SEPTIÈME JOUR
De la Dévotion de Saint Hyacinthe envers la Très-Sainte Vierge.
C'est l'instinct de l'amitié d'associer dans un même sentiment de sympathic tous ceux qui touchent de près ou de loin à son objet par les liens de ia parenté. Quel ami sincère n’a pas pour le père, la mère, les frères de son ami les plus tendres sentiments ? Quelquefois même cette disposition déborde la parenté et s'étend à tous ceux que la bienveillance incline vers l'ami commun :
elle est si naturelle qu’elle est une preuve et comme une pierre de touche de Ia vérité de l'affection qn’on reçoit.
Si, comme on l’a dit, le Cœur n’a pus deux façons d'aimer, si les lois aui s’appliquent au mouvement du cœur vers Dieu ne sont pas différentes de celles qui président au mouvement du cœur vers nos semblables, il sera donc vrai de dire qu'on ne peut pas aimer Notre Seigneur sans aimer aussi beaucoup la Très Sainte Vierge, et que l'intensité du premier amour appelle par un contre coup ne-
essaire une grande tendresse pour Îla nère de Dieu fait homme. Et c’est ce qui rend si raisonnable la place qu'occupe dans la Liturgie Catholique le culto de Marie. Pendant que le protestantisme refuse d'associer Marie aux sentiments que tout chrétien doit vouer à Notre Seigneur, l'Eglise prêtant l'oreille à la voix naturelle du cœur ne saurait h séparer de son amour ; Elle lui fuit à côté de Notre Scigneur, quoiqu'en dessous, une place digne d'elle et des fonctions sublimes qui lui ont été confiées.
Tous les Saints ont ainsi aimé Marie, tous, saluant sur son front la majesté. et h sainteté qu'il avait plu à Dieu d'y déposer, l'ont placée au sommet de leur vénération surnaturelle. Il en est cependant qui lui ont voué un culte plus éminent, et ont ressenti pour elle une dévotion plus active et plus chaude. Les Bernard, les Bonaventure, les Dominique, les Alphonse de Liguor:, seront toujours signalés comme de fervents dis.
tiples de la Très Sainte Vierge, et leur noms associés au progrès Ce son Cultedans l'Eglise. Saint Hyacinthe appartient à ce groupe, et il faut reconnaître que bien
peu ont égalé la vivacité de sa dévotion à Marie.
Comment en eut-il été autrement, quand il en avait puisé le culte au soin de sa patrie ? N'’était-ce pas en effet cette patrie, qui aux jours de sa gloire et de sa prospérité, décrétait hautement à la première de ses cours plénières que la reine du ciel serait aussi la reine de la Pologne, Regina Cœli et Poloniæ, et qui remettait solennellement le sceptre du commandement et la couronne royale en la main et sur le front de sa statue, élevées sur un trône, au milieu de lasallo des Etats ? N'est-ce pas elle qui s’empressait de faire hommage à Marie des nouvelles provinces ajoutées par la conquête à son territoire, qui portait son nom en lettres d’or sur ses drapeaux, et marchait au combat en remplissant les airs du bruit de ce nom vainqueur ; cet amour pour Marie avait pris dans la famille des Oldrovans, une énergie toute spéciale, et la mère de Dieu était devenue par une élection de tendresse chrétienne, la mère de chacun des membres de cette famille. De jlus, si la ressemblance est une cause d'amour, comment Saint Hyacinthe n'eût-il pas eu pour
Marie une dévotion très vive, puisqu'il lui était devenu semblable par le vœu qui avait consacré à Dieu son corps et son âme, puisqu'il réalisait en sa vie cette admirable virginité qui brille d'un éclat incomparable sur le front de Marie ?
“ Hyacinthe aimait donc Marie. Il l’aimait avec l’ardeur et la naïveté d'un amour qui avait conservé toute sa fraicheur et tousses élans. Marie avait toutes ses pensées et toutes ses affections.
L'histoire nous dit que lorsqu'il priait, souvent le nom de Marie faisait frémir ses lèvres ; quand il étudiait, c'était toujours sous le regard et pour la gloire de Marie, et lorsqu'il prêchait, il n’était jamais plus heureux que quand il pouvait annoncer aux peuples, les miséricordes, les augustes privilèges de Marie.
