SYMPTOMES NATURELS, SYMPTOMES ARTIFICIELS
des rayons lumineux, et par sa réunion en un foyer des rayons caloriques. Les passes, de même que la lentille favorisent la concentration et la manifestation des influences en jeu ; mais ni l’opérateur ni la lentille ne sont cause de la force manifestée.
Ce qui précède donne l’explication de ce qu’on peut obtenir naturellement chez des individus qui n’ont reçu aucune éducation préalable sur ce point, et sans faire usage de suggestions auditives. Il est cependant possible, par l'éducation, d’intervertir entièrement l’ordre de ces phénomènes naturels; supposons que l’opérateur parle, à chaque passe ou à chaque mouvement qu’il exécute, et qu’il dise d’avance ce qui va arriver, ce qu’il a dit d’avance peut avoir lieu en place de ce qui se serait produit naturellement.
A partir de ce moment et en vertu du dédoublement de la conscience, la même impression sur la même partie ou sur le même organe des sens peut provoquer un phénomène ou une expression analogue à la première. Nous pouvons donc avoir une série de symptômes naturels et une série d artificiels, selon la manière d’opérer de l’expérimentateur, selon le but qu’il poursuit.
Il y a lieu de noter aussi ce point : quelques individus dans l’état de sommeil, voient à travers les paupières micloses. Quand, chez de tels sujets, l’opérateur regarde fermement une partie du corps, une j-ambe, par exemple, ou un bras, le patient croit immédiatement que l’on désire le mouvement du membre ainsi regardé et sa docilité le pousse à céder sans retard à la suggestion, tout comme si des passes avec contact, ou quelque autre excitation immédiate avaient é^é appliquées, on voit donc le bras abaissé s’élever, celui qui se trouve soulevé s’abaisse ou, s’il y a empêchement, se meut de côté ; de la même façon, la tendance remarquable à la sympathie et à l’imitation chez ces patients, les conduit à observer et à imiter tous les gestes de l’opérateur ou ceux de toute autre personne sur laquelle l’opérateur a attiré spécialement leur attention.
DE l’HYPNOÏISME
Mais si l’on met un écran entre l’opérateur et l’opéré et que l’on remue le corps ou les membres, ce dernier s’en lient à l’ouïe en place de la vue et ne tombe juste dans l’imitation que de temps à autre. Dans le premier cas, il voyait donc à travers les paupières fermées en partie et il lui était possible de donner une imitation correcte en général.
Tous ces phénomènes peuvent avoir lieu sans intention de tromper de la part des patients, ni souvenir quelconque au réveil de ce qui s’est fait ou dit.
Je n’ai encore jamais vu, (soit dans le sommeil hypnotique ou mesmérique, soit dans l’état qui donne naissancè aux « phénomènes de veille, que l’on a appelés les phénomènes électro-biologiques » ), de phénomènes qui ne fussent conformes aux lois physiologiques et psychologiques généralement admises. Les sens, les forces mentales et musculaires peuvent être surexcitées ou s’amoindrir à un point extraordinaire, d’après des impressions dominantes, suggérées ou préexistantes, mais je n’ai jamais rien constaté qui ait pu laisser croire que des individus auraient reçu le don de lire à travers des corps absolument opaques, de comprendre — soit pendant la veille, soit pendant l’état de dédoublement de la conscience — des langues qu’il n’avaient jamais apprises, ou de donner lieu au développement d’autres phénomènes trancendants, les prétendus phénomènes supérieurs. Cependant, la vive sensibilité de l’ouïe, et la motilité des muscles, de même que l’influence d’une attention concentrée et appliquée au point en cause, l’imagination excitée et la confiance en soi-même permettent à certains patients, dans la période voulue de l’hypnotisme, de produire des phénomènes remarquables, par exemple : l’imitation phonétique, l’écriture et le dessin sans le secours de la vue, la découverte des possesseurs et porteurs de certains objets (au moyen de l’odorat exalté), le. perception de propos tenus dans une chambre éloignée, que l’on n aurait pu entendre pendant la veille, le souvenir de cir-
INFLUENCE DES IMPRESSIONS DOMINANTES 2o7
constances oubliées depuis longtemps pendant la veille, enfin la déduction de conséquences (chose qui indique une finesse de jugement peu ordinaire) sur des suppositions faites sous forme de suggestion, ou survenant spontanément à la suite de souvenirs d’impressions anciennes auxquelles ils avaient appliqué toute leur attention.
