UN OPÉRATEUR HYPNOTISÉ
position, profondément endormi, son bras et son doigt dans un état de rigidité cataleptiforme, ei le sujet éveillé, fixant toujours le doigt de l’opérateur. Quand j’eus réveillé M. Walker, le patient remarqua qu’il était très étrange que personne ne pût le mesmériser : « Je dois posséder un pouvoir de résistance extraordinaire, » dit-il. Je le priai d’attendre un peu, lui disant que j’allais essayer, quand tout serait tranquille. En trois minutes, je l’avais endormi et, en un instant de plus, il devenait rigide. Je crois que mon succès, après l’échec de M. Walker, peut être attribué aux raisons suivantes ; M. Walker, avait essayé d’opérer
J’ai fréquemment montré ce fait chez des sujets très sensibles, et cela d’une façon à la fois frappante et décisive. Répandez sur une table nue quelque parfum subtil et agréable, les patients s’approcheront, désireux de le respirer, mais ils reculeront avant de venir en contact avec la table froide. Mettez un mouchoir sur la table, disposez le parfum sur le mouchoir, ils s’approcheront tout près et sembleront se complaire dans ses émanations ; enlevez le mouchoir, ils réitéreront leurs mouvements d’attraction et de répulsion. Ces faits ont été mis puissamment en relief dans une de mes séances particulières, en présence de plusieurs célébrités scientifiques et médicales. Deux sujets furent hynoptisés ; l’un d’eux, attiré par l’odeur d’une tabatière que portait un des assistants, se mit à le suivre autour de la chambre. La tabatière fut posée sur une table nue, à la distance environ de dixhuit pouces du bord. Le sujet, une dame, avança alors les bras étendus, comme pour prendre la boîte, mais arrivée à dix ou douze pouces, et percevant à cette distance une impression de froid, provenant de la table, elle recula. Toujours attiré par l’odeur de la tabatière, elle fit un nouvel effort pour s’en approcher, mais fut encore repoussée par la table froide avant d’y arriver ; puis ce fut une série d’essais, la patiente approchant et reculant et me rappelant assez le spectacle d’un chien affamé, qui veut manger un aliment trop chaud. L’autrè patiente, circuiant autour de la table, remarqua aussi l’odeur de la tabatière, et avança d’un autre côté ; toutes deux s’unirent alors dans leurs mouvements progressifs et rétrogrades ayant la boîte pour objectif, et cela au grand divertissement de toute l’assistance. J’étendis sur la table un mouchoir, et je mis la tabatière dessus ; à l’instant elles s’approchèrent tout près et ne parurent occupées que de jouir du parfum qui s’en échappait ; j’enlevai le mouchoir, elles recommencèrent leurs mouvements de va-et-vient comme auparavant. La première de ces patientes n’avait jamais vu d’expérience semblable, et c’était la première fois qu’on la soumettait à ces épreuves.
DE l’hypnotisme
en présence de plusieurspersonnes qui allaient et venaient dans la pièce, en causant. J’eus soin de ne commencer que quand tout fut tranquille. Il n’avait pas pris la précaution de diriger les yeux de son sujet dans le meilleur sens possible ; j’eus soin de ne pas négliger ce point. De plus, quoique M. Walker n’eût pas réussi à l’endormir, il l’avait, sans doute, affecté en partie, et l’influence de la première séance ne s’était pas encore entièrement dissipée quand je commençai mon opération. Deux jours après, M. Walker m’accompagnait dans une visite que je fis à l’un desplus célèbres magnétiseurs de l’Europe. Ce dernier, pendant notre conversation, dit que dans bien des cas, il suffisait d"un regard pour produire les effets magnétiques. Il voulait, je crois, nous surprendre, M. Walker et moi, et tenait ses grands yeux intelligents fixés sur M. Walker, Cependant, celui-ci, soupçonnant son intention, et connaissant mon opinion quant à la manière de résiste^’’ à l’im fluence d’une telle fascination, tint ses yeux et son esprit en mouvements ; il frustra ainsi les efforts de l’un des caractères les plus énergiques, et se déroba à l’influence fascinatrice des deux plus beaux yeux que l’on puisse imaginer à cet effet. D’ailleurs M. Walker fut une fois magnétisé par M. Lafontaine, après avoir été opéré plusieurs fois par moi-même, circonstance qui, naturellement, le rendait plus susceptible à l’influence du mode d’opération du magnétiseur. Si M. Walker avait eu foi dans la puissance du personnage à qui nous faisions visite, il aurait certainement été impressionné, même a défaut d’intention expresse du magnétiseur et je ne suis pas autorisé à affirmer qu’il y avait réellement intention. Mais M. Walker crut fermement que le magnétiseur tentait de le fasciner ; il se rappela mes idées et échappa à cette influence. Quelque temps plus tard, afin de montrer l’efficacité de ma méthode si simple, et en présence de ce même personnage, je priai M. Walker de s’hypnotiser lui-même. En fixant simplement ses yeux et son esprit, il s’endormit environ dans l’espace d’une minute.