 ans. Depuis seize ans elle souffrait beaucoup d'une affection de la tête, accompagnée de douleurs dans les yeux et de faiblesse dans la vue ; tout s'était enfin aggravé au point qu'elle ne pouvait, même à l'aide de lunettes, lire plus de quelques minutes à la fois.
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Elle avait suivi des traitements très énergiques sous la direction de praticiens compétents ; elle avait été saignée à la veine et localement, on lui avait appliqué des vésicatoires. — Un jour, on lui avait posé des sangsues à deux reprises différentes ; et elle avait eu cinq vésicatoires à la tête dans le courant du mois ; — elle avait pris presque toutes les variétés de médecines internes que son état pouvait suggérer ; toutefois, sa vue n'en devenait pas meilleure. Pendant des années, il avait été nécessaire, toutes les quelques semaines, de lui raser la tête et de lui appliquer des affusions froides et des lotions alcooliques, afin de diminuer la chaleur excessive et les autres sensations de gêne qui la tourmentaient. La peau de la face palmaire des mains était si dure, si sèche et si irritable, qu'elle était exposée à se gercer quand elle essayait d'ouvrir les mains complètement. Les douleurs qu'elle ressentait dans la journée, et l'irritabilité générale à laquelle elle était sujette lui avaient rendu indispensable l'usage d'une pilule calmante trois fois le jour ; malgré cela, les nuits étaient mauvaises ; elle se trouvait forcée de se lever et de marcher dans la chambre plusieurs fois pendant la nuit ; sa mémoire était devenue si faible qu'elle était obligée de descendre et de remonter plusieurs fois avant de se rappeler ce qu'elle était venue chercher. Trois ans environ avant de me consulter, elle avait eu une attaque de paralysie qui l'avait privée, pendant quelques jours, de l'usage des muscles du côté droit de la face. Tel était l'état de sa santé et de sa vue avant qu'elle me consultât. Le document suivant, certifié par elle et par d'autres personnes qui furent présentes à la première épreuve, fera comprendre le résultat de mon opération :
« Mme Roiley (âgée de 5î ans), Chapel-Street, Salford, domiciliée auparavant à South-Windsor Street, Toxteth Park, Liverpool (il y a quatre ans, et elle était alors connue sous le nom de Miss Robinson), perd graduelle-
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ment la vue depuis l'âge de trente-quatre ans. Elle vint me voir pour la première fois le G avril 1842; elle nepouvait alors lire l'rn-tête du journal, à l'exception des mots Macclesfield Courier ; après huit minutes d'hypnotisation, elle put lire distinctement and Herald, et quelques minutes plus tard, elle lisait la totalité de la petite ligne au-dessous, Conçjleton Gazelle, Slnckporl Express, and CIteshire Advertiser, ainsi que le jour, le mois et la date du journal. La malade et trois autres patients, présents pendant toute la durée de l'opération, certiTient que le rapport ci-dessus est exact. »
Signé : Alice Roiley.
M. A. Stowie.
Ann. Stowie.
Henry Gaggs.
Quand Mme Roiley vint me voir deux jours plus fard, elle me fit le récit suivant : Après m'avoir quitté, le 6, elle fut très heureuse de l'amélioration qui s'était produite dans sa vue, et elle voulut essayer ses yeux en regardant différents objets exposés dans les vitrines ; elle remarqua qu'elle pouvait voir distinctement les traits d'un portrait, exposé chez M. Agnew, et qu'elle lisait l'inscription « Sir Robert Peel, Bart., » sans ses lunettes, chose qui lui eût été impossible auparavant. Elle me dit aussi qu'après s'être retrouvée chez elle, elle prit sa petite bible du type «diamantpolyglotte »,etfutagréablement surprise devoir qu'à l'aide de ses lunettes elle pouvait lire le 1 18" psaume, (29 versets); cependant, ajoutait-elle, ce livre lui était fermé depuis des années. Voici le rapport qu'elle fît et certifia le 12 avril 18i2:— « Mme Roiley put, à l'aide de ses lunettes, lire un psaume dans la bible polyglotte de la plus petite dimension, le jour même de sa première hypnotisafion. Deux jours après (le 8 avril), elle fut hypnotisée une seconde fois. Le jour suivant, elle fit un mouchoir de dentelle, à l'aide de ses lunettes. Le 12 avril, l'amélioration ayant continué, elle lut, en présence de plusieurs témoins, sa