SON IMPORTANCE THÉRAPEUTIQUE
Lejeune J. B., âgé de treize ans, fut tout à coup pris de frissons et de douleur par tout le corps, dans la soirée du 30 mars dernier. Je fus appelé le jour suivant, et je crus avoir affaire à une légère attaque fébrile provenant d’un refroidissement. Le lendemain, cependant, l’affection avait pris une allure différente. Je trouvai mon jeune malade dans un état d’opisthotonos marqué. La tête et le bassin, rigides, étaient rétractés en arrière, le corps était courbé en forme d’arc, et on ne pouvait, par aucun moyen, le ramener à la position normale, ni mettre la tête dans l’axe du corps. Le spasme ne cédait jamais entièrement ; à certains moments, au contraire, il s’aggravait, la tête était alors tellement tirée en arrière que la respiration en était sérieusement gênée. Les jambes fléchissaient aussi de temps en temps de façon spasmodique. Les effets du spasme, gênant la respiration et accélérant la circulation, semblaient mettre le malade en danger. A aucun moment, le pouls ne fut moins de 130, mais, pendant les paroxysmes, sa fréquence augmentait beaucoup. Il était évident que j’avais une affection formidable à combattre, et qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Je me décidai donc à essayer l’hypnotisme, connaissant bienFissue fatale ordinaire de cas semblables par les traitements habituels. Le jeune malade avait toute sa sensibilité, et la seule difficulté que j’éprouvais à lui faire exécuter mes instructions provenait de la fréquence de ses attaques spasmodiques. En quelques minutes, cependant, j’avais réussi à réduire les spasmes, et sa tête pouvait se porter en avant, la respiration se calmait, le pouls avait beaucoup diminué et je le quittai dans un état de bien-être relatif. Deux heures et demie plus tard je le vis de nouveau : j’étais accompagné de mon ami, le docteur Cochrane. Les spasmes étaient revenus, mais ils n’avaient plus la même violence. Le docteur Cochrane reconnut tout de suite l’affection, mais aucun moyen, selon lui, ne pouvait guérir un cas pareil. Il n’avait jamais vu de malade hypnotisé jusqu’à ce moment ; il suivit mon expérience avec intérêt et avec attention, et sembla agréable-
DE l’uYPNOTISME
ment surpris par l’influence extraordinaire qu’un agent si simple en apparence exerçait sur une telle afTection. La pupille se dilata rapidement comme sous l’influence de la belladone ; le spasme musculaire cessa et, en quelques minutes, le malade dormait d’un sommeil paisible. Nous le quittons dans cet état, après avoir ordonné trois doses de calomel à prendre par intervalles. Le jour suivant, il y eut encore des spasmes musculaires, mais bien moins violents. Tout en continuant par l’bypnotisme* un traitement, qui, jusque-là, avait donné de si bons résultats, je crus qu’il serait très imprudent, dans un cas si grave, de s’en tenir entièrement h ce procédé thérapeutique. Je crois que ces aflfections sont généralement compliquées d’inflammation du bulbe et de là partie supérieure de la moelle épinière ; je pratiquai une saignée et fis continuer le calomel. Je persévérai dans le même traitement, hypnotisant de temps à autre le malade, et cela pendant plusieurs jours, lui administrant le calomel jusqu’à ce que les gencives fussent légèrement affectées, pratiquant des lotions froides sur la tête, en un mot appliquant un régime antiphlogistique jusqu’à ce que tout risque d’inflammation fût passé ; le traitement devint alors tonique, et je suis heureux de dire que mon jeune malade se rétablit.
Je suis convaincu que, sans l’hypnotisme, ce malade aurait succombé; et je souhaite que ce moyen réussisse également bien dans d’autres cas semblables, ainsi que dans l’hydrophobie, affection jusqu’ici mortelle. Mon désir de voirl’hypnotisme mis à l’essai dans cette dernière affection me porte à offrir mes services à titre gracieux dans le cas où elle se déclarerait dans un périmètre de quelques lieues de Manchester.
Si j’ai intercalé quelques cas attestés par les patients et •par d’autres, c’est en raison des manœuvres inqualifiables par lesquelles des confrères ont dénaturé ces observations. Une fois, afin d’obtenir V attestation d’un document erroné, ONLüT V observation au patient et à d' autres personnes présentes, DANS UN SENS ABSOLUMENT CONTRAIRE A CE QUI ÉTAIT ÉCRIT.
