‹ Neuvaine en l'honneur de St Hyacinthe [microforme]Chapitre 8 sur 12 · SIXIÈME JOUR · texte numérisé non relu

SIXIÈME JOUR

Du commerce intime de Sainte- Hyacinthe avec Dieu.

Si la sainteté commence par le sacrifice, elle ne se consomme que par l'union avec Dieu. St. Thomas en effet nous apprend que la perfection de l’homme consiste dans la charité, d’où il suit que plus notre charité est intense et active, plus aussi est grande notre perfection. Et comme l’activité de la charité se manifeste dans l’union affective avec Dieu, il en résulte encore que c’est cette même unioi qui mesure notre sainteté. L'expérience surnaturelle des âmes vérifie cette efficacité de lunion divine, et les attraits qui les sollicitent au commerce avec Dieu nous font connaitre les lois qui président à leur ascension vers lui.

Doux actes composent ce commerce intime des âmes avec Dieu :la contemplation et le culte de Dieu. La contempneu qni applique à la recherche de

ieu les facultés de notre esprit, et le culte qui lui offre les puissances de notre

volonté. Para première, non content de jeter de loin en loin sur sa perfection un regard superficiel ou distrait, l'esprit s’efforce à considérer d’une manière approfondie la Beauté Divine ; il en demande l'image, le reflet à toutes choses, et il se plait à lire son nom sur toutes les pages du livre que sa bonté à ouvert sous nos yeux. La création lui sert de piédestal pour s'élever jusqu’à la grandeur de Dieu en même temps que l'Evangile et les œuvres réalisées en Jésus-Christ lui en sont une autre révélation. Par le second, l'homme fait j:illir de son cœur les sentiments qu'appelle cette vision ; et dans l’adoration, l'Éumilité, l’action de grâce et la prière, il s'incline devant celui qui est le maître de la vie, le sauveur des âmes et le glorificateur à venir.

St. Hyacinthe n’est demeuré étran gerni à l’un ni à l’autre de ces actes ; et sa vie toute entière n’en a été qu’une continuelle trame.Que faisait-il durant les longues nuits où il s'épanchait devant les autels du Dieu vivant ? quelle était l'occupation de son âme dans les longues courses de son apcstolat? Ilcontemplait et il priait. En cela encore imitateur de Saint-Dominique il prenait occasion de

tout dans ses voyages, pour s'élever jusqu'à Dieu. Le spectacle de la nature qui sc développait sous ses yeux, le ciel avec ses étoiles ou son briilant soleil, la terre avec la variété des êtres qui l’habitent ou la richesse des ort:.ements qui la réjouissent, tout lui semblait rempli du nom et de la présence de Dieu, et il se plaisait à répéter avec le prophète les strophes de la louange et de l’action de grâces à la vue des merveilles dont le monde est plein ; œuvres de Dieu ténissez toutes le créateur : Louez le, exaltez le dans tous les siècles. Bénissez-le, eaux suspendues dans les airs . .. ...............bénissez-le, soleil et lune, étoiles du ciel, pluie et rosée, vents et tompêtes, bénissez le Seigneur.

Que la terre entière bénisse, loue, exalte lo Seignour. Et il s’absorbait tellement dans sa méditation que tout disparaissait ses yeux, l’espace et le temps, le monde et lui même pour ne laisser subsister devant les regards de son âme ravio que la vivante image du créateur de toutes choses. Plus d’une fois les compagnons de sa route furent témoins de ses conversations animées avec son Dieu, et plus d'une fois aussi ils recueillirent de ses lèvres embr'asées les sentiments

que sa méditation avait allumés dans son cœur ; quelle admirable éloquence se faisait alors jour sous l’ardente impulsion de sa charité! avec quelle ferveur il leur parlait de ce Dieu dont son cœur était si plein, et comme la vivacité de sa tendresse se communiquait à leurs âmes dans une sorte de mystériense contagion. Ils s'écriaient alors ainsi qu'’autrefois les disciples d'Emmaüs : Est ce que notre cœur n'était pas ardent au-dedans de nous quand il nous parlait dans le chemin ?

Mais c'etait surtout aux pieds des autels que son esprit et son cœur s'attachaient à son Dieu. Il est dit de St. Dominique que lorsqu'il se sentait seul, dans l'église, protégé dans son amour par l'ombre et le silence, il entrait avec Dieu dans d’ineffables épanchements. Le temple, symbole de la cité permanente des anges et des saints, devenait pour lui comme un être vivant qu'il attendrissait de ses larmes, de ses gémissements et de ses cris. Il en faisait la ronde en s'arrêtant à chaque autel pour prier, tantôt incliné profondément, tantôt prosterné, tantôt à ge noux On l’entendait parfois dire tout haut ces paroles de l'Evangile: Seigneur,

ayez pitié de moi qui suis un pécheur ; et celles-ci de David: Mon dme est attachée au pavé Donnez-moi la vie selon votre promesse, et d’autres semblables. De temps en temps il portait sur le crucifix de longs regards silencieux, et sa cortemplation muette n'était interrompue que par des éclats de voix dans lesquels il disait : Seigneur, j'ai crié vers vous, ne vous détournez pas de moi et d'autres expressions de l’Ecrituro.

