I.a main de fea
Le 4 mai, Wilbold revint au château. Son premier soin fut de demander s'il s'était passé quelque chose en son absence; mais comme il apprit que tout avait été tranquille, que ses vassaux ne s'étaient pas plaints, que les esprits n'avaient point fait tapag"e, il demeura convaincu que sa persistance les avait lassés et qu'il en était débarrassé àjamais. En conséquence, après avoir embrassé sa fille, et donné les ordres pour le lendemain, il alla se coucher tranquillement.
Mais h peine fut-il dans son lit, qu'il se fit dans le château et autour du château un tapag-e comme jamais oreilles humaines n'en avaient entendu. Autour du château, les chiens hurlaient, les chouettes piaillaient, leshibous roucoulaient, les chats miaulaient, la foudre g-rondait; au dedans du château on traînait des chaînes, on renversait des meubles, on roulait des pierres ; c'était un bruit, un vacarme, un remue-ménage, à croire que toutes les sorcières de la contrée, convoquées par le grand diable d'enfer, avaient chang'é le lieu ordinaire de leurs séances, et au lieu de se réunir comme d'habitude au Broken, se tenaient dans le manoir de Wittsgaw.
LA BOUILLIE DE LA COMTESSE BERTHE. 79 A minuit tout bruit cessa, et le silence le plus profond se répandit si bien, que chacun put entendre sonner les douze heures les unes après les autres. A la dernière, Wilbold, un peu rassuré, sortit la tête de dessous sa couverture et se hasarda à reg'arder autour de lui. Tout à cou]) ses cheveux se hérissèrent sur son front, une sueur g'iacée
coula sur son visag-e, une main de feu sortait de la muraille en face de son lit, et du bout du doigt, comme avec une plume, traçait sur les sombres parois de la chambre les paroles suivantes :
Pour olicivau vo^u tlo la comtesi'e Bertlie. Dieu, baron de Wilbold, te donnera sept jours. Ou sinon, tu verras, artisan de ta pirrte, Le manoir de WiUsgaw t'ëchapper pour toujours.
Puis la main disparut; puis, l'une après l'autre, dans
l'ordre où elle avait été tracée, chaque lettre s'effaça ; puis enfin, la dernière lettre éteinte, la chambre, qui un instant avait été éclairée par ce quatrain de flamme, retomba dans Ifi ])Ius profonde obscurité.
Le lendemain, tous les serviteurs dvi baron, depuis le premier jusqu'au dernier, vinrent lui demanderleur cong'é.
lui déclarant qu'ils ne voulaient plus rester dans le château.
Le comte, qui au fond du cœur avait aussi bonne envie (ju'eux de le quitter, leur déclara que, ne voulant pas se séparer de si bons serviteurs, il était décidé à aller habiter un autre domaine, et à abandonner le manoir de Wittsg-aw aux esprits qui paraissaient vouloir en réclamer la possession.
Le même jour, malgré les pleurs de Hilda, on quitta donc le vieux doujon pour aller habiter le château de Einsinfeld, qui venait au baron de la succession paternelle, et qui était situé à une demi-journée de celui de Wittsg-aw.
I<e chevalier Torald.
Il y avait dans ce moment-là deux nouvelles qui faisaient grand bruit dans le domaine de Rosemberg-; la première, c'était le départ du baron Wilbold de Einsinfeld; la seconde, c'était l'arrivée du chevalier Torald.
Le chevalier Torald était un beau jeune homme de vingt et un à vingt-deux ans, qui avait déjà, quoique bien jeune
encore, comme on le voit, parcouru les principales cours d'Europe, où il avait acquis une grande réputation de courage et de courtoisie.