Il aimait Marie jusque dans les' signes sensibles qui la rappellent et la représentent, il ne prononçait son nom qu'avec le plus tendre respect, il saluait ses images partout où il les rencontrait, il s’inclinait ou s’agenouillait au pied de ses statues que la piété polonaise lui avait élevées sur tous les chemins. Il ne pouvait souffrir qu'on ne vit dans ces
pieuses représentations que le marbre ou la toile ; sa foi animait les couleur:
et donnait une âme à la sculpture. Ce qui n'était pour des yeux moins éclairés et moins aimants, que les essais informe:
d'un art encore naïf, devenait pour lui comme une lointaine incarnation de celle qu'il aimait ; et tandis que d’autres, distinguant par une froide et sèche 1bstraction l’image de la personne, eussent pu se résigner pour échapper au péril, à laisser mutiler la statue de la Vierge, 1l lui semblait, à lui, que Marie pouvait soufirir de ces mutilations sacrilèges : et cette pieuse persuasion de son amour lui eût fait braver mille fois la mort pour sauver un marbre ou une toile. Ah!
laissons aux Saints leurs chères illusions, et pardonnons-leur ce qu'il nous plait d'appeler sans fondement les exagéra tions de leur piété ! Ceux que nous aimons ici-bas, nous savent gré de consorver avec une sorte de culte leurs médaillons et leurs souvenirs : et nous mème nous nous reprocherions, comme une trahison et un sacrilége de n’y voir que la richesse de la matière at le travail de l’art, sans nous rappeler les chère; affections dont ils sont le gage
ou les reliques. Eh bien !le cœur n’a as deux façons d'aimer ; il aime les Saints , Comme 1l aime les hommes, etil 8 exprime par les mêmes symboles et la même liturgie, dans l’ordre de la grâce, comme dans l’ordre de la nature.
Marie a généreusement répondu au tendre amour de son serviteur. Elle le visitait souvent, dit la légende ; elle s'agenouillait à ses côtés pendant qu’il priait : elle l’assistait au saint sacrifice ; elle lui apparaissait au milieu des pérégrinations de son apostolat ; elle le consolait au milieu de ces tristesses d’Âme qu'éprouve l’apôtre, lorsqu'il sent l'impuissance et la stérilité de sa parole ; et un jour on la vit essuyer ses larmes avec l'affection d’une mère ! O saintes familiarités que le monde blasphème par ce qu'il les ignore ! O sublime amitié, épanchements sacrés, sourires mutuels, confidences inetfables, réponse de l'amour du ciel à l'amour de la terre ! Fleurs qui se penchent l’une vers l’autre, lys embaumés qui mêlent leurs parfums, joies virginales et sacrée: qui faisaient envie aux anges et sont demeurées secrètes pour les hommes ! Comment pouvoir, comment oser même les rapporter | L’his-
toire se tait, reconnaissant son impuissance devant de pareils tableaux :
la légende elle même ordinairement plus entreprenante et plus amie du merveilleux, hésite à peindre les scènes de cette auguste et céleste amitié. Quand elle en parle, c’est pour ainsi dire à demi voix et avec ÎA réserve qui convient au mystère. Nous imiterons sa respectueuse discrétion ; aussi bien, toutici désespère le langage humain, et ce serait commettre une profanation que d’essayer un récit. Un seul mot suffit : Marie a beaucoup aimé son serviteur et elle lui a donné les plus tendres affections de son cœur !(1)
Il ya longtemps, Ô Marie, que nous sommes accoutumés à vous louer et à vous prier ; votre nom a été associé, dès notre enfance, à tout ce que nous avons appris à honorer et à aimer. Bien des fois nous nous sommes prosternés devant vos autels ; bien des fois nous avons laissé tomber de nos lèvres les paroles que vous vous plaisez à entendre, il nous semble que nous vous aimons comme
(1) P. Girard. Panégyrique de Saint Hyacinthe.
une mère et avec le tendre sentiment d'enfants reconnaissants. Cependant bien souvent ces affections qui sont toujours au fond de notre cœur semblent démenties par notre peu de ferveur, et l'exactitude à accomplir les pratiques qui sélévent vers vous n'est pas tozjours accompagnée de l'élan qui vous honore plus que tout. Accroissez donc dans nos âmes le zèle et l’ardeur de votre dévotion ; que nos hommages ne procédent pas seulement des lèvres, mais du cœur, et qu'ils soient pour vous le culte en esprit eten vérité qui est le privilège dela loi nouvelle. Obteneznous un peu du doux abandon de votre grand serviteur, un peu de sa confiance, et de son héroïque dévouement à votre service, et si, en retour, vous ne nous accordez pus les communications de la terre, les ineffables épanchements de l'amour qui se met à notre portée, que du moins nous obtenions les éternelles récompenses de la patrie céleste.
Notre Père. Je vous salue Marie.
Gloire soit au Père. Versets ct oraison comme au premier jour.
