‹ Neuvelles et seules véritables aventures de Tom PouceChapitre 11 sur 15 · X\IV · texte numérisé non relu

X\IV

Toai revoil son yvre et sa mère.

Toc, toc.

« Qui est là? dit tristement une voix dans la cabane.

— C'est moi, dit Tom tout palpitant; moi, le petit Tom, votre fils. »

La pauvre madame Pouce, entendant cette voi\ qui lui parlait, ne pouvait eu croire ses oreilles. Bien sur je rêve, se disait-elle, et je n'aurai point tant de bonheur devoir revenir mon cher enfant; personne n'a frappé.

Toc, toc, fit Tom pour la seconde fois, et pour la seconde fois il disait : « C'est moi, mère, votre petit Tom que vous croyez perdu. »

Il n'y avait ])lus à s'y tromper, c'était l)ieu lui; la pauvre femme, toute tremblante, ouvre la porte, et Tom et elle étaient si heureux, qu'ils ne pouvaient parler.

Quand ils se furent bien embrassés, Tom, dont la petite figure s'attrista, dit : « Où est mon père'/ » Mais sa mère le rassura, c II va venir, » dit-elle. Et au même instant M. Pouce entra.

Quand il vit son fils, il faillit tomber à la renverse.

Le roi dans son palais, et la reine des fées ellemême au haut des cieux, n'étaient pas si heureux que Tom, son père et sa mère, dans leur pauvre cabane.

Quand le premier moment fut passé, Tom montra la pièce d'or; mais la pauvre mère, le regardant, disait à son mari : « La plus belle fortune, la voilà. «

Après quoi Tom raconta ses aventuras. Quand il arriva à la fin, et qu'il eut dit à ses parents qu'il avait promis de retourner, ce furent des larmes et des sang-lots à fendre les rochers, mais ces braves g-ens n'essayèrent point de le retenir : « Va, lui dirent-ils en pleurant, un honnête homme n'a que sa parole. »

Et quand le jour fut écoulé, lui ayant donné une belle grappe de raisin pour sa route, ils ouvrirent la porte au

pauvre Pouce désolé.

Mais derrière la porte ils trouvèrent la bonne fée (lui leur dit tout lias : « Ne craig-nez rien pour votre fils, qui vous sera rendu; vous êtes de braves ^ens, et le ciel vous doit le bonheur. Ne murmurez point et laissez-moi faire. »

Ayant alors pris Tom dans sa manche, elle retourna avec lui dans son brillant palais.

« Ce n'est pas tout, dit-elle à Tom quand ils y furent arrivés, j'ai promis à la reine, épouse du roi Arthur, (pie tu lui serais rendu ; il faut tenir sa promesse,

— Oui, sans doute, » dit Tom en poussant un gros soupir.

Le pauvre Tom rcloiinie à la cotir. — Le bouillon ilti roi.

Un matin que le vent soufflait du côté du palais du roi Arthur, la reine des fées embra.ssa Tom et lui dit adieu; puis l'ayant mis à cheval sur un courant d'air, elle souffla sur lui.

EtTom,fl()tt<int dans l'espa-ce comme le liég-e sur l'e^u, eut bientôt perdu de vue le palais de sa marraine.

Le voilà parti et volant sur des ailes invisibles, un peu essoufflé d'une course si rapide, et demandant quel-

quefois au vent de ne pas aller si vite. Mai.s bah! le ,^ vent ne l'écoutait pas, et allait suivant ses caprices ordinaires ; le malheur voulut qu'il fût dans un de ses mauvais jours , et il lui prit une bourrasque telle, qu'une petite ombrelle que la maryj raine de Tom lui avait donnée en par- '''-^tant pour qu'il pût s'en servir au beî^fef soin comme d'un parachute, fut arrachée de ses mains, et que d'un seul coup le petit voyageur fut précipité danslacourdu palais. La mauvaise étoile de Tom voulut que le cuisinier qui l'avait trouvé dans le ventre du poisson, passât par là portant une soupière contenant un bouillon pour le roi.

Voyez le malheur ! Tom s'abattit au milieu de la s.<^mpière, et la soupe toute chaude jaillit en éclaboussurCvS au vi-

sag-e du cuisinier qui, dans son effroi, laissa tomber le déjeuner du roi en criant au feu, au meurtre et à l'assassin.

Ce jour-là, le roi ne déjeuna pas, parce qu'il n'y avait plus de soupe dans le palais, et il en fut de si mauvaise humeur, qu'il écouta les mauvais rapports qui lui furent faits sur son favori par tous ceux que Tom avait blessés autrefois dans ses caricatures. Tom eut beau dire que c'était le vent, et que d'ailleuiv; il avait failli y perdre la vie, ce qui devrait prouver à cliacun qu'il n'avait pas voulu en faire un jeu, on n'en voulut rien croire, et, pour qu'il ne pût s'échapper, on l'enferma, sans plus tarder, sous un chapeau, dont les bords furent assujettis avec soin par de grosses pierres.