En effet, c'était un cavalier des plus accomplis, et l'on racontait sur son éducation des choses merveilleuses : on
disait que, tout enfant, il avait été confié au roi des Nains, qui lui-même, étant un prince très-savant en toutes choses, avait juré d'en faire un seigneur accompli. II lui avait donc appris à lire les manuscrits les plus anciens, à parler toutes les lang'ues vivantes et même les lan^rues mortes, à peindre, à jouer du luth, à chanter, à monter à cheval, à faire des armes et à jouter; ]niis, lorsqu'il eut atteint l'àg^e de tlix-huit ans, et que le roi son tuteur le vit arriver au point de perfection en toute chose au<iuel il ;n;!it désiré l'amener, il lui avait donné le fameux cheval Encéphale, qui ne se lassait jamais; la fameuse lame du chevalier Astolphe,
ipii renv(M'sait àc leurs arçons tous ceux qu'elle touchait avec sa pointe de diamant; et enfin, la fameuse épée Durandal, qui brisait comme verre les armures les plus fortes et les mieux conditionnées. Puis, à ces présents déjà fort précieux il avait ajouté un don plus recommandable encore : c'était celui d'une bourse dans laquelle il y avait toujours vinfi"t-cin{j écus d'or. , .
On comprend le bruit que l'arrivée d'un si pieux chevalier fit dans la contrée; mais presque aussitôt après avoir traversé le villag^e de Eosemberg*, monté sur son bon cheval, armé de sa bonne lance et ceint de sa bonne
épée, il avait disparu, et personne n'en avait plus entendu parler.
Il va sans dire que ce mystère n'avait fait qu'aug-menter dans les environs la curiosité qui s'attachait au chevalier.
On disait bien qu'on l'avait vu le soir se balancer devant le château de Wittsgaw, sur une barque qui, malg'ré le cours rapide du Rhin, se tenait immobile comme si elle
eût été à l'ancre. On disait bien qu'on l'avait aperçu, un
lutli h la main, sur la pointe d'un haut rocher qui s'élevait
en face des fenêtres de Hiida, et sur lequel jusque-là les faucons, les gerfauts et les aig-les avaient seuls posé leurs serres. Mais tous ces récits n'étaient que de vag-ues rumeurs, et personne ne pouvait dire positivement avoir rencontré le chevalier Torald depuis le jour où, armé de toutes pièces et monté sur son cheval, il avait traversé le village de Rosemberg.
lies conjarenrs d'esprits.
La main de l'eu, comme vous l'avez vu, mes chers petits amis, avait donné au baron de Wilbold sept jours pour se repentir; mais celui-ci, toujours poussé par les mauvais
conseils du chevalier Hans de Warburg-, était bien résolu de ne pas revenir sur ses pas , et , pour s'affermir dans cette résolution , il avait décidé qu'il passerait les trois derniers jours en fêtes et en orgies. Cequi lui donnait d'ailleurs un prétexte, c'étaitla célébration du jour anniversaire de la naissance de sa fille, qui tombait justement le 8 de mai : Hilda était née dans le mois des roses. Au reste, le chevalier Hans avait un motif pour venir plus souvent qu'il ne l'avait jamais fait chez son ami, le baron de Wilbold; il était devenu fort amoureux de la belle Hilda, et, quoiqu'il eût quarante-cinq ans au moins c'est-à-dire trois fois l'âg-e de la jeune fille, il ne s'ouvrit pas moins à son ami de ses projets d'alliance.
Celui-ci n'avait jamais trop compris toutes les délicatesses (le cœur sur lesquelles ordinairement les jeunsd filles établissent leurs rêves de tristesse ou de joie, de douleur ou de félicité ; il avait pris sa femme sans l'aimer, ce qui ne l'avait pas empêché de se trouver parfaitement heureux en ménage, car la comtesse était une sainte femme. Il ne pensait donc pas que Hilda eût besoin d'adorer son mari pour être heureuse à son tour avec lui. A ces réflexions venaient se joindre la g'rande admiration \?i \ i'u^^> Q^i'il avait pour le \ 1^^ courag-e de Hans, la connaissance parfaite qu'il avait de sa fortune, qui était au moins égale à la sienne; et, enfin, l'habitude qu'il avait prise d'avoir pour convive lejoyeux et bavard chevalier, lequel l'amusait beaucoup avec ses éternels récits de combats, de tournois et de duels dans lesquels, bien entendu, il avait toujours obtenu l'avantage.