D'autres fois en fléchissant le genou, il s’arrêtait dans cette attitude humiliée ; la parole n’arrivait plus de son cœur jusqu'à ses lèvres ; il semblait entrevoir le ciel par l'intelligence; et il essu ;ait des larmes sur ses joues ; sa poitrine était haletante, comme celle du voyageur qui approche de la patrie. D'autres fois il se tenait debout, les mains ouvertes devant lui à la manière d’un livre et il semblait lire attentivement, ou bien il les élevait des deux côté; jusqu'aux épaules, comme un homme qui s’écou:e, ou bien encore il s'en coivrait les yeux pour méditer plus profondément ; on le voyait aussi dressé sur la pointe des pieds, le visage au ciel, les mains jointes au-dessus de la tête en forme de fléche, puis les séparant comme

pour demander, et les rejoignant comme s'il eût reçu, et en cot état, où il ne paraisplus tenir à la terre, i! avait coutume de dire: Seigneur, exaucez moi pendant que je vous prie, pendant que j'élève mes mains vers votre sacrée demeure (1) St. Hyacinthe avait adopté ces pieuscs manières de prier ; lorsque ses frères reposaient le soir, soit en voyage, soit dans les couvents, autant que les circonstances le lui permettiient; au lieu dese livrer lui aussi à un bien juste repos, il se retirait à l'Eglise, et là, ressuscitant devant ses regards la vie et la mortde Notre-Seigneur Jésus-Christ, recomposant pour l’édification et la consolation de son âme chacune des scènes qui ont été comme les diverses étapes de la mission du Sauveur, il se livrait aux élans passionnés de l’amour le plus tendre... Les expressions et les formes diverses du culte se succédaient sur ses lèvres et dans les attitudes de son corps ; tantôt plongé dans la plus

rofonde adoration il s'abimait devant ‘admirable bonté du Dieu fait homme : puis les cris de la supplication, de l'expiation, faisaient place à ces premiers anéantissements, pour se transfor-

(1)Lacordaire Vie de St, Dominique.

mer bientôt dans les saintes oxaltations de l'action de grâce. Qui pourrait racon.

ter ce drame poignant et sublime de lal prière de l'apôtre ? Comment peindre] ses ardeurs, ses embrâsements, ses ra.l vissements, ses extases ? à part quel.

ques heures arrachées à cette ferveur

ar les exigences d'une nature moins orte que sa volonté, la nuit se passait ainsi rapide et féconde jusqu'à ce que le soleil en reprenant sa course le ramenât aux services des hommes que son zèle n'avait pas oubliés dans ses commu nications avec Dieu.

Vos disciples, Ô Sauveur Jésus, vous disaient autrefois sur la montagne où vous les instruisiez : Seigneur, nous ne AVOnS pas pr'cer, apprenez-nous à prier.

Nous vous adressons la même demande en regard de ce grand exemple de la priè.

re. Non, mon Dieu, nous ne savons pas prier ; ces ardentes supplications qui vont percer les nues et se présentent efficaces au trône de votre majesté, nous ne les connaissons pas. Nos adorations sont froides. et languissantes, nos prié res rampont à terre, comme le brouillard du matin, vos bienfaits nous laissent sans reconnaissance et votre beauté sans

admiration. O Dieu, apprenez-nous à prier, secouez cette terrible léthargie qui nous appesantit, élevez, dilatez nos âmes, découvrez-nous un coin de la lumière qui vous enveloppe. Seigneur, faites que je voie, Mon Dieu, si vous le voulez, vous pouvez me guérir. Prononcez donc cette parole efficace qui donne la lumière et qui fait jaillir des cœurs «e cri de la demande dans le St.

Esprit. O Père! O Père! Que lo Saint-Esprit prie en moi, et que me communiquant quelque chose de ses divines ardeurs il m'embrase d’un amour sembla ble à celui qui transportait Saint Hyacin the aux pieds des autels dans les élans de son incomparable prière. |

Notre Père. Je vous salue Marie. Gloire soit au Père. Versets et oraison comme au premier jour.

PRATIQUE

Etre assidu à l'exercice de la méditation quotidienne, y consacrer chaque jour un quart d'heure, s’il est possible ; y suppléer du moins par de ferventes oraisons jaculatoires et préparer son âme à la prière par la pratique habituelle de la sainte présence de Dieu.

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