Les prisons de Tom Pouce.

Tom, dans ce noir cachot, se sentant fort de son innocence, ne perdit pas courag'e, et, tirant son épée, il tailla avec une adresse merveilleuse une porte qui avait, ma foi, fort bonne grâce, dans la forme du chapeau sous lequel on l'avait emprisonné. Puis il sortit

résolument et l'épée en main, bien décidé à \endre chèrement sa vie.

Mais Tom n'était pas encore au bout de ses disg-râces, car il était séparé de la liberté par tant d'obsta-

des lie palais était gardé de tous côtési, qu'il fut re-

pris avant d'avoir pu les vaincre. Un Hercule y eût succombé.

Pour cette fois ce fut, j'ai honte de le dire (tout est bon aux méchants pour arriver à leurs finsj, ce fut dans une souricière qu'on l'emprisonna, lui, un chevalier de la Table ronde !

Là, pendant huit jours et huit nuits, l'innocent lan-

jruit; sa fermeté, du reste, et son calme ne l'abandonnèrent paa, quoiqu'il n'eût pour toute distraction, en

attendant la mort, que de reg'arder un peu au dehors, et d'entendre au loin hurler les chiens de g'arde et orier les hiboux de la tour.

« Sans ma curiosité , disait-il , je serais libre et courant à ma fantaisie dans le jardin de mes parents. O ma lx)nne mère^ je ne te reverrai plus 1 »

Au moment où il s'enfonçait dans ses souvenirs d enfance, se rappelant jusqu'aux plus petitvS détails de cette heureuse époque de sa vie, un jnsce charfi'é de lui lire sa sentence s'approcha de la souricière.

Condam;ialion de Tom Pouce.

Le tribunal l'avait tout d'une voix condamné à avoir la tête tranchée ; et telle était la frayeur qu'inspirait la colère du roi, i A que , quand les causes les plus in- (! ^ justes trouvent des défen- j ""^ i;\seurs, la juste cause de/' i -^ Pouce n'en avait pas trouve ! v

à/i£-lf/£^f

On raconte que quand on annonça à l'exécuteur des hautes œuvres, qui pourtant était un g'éant, qu'il allait avoir à mettre à mort l'infortuné Tom Pouce, son cœur de tigre fut attendri, et qu'il fut oblig'é de se faire servir quelque chose pour ne pas s'évanouir.

Pour Tom, une pareille nouvelle était bien faite ])our lui causer une grande émotion; il tit un tel t^oubrej^aut, qu'il brisa la souricière, et, se jetant alors sur le jug-e, il lui arracha des mains l'inique sentence, puis, s'en étant fait une espèce de ballon, il s'y accrocha, et, p-rAce à

un vent très-fort qui soufflait en ce moment, s'éleva dans l'air, aux acclamations du peuple, qui lui portait beaucoup d'intérêt.

BNiHiir

La reine des fées, qui veillait sur lui, lui envoya alors un de ses papillons, sur le dos duquel il s'assit, et

qui l'emmena dans le royaume des fées, à la barbe des satellites du roi Arthur.

On assure, du reste, qu'au moment où le pauvre Tom avait échappé à la mort d'une façon si miraculeuse, le roi Arthur, reconnaissant tout à coup son innocence, lui avait envoyé sa grâce. Mais il n'était plus temps, Tom était perdu pour lui. Et c'est ainsi que ce grand roi, si grand qu'il fût, trouva dans la perte de son petit favori le châtiment que méritait son aveugle emportement.

(^oiicUisioii.

Le papillon g'uida son lég-er fardeau jusqu'au palais de la reine des fées, où Tom était attendu.

Et ce fut là qu'il reçut sa récompense; car, sans parler d'une brillante réception qui lui fut faite par toutes les fées, que sa marraine y avait réunies pour

fêter l'arrivée d'un si bon fils, il y trouva son père et sa mère,

que la bonne fée y avait fait venir, et en outre la cabane,

le jardin, le champ, et la vache

elle-même qu'elle y avait transportés d'un seul coup de baguette. Tout était encore dans l'état oii Tom l'avait laissé, si ce n'est pourtant le sabot, que madame Pouce avait usé pendant le temps où elle avait désespéré de revoir son cher petit Pouce, et qui avait été remplacé par un nid de roitelet.

La bonne fée garda dans son palais cette aimable famille, ils vécurent tous heureux jusque dans un âge avancé.

Et s'ils ne sont pas morts, ils vivent encore.

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