Il n'avait d(mc ni accepté ni refusé l'offre du chevalier; mais cependant il lui avait laissé comprendre qu'il lui
ferait plaisir en essayant de plaire à Hilda, ce qui ne serait probablement pas difficile à un brave, galant et spirituel chevalier comme lui.
A partir de ce moment, le chevalier Hans avait donc redoublé de soins et d'attention pour la gracieuse dame de
ses pensées, laquelle avait reçu toutes ses démonstrations d'amour avec sa retenue et sa modestie habituelle, et comme si elle ignorait complètement dans quel but les compliments de Hans lui étaient adressés.
Le cinquième jour après l'apparition de la main de feu était donc le jour anniversaire de la naissance de Hilda, et, selon les projets de passer les trois jours suivants en fête, le baron Wilbold avait invité tous ses amis ù uu .«rrand
dîner; et, comme on le pense bien, il n'avait pas oublié dans ses invitations son bon et inséparable compag-non, le chevalier Hans de ^Var1)^r;[r.
Les convives étaient réunis, on venait de passer dans la
' ' il. Hr'li ! ■' :'V 11- "|ii
salle à manger, et chacun allait prendre à la table la place qui lui était destinée, lorsqu'on entendit le bruit du cor, et que le majordome annonça qu'un chevalier venait de se présenter à la porte du château de Einsenfeld, demandant l'hospitalité.
« Pardieu ! dit le baron, voilti un gaillard qui a bon nez. Allez lui dire qu'il est le bienvenu , et que nous l'attendons pour nous mettre à table. »
Cinq minutes après, le chevalier entra.
C'était un beau jeune homme de ving-t à ving't-deux ans, aux cheveux noirs et aux yeux bleus, se présentant avec une aisance qui indiquait que dans ses voyages il avait l'habitude de recevoir l'hospitalité des plus hauts seigneurs.
Sa haute mine frappa à l'instant même tous les convives, et le baron Wilbold, voyant à qui il avait affaire, voulut, comme à son hôte, lui offrir sa propre place. Mais linconnu dénia cet honneur, et, après avoir répondu à
l'invitation du baron Wilbold par un compliment plein de
courtoisie, il prit à la table une des places secondaires.
Personne ne connaissait le chevalier, et chacun letu-
diait avec curiosité. Hilda seule tenait ses yeux baissés, et
quelqu'un qui l'eût regardée au moment oii le chevalier
apparaissait sur le seuil de la porte aurait pu remarquer
qu'elle roug'issait.
Le repas était somptueux et bruyant ; les vins surtout n'étaient point ménag-és. Le baron Wilbold et Hans se faisaient remarquer à la courtoisie avec laquelle ils se portaient et se rendaient les santés.
Il était bien difficile que le dîner se passât sans qu'il fût question des apparitions du château de Wittsg"aw.
Le chevalier Hans se mit à railler le baron sur les terreurs que lui inspiraient les apparitions, terreurs qu'il avouait avec toute la franchise d'un homme courag'eux.
« Pardieu! mon cher chevalier, dit le baron, j'aurais bien voulu vous voir à ma place, quand cette terrible main de feu écrivait sur la muraille ce fameux quatrain, dont je n'ai point oublié une seule syllabe.
— Illusions! reprit Hans. Rêves d'un esprit frappé. Je ne crois pas aux fantômes, moi.
— Vous n'y croyez pas, parce que vous n'en avez pas encore vu ; mais si vous en voyez quelqu'un , que direzvous ?