Ces faits rappellent les merveilles que l’on rapporte au sujet des voyants celtes, ou de l’homme à la double vue en Écosse.
On tire plusieurs conclusions importantes de la considération des phénomènes qui ont lieu par suite de la puissance des impressions maîtresses, de la foi active, et de l’attention concentrée sur les idées dominantes, causes qui contribuent à modifier Faction physique, de façon que le nouvel état physique réagisse sur l’activité mentale. Il nous est possible aujourd’hui non seulement de comprendre la cause et le traitement de nombreuses maladies sur lesquelles aucune influence spécifique externe, pas plus que les médicaments internes n’avaient d’action, mais encore d’expliquer un grand nombre de phénomènes que l’on attribuait à la démonologie et à la magie, aux fantômes et aux enchantements,' aü pouvoir des sorcières qui maltraitaient et tuaient leurs crédules victimes au moyen de sorts et de leur influence néfaste, si facilement acceptée.
Nous saisissons aujourd’hui la puissance des procédés d’enchantement, des formules magiques et des amulettes, des « moyens d’attractions métalliques » de Perkins, l’effet des bagues galvaniques, des pilules de mie de pain et des doses infinétésimales de drogues puissantes qui ne peuvent affecter un être vivant ni enbien ni en mal. Nous nous rendons compte aussi de cétte prétendue clairvoyance des jeunes Egyptiens regardant fixement une boule noir qu’ils tiennent en main. (Lord Prudhue et M. Lane ont publié des articles à ce sujet). Les révélations de Kelly que fit connaître le docteur Dee, de Manchester, sous le règne d’Elisabeth, révélation que Kelly avait obtenues d’un
DE l’hypnotisme
esprit en regardant la célèbre pierre magique que le docteur conservait chez lui ; les prédictions des devins, qui se servent d’un procédé analogue pour lire dans l'avenir, au moyen d’un œuf en verre ; de même que les révélations modernes du même genre, par exemple, celles des anges dans le cristal magique de Lady Blessinglon — tous ces faits rentrent dans la même catégorie, ils ne sont que le résultat de questions, ou d’une excitation autre de l’imagination; résultat que l’on prend pour des visions, des paroles proférées, ou bien pour des réponses écrites en lettres bien visibles parles prétendus anges. Tout ce qui produit une forte excitation, tout ce qui modifie l’état préalable des pensées et des sensations, modifie sûrement aussi l'état mental et physique de l’individu, surtout s’il survient la confiance, l’attente, et la concentration de l’esprit.
Mes expériences sur le contact du cuir chevelu et au sujet des phénomènes passionnels que provoquait ce contact, me conduisirent à conclure que les résultats obtenus ne prouvaient ni n’infirrnaient l’organologie phrénologique ; mais je soutins qu’il y avait des relations entre le tégument frontal et la mémoire.