PREMIÈRES RECQERCUES DE l’ AUTEUR H
Quelque invraisemblable que soit une telle conduite, elle fut prouvée publiquement^ et le patient ainsi que les. autres -personnes qui assistaient à la rédaction du document portèrent témoignage de la fraude.
Mon intention était de publier mon Essai pratique sur [action curative de [hypnotisme tel que ce sujet fut traité dans une conférence faite aux membres de l’Association britannique à Manchester, le 29 juin 1842. Ce travail, accompagné de notes qui relataient les faits sur lesquels je m’appuyais, eût donné une idée suffisamment nette du sujet dans son aspect général. On m’a conseillé, depuis, de le fondre avec mon petit Traité élémentaire de neuro-hypnologie, que j’avais tout d’abord l’intention de publier. Une foule de membres du public médical m’écrivent à ce sujet et m’invitent à mettre ce conseil en pratique. Je soumets donc, aujourd’hui, mes vues au lecteur sous cette forme succincte. Je tâcherai d’être bref et clair ; et mon objet principal sera d’apprendre aux autres ce que je sais sur les moyens de provoquer les phénomènes de l’hypnotisme, sur l’application de ce procédé à la guérisoi des maladies, et de convier mes confrères à un labeur com mun dans ce champ de recherches, certain que cette collaboration favorisera la cause de la science et de l’humanité.
C’est dans cette conviction que j’avais offert à la section médicale de l’Association britannique mon Essai pratique sur [action curative du neuro-hypnotisme.
En novembre 1841, complètement sceptique quant aux prétentions du magnétisme animal ou mesmérisme, je me mis cependant à faire des recherches à ce sujet ; je désirais découvrir la source d’erreurs dans certains phénomènes qui s’étaient, dit-on, produits à des séances de M. Lafontaine; comme résultats, je fis quelques découvertes qui me parurent jeter un nouveau jour sur certains des phénomènes et qui les rendaient extrêmement intéressants, tant au point de vue spéculatif que pratique. Je crus l’occasion bonne pour obtenir de nouvelle lumière a cet endroit et j’offris, dans ce but, un manuscrit à la sec-
DE l’hypnotisme
tion médicale de l’Association britannique, qui devait se réunir à Manchester. Les savants auraient pu ainsi approfondir le sujet et rechercher la vérité à l’abri, pour ainsi dire, des préventions locales ou des préjugés personnels. J’espérais aussi profiter de l’expérience d’autrui sur certains points relatifs aux causes de quelques phénomènes, points qui me semblaient des plus mystérieux. Je fis donc connaître mon intention par lettre aux secrétaires, le 18 mai, et le matin du mercredi 22 juin j’envoyais au comité les papiers que je me proposais de lire, indiquant aussi par lettre mon intention de présenter autant de patients que possible; l’histoire de ces malades était la preuve de l’action curative du neuro -hypnotisme, et les membres de l’Association devaient avoir l’occasion de juger par euxmêmes de la réalité des faits dans chacun des cas. Mais le comité de la section médicale ne crut pas devoir accepter ma communication.
Cependant, bon nombre de membres des plus éminents de l’Association avaient déjà vu et étudié mes expériences en particulier, et s’y étaient déclarés très intéressés. Cédant aux vœux réitérés de ces messieurs et de nombreux autres membres de l’Association auxquels il ne m’était pas possible d’exhiber mes expériences en particulier et qui, cependant, recherchaient une occasion de pouvoir entendre, voir et juger les phénomènes, je fis une conférence gratuite, où je lus « Cessai repoussé, » et dans le cours de laquelle mes expériences eurent lieu. Tous les membres de l’Association avaient été conviés. Le nombre et la position sociale des personnes présentes étaient une preuve suffisante de l’intérêt que le sujet inspirait aux membres de l’Association en général. Faisant allusion à la composition de l’auditoire, le président pria les « reporters » de, bien vouloir indiquer sur les minutes, « qu’il fréquentait, depuis de longues-années, des réunions publiques, mais qu’il n’avait jamais vu de sa vie, à Manchester, une assemblée plus choisie ni plus respectable » . Ces sentiments furent encore appuyés par un vote que l’on émit à la fin de la séance ;