— Je le conjurerais, dit Hans en frappant bruyamment sur sa grande épée, de manière à ce qu'il ne reparût ja-
mais en ma présence ; je vous en réponds.
— Eli bien, dit le baron Wilbold, une proposition, Hans /
— Laquelle?
— Conjure l'esprit de madame la comtesse Berthe, de manière à ce qu'elle ne revienne jamais dans le château de Wittsg'aw, et demande-moi ce que tu voudras.
— Ce que je voudrai?
— Oui, répondit le baron.
— Prends g^arde! dit en riant le chevalier.
— Conjure l'esprit de la comtesse Berthe , et demande hardiment.
— Et quelque chose que je te demande tu me l'accorderas?
— Foi de chevalier,
— Même la main de la belle Hilda?
— Même la main de ma fille.
— Mon père! dit la jeune châtelaine avec l'accent d'un léy'er reproche.
— Ma foi ! ma chère Hilda, reprit le baron que quelques verres de tokai et de braunberg-er avaient échauflPé ; ma foi ! j'ai dit ce que j'ai dit. Chevalier Hans, je n'ai qu'une parole : conjure l'esprit de la comtesse Berthe, et ma fille est à toi.
— Et accorderez-vous pareille récompense , sire baron , demanda le jeune étrang-er, à celui qui accomplira l'entreprise lorsque le chevalier Hans aura échoué ?
— Lorsque j'aurai échoué! s'écria Hans. Ah çà! vous supposez donc que j'échouerai ?
— Je ne le suppose pas, chevalier, répondit l'inconnu avec un accent de voix si parfaitement doux, qu'on eût dit que ses paroles sortaient de la bouche d'une femme.
— Vous en êtes sûr, voulez-vous dire alors ! Corbleu ! monsieur l'inconnu, dit le chevalier en g'rossissant sa voix, savez-vous que c'est fort impertinent ce que vous me dites
— En tout cas, la question (jue j'adresse à messire Wil-
hold de Einsenfeld ne peut porter aucun préjudice à vos projets de mariag-e , seig'neur chevalier, puisque ce n'est qu'après que vous aurez échoué qu'un autre se présentera.
— Et quel est cet autre qui se présentera pour accomplir une entreprise où le chevalier Hans aura échoué?
— Moi ! dit l'inconnu.
— Mais, dit le baron, pour que j'acceptasse votre offre toute courtoise qu'elle est, mon cher hôte, il faudrait d'abord que je susse qui vous êtes.
— Je suis le chevalier Torald, » dit le jeune homme.
Le nom s'était répandu dans toute la contrée d'une façon si avantag"euse, qu'à ce nom tous les convives se levèrent pour saluer celui qui venait de se faire connaître; Wil-
BAULAIJ]
bold ne crut même pouvoir se dispenser de faire un compliment courtois au jeune homme.
«Chevalier, dit-il, si jeune que vous soyez, votre nom est déjà si avantageusement connu , qu'une alliance avec vous serait un honneur pour les plus fières maisons. Mais je connais le chevalier Hans depuis ving't ans, tandis que j'ai l'honneur de vous voir pour la première fois. Je ne pourrais donc, en tous cas, accepter l'offre que vous me faites, qu'en soumettant votre proposition à l'approbation de ma fille. )^
Hilda rougit jusqu'au blanc des yeux.
« Je me suis toujours promis, dit Torald' de ne prendre pour épouse qu'une femme dont j'aurais la certitude d'être aimé. »
Depuis que le chevalier s'était nommé, Hans gardait le ])lus profond silence.
<< Eh bien, chevalier, dit le baron, puisque vous soumettez la chose à l'approbation de ma fille , et puisque vous laissez la priorité de l'épreuve à mon ami Hans, je ne vois l)as pourquoi, sauf plus profond examen de votre famille, je ne vous donnerais pas même parole qu'à lui
— Ma famille marche de pair avec les premières familles d'Allemagne, messire baron ; il y a même plus, ajouta le chevalier Torald en souriant, et je vais vous annoncer une nouvelle dont vous ne vous doutez pas, c'est que nous sommes quelque peu parents.