En effet, quand j’interrogeais à voix basse des patients à l’état de dédoublement de la conscience, ils se trompaient dans leurs réponses âu sujet des choses les plus simples et qui leur étaient familières pendant la veille; mais si je touchais le milieu du front, leurs réponses étaient correctes. Aussitôt que je suspendais le contact, les réponses redevenaient fausses, quelles que fussent les questions ; dès que le contact était renouvellé sur le front du patient endormi, les réponses devenaient de nouveau et à chaque reprises correctes. Je découvris plus tard que le contact dune partie quelconque du cuir chevelu ou d’une partie quelconque du corps avait le même effet ’ — le rétablisse-
LA MÉMOIRE, l’ ODORAT
ment de la mémoire. — Ce fait me porta à publier un rapport rectificatif de mon erreur, et à donner l’explication suivante de l’influence de ces impressions tactiles: Pour moi, le patient, à l’état d’hypnotisme ordinaire est dans un état de distraction ou de concentration de lapensée qui ne lui permet d’entendre que superficiellement les questions et de n’y répondre que négligemment ; les réponses sont donc généralement erronées, mais le contact suffit pour roiïipre l’ordre des pensées prédominantes et mettre notre patient à même de faire suffisamment attention à la question pour y répondre correctement. Au moment où cesse le contact, le patient retombe dans sa rêverie ou s’absorbe de nouveau dans ses images préoccupantes et répond alors de travers, jusqu’à ce que la distraction soit dissipée de nouveau par un nouveau contact, ou bien que les questions soient répétées à voix suffisamment haute ; les réponses se font alors correctement tout comme s’il y avait contact avec le doigt ou avec un objet inerte.
Les faits suivants montreront d'une manière frappante l’étonnante augmentation qui se produit dans la puissance intellectuelle à une certaine phase du sommeil nerveux.
J’ai souvent fait voir que le sens de l’odorat permet à bon nombre de patients dans l’hypnotisme, de reconnaître tout de suite des personnes au milieu d’une société nombreuse, et qu’ils peuvent facilement découvrir le propriétaire d’un gant, quoique ce dernier leur soit inconnu. Lé patient sent d’abord le gant, puis faisant le tour de la pièce, il remet le gant sans hésitation et sans erreur à son propriétaire, sans toutefois toucher celui-ci. Si l’on avait obstrué les narines, la « clairvoyance » cessait aussitôt, elle se rétablissait dès que l’obstruction était supprimée.
De même, l’augmentation de sensibilité du sens musculaire et du sens tactile chez les hypnotisés, leur permet,
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salis l’aide des yeux, d’écrire correctement, même si l’on tient un gros livre entre les yeux et le papier. Ce fait est bien plus probant|^que l’occlusion des yeux pratiquée d’une façon quelconque. En dépit de toutes ces précautions, les patients écrivent bien, barrant les t et mettant les points sur les i ; ils reviennent même’^àla ligne précédente, effacent un mot ou une lettre pour insérer à sa propre place le mot ou la lettre corrigée. Il me souvient d’un patient qui repassait avec le plus grand soin une feuille entière de papier à lettre en commençant son travail de révision par le bas de la page. Mais, changeait-on la place relative du papier sur la table, les corrections avaient toutes lieu à des endroits erronés ; cependant, par rapport à la place qu’occupait le papier en premier lieu, elles étaient correctement placées. Si le papier avait été tiré en haut, les corrections étaient faites sous les lignes, si on l’avaient tiré en bas, les corrections avaient lieu au-dessus de la ligne ; le dérangement avait-il été fait à droite ou a gauche, les corrections se trouvaient du côté contraire. Fait remarquable, ce patient commençait quelquefois la révision, dans la position relative qu’on lui avait donnée, a partir du coin gauche supérieur du papier ; le dérangement que l’on pouvait imprimer alors au papier n’avait plus d’influence ; les associations du sens musculaire n’étaient plus gênées; il cherchait toujours le coin de son papier et rneltait ses corrections aux bons endroits : Je le vis même, une fois, mettre les deux points sur une voyelle dans un mot allemand au bas de la page, — chose qui étonna fort son maître d’allemand, présent.
Malgré tout, je n’ai jamais vu de patient endormi écrire sans l’usage des yeux aussi bien qu’avec leur secours et pendant la veille. Mais il est des patients qui ont l’usage de leurs yeux pendant le sommeil ; ils voient, comme nous l’avons déjà dit à travers les paupières fermées en partie seulement, et si on ne les met pas à l’épreuve, comme je viens d’indiquer, mais que l’on se contente de leur bander les yeux, ils seront tentés d’amener le dérangement de leur