PRATIQUE
Etre fidèle à faire chaque jour quo:
qu'exercice en l’honneur de Marie, et en particulier à réciter avec ferveur et at.
tention son Rosaire.
+ ee
IHUÏITIEME JOUR.
De la puissance surnaturelle de Saint Hyacinthe.
Lorsqu'une âme s'est exercée longtemps à la pratique de la vertu, lorsqu’elle a élevé son courage à la hauteur d’un héroïsme constant, lorsqu’en un motun chrétien est devenu un saint, sous la double action du Saint-Esprit et de son énergique volonté, Dieu £e plait parfois à le récompenser de ses etforts et de ses sacrifices, en lui faisant partager sa souveraineté sur toutes choses. Qu'est en effet la puissance du miracle si ce n’est une participation à l’autorité souveraine de Dieu ? Et quoi de plus certain que cette communication qu'il plait à Dieu de faire aux hommes ?
Le miracle qui est pour Dieu une
preuve de sa révélation et de son intervention active dans le monde, est, lorsqu'on l’envisage dans son instrument, un témoignage de la sainteté de celui-ci; ar si Dieu n'était pas dans son cœur, comment serait-il dans ses mains ? Et c'est pourquoi l'Eglise a toujours fait du miracle une condition indispensable de la canonization des âmes justes.
Vainement une critique insensée voudrait nier aujourd’hui l'existence du miacle, vainement on prétend qu’il n’en est pas, qu'il n’en a jamais été de bien constatés ; l'évidence des faits, dans Île passé et dans le présent répond à ces affirmations puériles et assure au miracle dans l’ensemble des événements d'ordre divin, une place éminente.
St. Hyacinthe ne pouvait manquer d’être revêtu de cette force d’en haut, et les vertus que nous avons constatées dans son âme, nous assurent d’avance qu'il a du être l’un des grands thaumaturges de l'Eglise.
Son ardent amour surtout pour la sainte {ucharistie et pour la Très- Sainte Vierge devaient armer sa main d’une autorité victirieuse sur toutes choses ; entre ses mains le pain descendu
du ciel devait devenir le glaive de Gédéon puissant pour disperser Madian ct toute son armée (1) et celle qui est torrible comme une armée rangée en bataille devait l'aider ds ses secours qui triomphent de tout,
Aussi son histoire nous dit-elle que la promesse d’une efficacité sans limites lui avait été faite par Marie au nom de son fils. Un jour qu'il était en prière elle lui apparut ; et le visage tout souriant comme une mère qui apporte une bonne nouvelle à son enfant elle lui dit : ‘réjouis-toi, et prends courage, mon fils Hyacinthe ; car tout ce que tu demanderas à mon fils Jésus par mon intercession, tu l’obtiendras.”
Comment cette promesse fut-elle réalisée ? Un coup d'œil rapide sur sa vie nous fait voir qu'elle l’a été dans la plus large mesure. Nous le voyon< en effet multiplier sur ses pas les prodiges et les miracles avec la prodigalité, et, je dirai presque, avec l’audace d’un tout puissant. Quand je veux me le représenter, dit run de ses panégyristes, je me rappelle l'ange de l'apocalypse qui descend
(1) Tug. VII 14.
du firmament, revêtu d’un nuage, le front ceint d'un arc en- ciel, le visage resplendissant de lumière et posant l'un de ses pieds sur laterre et l’autre sur l'océan, pour prendre possession, comme un doninateur, de tous les éléments et de toute la création. Cet ange, c’est bien Hyacinthe; et je ne sache pas en effet, qu'aucun saint ait disposé d’une aussi “rande puissance, ni ait traité la nature avec autant d'autorité. Il commande cet le ciel lui obéit, les étoiles paraissent ct disparaissent à son gré du firmament, les nuages £se dissipent et s’enfuient, le soleil se voile et temnère ses irdeurs : et la foudre suspend sex coups ct brise son éclair, ou tombe inattendue d’un azur tranquille et serein. Il commande, et les eaux lui obéissent : Ia mer se soulève ou subitement calme ses oraves ; les fleuves lui font de leurs flots un chemin solide et conservent respectueusement les vestiges de son passage. Il commande et la terre lui obéit : les fleurs naissent à sa voix Jusqu'au milieu des sables du désert ; les arbres, déracinés par la tempête, se relèvent avec toutes leurs branches et tout leur feuillage ; los. campagnes désolées par la grèle
voient subitement refleurir leur moissons et leurs espérances, {1 commande ; et les maladies s'enfuient, la peste inter.