— Nous, parents! s'écria Wilbold avec étonnement.
— Oui, messire, répondit Torald, et nous éclaircirons tout cela plus tard. Pour le moment, il n'est question que d'une chose, c'est de conjurer l'esprit de la comtesse Bertlie.
— Oui, reprit Wilbold; j'avoue que c'est l'affaire que je suis le plus pressé de voir terminer.
— Eh bien, dit Torald, que le chevalier Hans tente l'épreuve cette nuit, et moi je la tenterai la nuit prochaine.
— Parbleu, dit Wilbold, voici ce qui s'appelle parler, et j'aime qu'on mène les affaires avec cette rondeur. Chevalier Torald, vous êtes un brave jeune homme, touchez là. «
Et Wilbold tendit au chevalier une main que celui-ci serra en s'inclinant.
9(î LA BOUILLIE
Hans g-ardait toujours le plus uionie silence.
Wilbold se retourna de son côté, et vit avec étonnement qu'il était très-pâle.
« Eh bien, camarade Hans, lui dit-il, voilà une proposition fait pour te plaire ; et puisque tout à l'heure tu avais tant de hâte de te trouver en face des esprits, tu dois remercier le chevalier Torald qui t'offre l'occasion de les voir cette nuit même.
— Oui, certainement, dit le chevalier, certainement; mais ce sera inutile et j'aurai perdu mon temps, les esprits ne viendront pas.
— Vous vous trompez, chevalier Hans, répondit Torald du ton d'un homme qui est sur de son fait, ils viendront. »
Hans devint livide.
« Après cela, dit Torald, si vous voulez me céder votre
tour, chevalier Hans, j'accepterai avec reconnaissance, et j'essuierai le premier feu des fantômes ; peut-être seront-ils moins terribles aune seconde épreuve qu'à une première.
— Ma foi! chevalier, dit Hans, passer le premier ou le second, cela m'est absolument égal, et si vous tenez à passer le premier...
— Non pas , non pas , dit Wilbold ; je maintiens les choses comme il a été convenu. Gardez vos rangs, messieurs. Hans, ce soir; le chevalier Torald, demain, et ainsi donc... »
Il remplit son verre et le leva.
« A la santé des conjureurs d'esprits! » dit-il.
Chacun fit raison au baron. Mais celui-ci s'aperçut, à son
grand étonnement, que la main du chevalier Hans tremblait
en portant son verre à sa bouche.
« C'est bien, dit Wilbold; après le dîner nous partirons. »
Le pauvre chevalier Hans était pris comme une souris dans une souricière.
Il avait d'abord, en s'engag-eant à entreprendre l'affaire, cru s'en tirer par une de ses fanfaronnades habituelles : il comptait faire semblant d'entrer dans le château et passer la nuit aux environs, puis le lendemain raconter tout à loisir le combat terrible qu'il avait livré aux esprits. Mais il n'en était plus ainsi, l'affaire avait pris, g-ràce au défi porté par le chevalier Torald, un caractère de g-ravité qui indiquait à Hans que, soit par son ami, soit par son rival, il ne serait plus perdu de vue. En effet, après le dîner, le baron Wilbold se leva, annonçant qu'il allait accompagner luimême le chevalier Hans, et que, pour qu'il n'y eût, ni de sa part, ni de celle du chevalier Torald, lieu à aucune réclamation, il l'enfermerait à la clef dans la chambre à coucher, et mettrait son cachet sur la porte.
Il n'y avait pas à reculer. Hans demanda seulement la permission d'aller prendre sa cuirasse et son casque, afin d'être en état de résister à l'ennemi, si l'ennemi se présentait : cette permission lui fut accordée.
Hans passa donc chez lui, et s'arma de pied en cap, puis
on s'achemina vers le château désert de Wittsg"aw.
La cavalcade se composait du baron Wilbold de Einsenfeld , du chevalier Hans, du chevalier Torald et de trois ou quatre autres conviv(
plaisir de cet événement, de quelque façon qu'il tournât, devaient en attendre le résultat dans une métairie appartenant au baron de Wilbold, et située à une demi-lieue du château.
On arriva à Wittsg-aw vers les neuf heures du soir: c'était le moment favorable pour entreprendre l'affaire.
Hans était fort inquiet au dedans de lui-même, mais il faisait contre fortune bon cœur, et se conservait d'assez ferme apparence. Tout, au château, était plong'é dans l'obscurité la plus profonde, et, comme le silence n'en était pas troublé par le moindre bruit, il semblait un spectre lui-même.
On entra dans le vestibule désert, on traversa les grandes salles tendues de sombres tapisseries et les corridors sans tin ; enfin la porte de la fatale chambre à coucher s'ouvrit. Cette chambre était froide, calme et silencieuse comme le re§tedu château.
On fit un grand feu dans la cheminée, on alluma le lustre et les candélabres, puis on souhaita le bonsoir au chevalier Hans, et le baron Wilbold, ayant fermé la porte à la clef, mit les scellés dessus avec une bande de papier et deux cachets à ses armes.
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Après quoi chacun cria une dernière fois bonne nuit au prisonnier, et s'en alla coucher dans la métairie.
Hans, resté seul, pensa d'abord à s'en aller par la fenêtre ; mais il n'y avait pas moyen, la fenêtre donnait sur un précipice que l'obscurité de la nuit faisait paraître plus profond encore.
Il sonda les murs : les murs rendirent partout un son
mat et sourd, indiquant qu'il n'y avait aucune porte cachée
dans les murailles.
Bon gré, mal gré, il fallait rester. Le chevalier Hans tàta si toutes les pièces de son armure étaient solidement attachées, si son épée était bien à son côté, si son poig'nard sortait bien du fourreau, et si la visière de son casque jouait à loisir; après quoi, voyant que de ce côté tout était pour le mieux, il s'assit dans le g'rand fauteuil en face delà cheminée.
Cependant les heures s'écoulaient sans que rien apparût, et le chevalier Hans commençait à se rassurer. D'abord il avait réfléchi que, puisque la muraille ne présentait aucune porte secrète ; que, puisque la porte principale était fermée, les revenants auraient autantde peine à entrerqu'il en avait, lui, à sortir. Il est vrai qu'il avait entendu dire que les rêve-
nants s'occupaient peu de ces sortes de clôtures, et passaient très-bien sans dire g'are à travers les murailles et les trous des serrures ; mais enfin c'était toujours pour lui une sécurité.
Nous devons dire pour l'honneur du chevalier Hans qu'il commençait même à s'endormir, lorsqu'il lui sembla entendre un g'rand bruit dans le tuyau de la cheminée ; il jeta aussitôt un fag'ot sur le feu qui commençait à s'éteindre, pensant rôtir les jambes des revenants, s'ils se décidaient à descendre par cette route. Le feu, en effet, flamba de nouveau.
et montait contre la plaque tout en chantant et en pétillant, lorsque tout à coup le chevalier Hans vit sortir de la cheminée le bout d'une planche larg-e d'un pied à peu près, qui se mouvait et s'allongeait sans qu'on put distinguer ceux (pii la faisaient mouvoir. La planche descendait toujours lentement et de biais, et, arrivant à toucher le sol, se trouva
placée comme une espèce de pont au-dessus des flammes. Au même instant, surcepontse mirent à glisser, comme sur une montag"ne russe, une multitude de petits nains, conduits par leur roi qui, armé de toutes pièces comme le chevalier Hans, semblait les conduire à la bataille.