rompt ses ravages. les aveugles recouvrent non seulement la vue, mais encore les organes de la vue, et le tombeau luimême, l'inexorable tombeau, tressaille jusque dans sa pou:sière et sa pourriture et reud à la vie les victimes qu'il avait déjà à moitié dévorées. [1 commande, et l'enfer lui-même tremble et s'agite jusqu'en ses profondeurs |
Un jour, dit la légende, que le saint se trouvait sur les bords de la Vistule, il aperçut un rocher qui s'élevait, solitaire, au milieu des eaux et portait à son sommet une idole noire et informe en grande vénération dans le pays, et, sur la rivo opposée, tout un peuple prosterné et les bras étendus vers l’idole. La vue de cette adoration impie transporte l'apôtre d'u:
ne sainte indignation ; et, sans considérer les périls auxquels il s'expose, il se jette dans le fleuve, aborde au pied du rocher, en gravit les rudes escarpements, et arrivé à la cime, ébranlie et renverse de son pi édestal la statue sacri.
lège qui, tombant sur le granit du roc, se brise en mille éclats. Après avoir
joulé aux pieds ces débris, Iyacinthe revenait au rivage, près de Ja foule interdite et stupéfaite, quand tout à coup un spectre surgit comme du sein des flots, et poursuit le saint de ses malédictions et de ses blasphèmes : ‘ Va maudit, toi qui m'as précipité de mon trône, toi qui veux me ravir les âmes et les adorations de ce peuple! Va, tu seras la proie de ma huine et la victime de ma fureur, et tu éprouveras Lientôt que l’on ne brave pas impunément celui qui est Satan, c'est-à dire, l'adversaire cet le rival de Dieu !” Et les vagues s’amoncelaient mugissantes autour de IÎui, comme si elles se faisaient les complices et les instruments de sa fureur, et déja il levait la main pour fripper..…....... Le Saint demeure impassible au milieu des menaces et du fracas des eaux ; et,se retournant vers la terrible apparition, il dit un seul mot : Marie let le spectre se jeta à ses pieds, demandant grâce, et, après avoir humilié son orgueil, il s'évanouit à la vue du peuple.
Encore une fois ces victoires ne doivent pas nous surprendre, quand on est appuyé sur Jésus et sur Marie, quand par Jésus et par Marie on cherche
à étendre le royaume des âmes fidèles à Dieu, comment ne serait-on pas tout puissant ; non, rien ne devait lui résister, ni le ciel, ni la terre, ni les rages et les fureurs de l'enfer : et le prophète eût pu lui adresser, à lui aussi, ces fières et magnanimes paroles: Va et prends ton vlaive ! Va et sois sans défaillance, ar tu es aussi par la délégation de Dicu ton père, une sorte de tout puissant.
Accingere gladio tuo, potentisime ! (1) Nous n'avons pas mérité, à mon Dieu, d'être revêtus de votre puissance surnaturelle, et nous ne saurions prétendre, comme le grand saint que nous honorons, À commander avec efficacité, au ciel, à la terre et à l'enfer ; il y a cependant une force surnaturelle que nous désirons posséder, c'est celle qui nous permettra de triompler toujours de tous Î[s ennemis de notre âme.
Ils sont nombreux, variés et terribles ces ennemis, ils sont visibles etinvisibles, au dedans et au dehors de nous, ils nous pressent de leurs menaces, nous accablent de leurs traits, nous sollicitent par leurs charmes, et ne
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A) P. Girard. I Panégyrique.
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nous laissent ni trève ni merci. Combien de fois, à mon Dieu, nous avons dé- (à misérablement succombé à leurs assauts ! Combien de fois ils ont pu se réjouir de nos défaites. Et cependant co n'est pas votre grâce qui nous à manqué, puisque vous nous l’avez prodisuée sans relâche, mais c’est nous qui avons manqué à votre grâce. Ce que nous vous demandons donc, à mon Dieu, c’est de la rendre efficace en nous cette grâce, de fortifier notre volonté pour qu'elle corresponde courageusement à vos avances et qu'elle ne défaille Jamais dans la lutte que vous lui proposez. Si vous obtenez cet heureux résultat, ah! vous aurez fait en nous un grand miracle, Ô mon Dieu. Ce miracle sera à la fois votre œuvre ct la nôtre, votre œuvre par votre secours et la nôtre par notre travail. Puissions-nous, Ô mon Dieu, posséder cette force la meilleure de toutes, puisqu'elle conduit au bien le meilleur de tous, le salut de nos âmes.
Notre Pere. Je vous salue Marie.
(loire soit au Père. Verscets et oraison comme au premier Jour.
PRATIQUE
Demander sans cesse à Dieu, par l’entremise de la Trés Sainte Vierge, la puissance de triompher des tentations qui nous assiègent, surtout de celles qui nous monacont davantage.