A mesure qu'ils descendaient, Hans reculait avec son fauteuil à roulettes, de sorte que, lorsque le roi et son armée furent rang-és en bataille devant la cheminée, Hans
était arrivé à l'autre bout de la chambre, empêché par la nuiraille seule d'aller i)lus loin , et qu'il se trouvait entre eux un ^"rnud espace libre.
Alors le roi des nains, après avoir conféré à voix basse avec ses officiers généraux, s'avança seul dans l'espace.
« Chevalier Hans , dit-il alors d'un ton de voix ironique, j'ai entendu plus d'une fois vanter ton grand courage, il est vrai que c'est par toi-même ; mais comme un vrai chevalier ne doit pas mentir, j'ai dti être convaincu que tu disais la vérité. En conséquence, il m'est venu dans l'esprit' de te défier en combat singulier, et ayant appris que tu avais vaillamment offert au baron Wilbold de conjurer l'esprit qui revient dans son château, j'ai obtenu de cet esprit, qui est de mes amis intimes, de me laisser prendre sa place cette nuit. Si tu es vainqueur, l'esprit par ma voix s'engage à abandonner le château et à ne plus reparaître; si tu es vaincu, tu avoueras franchement ta défaite, et tu céderas la place au chevalier Torald, que je n'aurai sans doute pas grand'peine à vaincre, car je ne l'ai jamais entendu se vanter d'avoir pourfendu personne. En conséquence, et comme je ne doute pas que tu n'acceptes le défi, voici mon gant. »
Et, à ces mots, le roi des nains jeta fièrement son gant aux pieds du chevalier.
Pendant que le roi des nains faisait son discours d'une
petite voix claire, le chevalier Hans l'avait regardé attenti-
vement, et s'étant assuré qu'il n'avait guère plus de six pouces et demi de haut, il commençait à se rassurer, car un pareil adversaire ne lui paraissait pas fort à craindre ; il ramassa donc le gant avec une certaine confiance, et le mit sur le bout de son petit doigt pour l'examiner.
C'était un gant à la Crispin, taillé dans une peau de rat musqué, et sur lequel avaient été cousues avec une grande habileté de petites écailles d'acier.
Le roi des nains laissa Hans examiner le gant tout à son aise; puis, après un instant de silence : « Eh bien, chevalier, dit-il, j'attends la réponse. Acceptes-tu ou refuses-tu le défi ? »
Le chevalier Hans jeta de nouveau les yeux sur le champion qui se présentait pour le combattre et qui n'atteignait pas à la moitié de sa jambe, et, rassuré par sa petite taille : « Et à quoi nous battrons-nous, mon petit bonhomme? dit le chevalier.
— Nous nous battrons chacun avec nos armes, toi avec ton épée, et moi, dit-il, avec mon fouet.
— Comment ! vous avec votre fouet ?
— Oui, c'est mon arme ordinaire ; comme je suis petit, il faut que j'atteigne de loin . »
Hans éclata de rire.
« Et vous vous battrez contre moi, dit-il, avec votre fouet ?
— Sans doute. N'avez-vous pas entendu que je vous ai dit que c'était mon arme?
— Et vou> n'en prendrez pas d'antre ?
— Non.
— Vous vous y eng'ag-ezy
— Foi de chevalier et de roi.
— Alors, dit Hans, j'accepte le combat. »
Et il jeta h son tour son g-ant aux pieds du roi.
« C'est bien, dit le roi, qui lit un l)ond en arrière pour ne pas être écrasé. Sonnez, trompettes! »
En même temps, douze trompettes, qui étaient montés sur un ])etit tabouret, sonnèrent une fanfare belliqueuse.
pendant laquelle on apporta au roi des nains l'arme avec laquelle il devait combattre.
C'était un petit fouet dont le manche était formé d'une seule émeraude. Au bout de ce manche s'attachaient cinq chaînes d'acier long'ues de trois pieds, au bout desquelles l)rillnient des diamants de la g-rosseur d'un pois : sauf la valeur de la matière, l'arme du roi des nains ressemblait donc fort à un de ces martinets avec lesquels on bat les lia])its.
Le chevalier Hans, de son côté, plein de confiance dans Ra force, tira son épée.
« Quand vous voudrez! dit le roi au chevalier.
— A vos ordres, sire, * dit Hans.
Aussitôt les trompettes firent entendre un air plus g'uerrier encore que le premier, et le combat commença.
Mais aux premiers coups qu'il reçut, le chevalier comprit qu'il avait eu tort de mépriser l'arme de son adversaire. Tout couvert d'une cuirasse qu'il était, il ressentait les coups de fouet comme s'il eût été nu, car partout où frnppaientles cinq diamants, ils enfonçaient le fer comme ils eussent fait d'une pâte molle. Hans, au lieu de se défendre, se mit donc à crier, à hurler, à courir autour de la chambre, à sauter sur les meubles et à monter sur le lit, poursuivi de tous côtés par le fouet de l'implacîable roi des nains, tandis que l'air 1,*)^ [ guerrier que sonnaient les trompettes , s'appropriant à la circonstance, avait chang"é de mesure et de caractère pour de venir un galop.
C'est ce même galop, mes chers enfants, que notre grand
i!!|iI'":M ' i:'',,i;!Ii,i"iii'i'!ivJl ^
musicien Auber a retrouvé et a placé, sans rien dire, dans le cinquième acte de (histate.
Après cinq minutes de cet exercice, le chevalier Hans tomba à genoux et demanda grâce.
Alors le roi des nains remit le fouet aux mains de son écuver, et prenant son sceptre :
« Chevalier Hans, lui dit-il, tu n'es qu'une véritable femme ; ce n'est donc point une épée et un poig'nard qui te conviennent, c'est une quenouille et un fuseau. »
Et, à ces mots, il le toucha de son sceptre. Hans sentit qu'il se faisait un grand changement sur sa personne ; les nains éclatèrent de rire , et tout disparut comme une vision.
Le chevalier à la quenonllle.
Hans reg-arda d'abord autour de lui, il était seul.
Alors il reg-arda sur lui, et son étonnement fut g-raud.
Il était vêtu en vieille femme : sa cuirasse était devenue un jupon de molleton à raies; son casque, une cornette; son épée, une quenouille; et son poig"nard, un fuseau.
Vous comprenez, mes chers enfants, que, comme sous ce nouveau costume le chevalier Haus avait conservé sa barbe et ses moustaches, le chevalier Hans était fort g-rote-sque et fort Inid.
Lorsqu'il se vit accoutré ainsi , le chevalier Hans fit une grimace qui le rendit plus grotesque et s. plus laid encore; mais il lui vint dans l'idée de se déshabiller et de se mettre au lit , de cette façon il ne resterait aucune trace de ce qui s'était passé. Il posa donc sa quenouille sur le fauteuil, et voulut se mettre à dénouer sa cornette ; mais aussitôt la quenouille s'élança du fauteuil oii elle était placée, et lui donna de si bons coups sur les doigts, qu'il fut obligé de faire face à ce nouvel adversaire.
Hans voulut d'abord se défendre; mais la quenouille
s'escrima si bien, qu'il fut obligé, nu bout d'un instant, de
fourrer ses mains dans ses poches.
Alors la quenouille reprit tranquillement sa place à son côté, et le chevalier Hans eut un moment de répit.
Il en profita pour examiner son ennemi. C'était une honnête quenouille , ressemblant à toutes les quenouilles de la terre, si ce n'est que, plus élégante que les autres, elle était terminée à son extrémité supérieure par une petite tète g-rimaçante et moqueuse, qui semblait lirer la langue au chevalier.
Le chevalier fit semblant de sourire à la quenouille, tout en se rapprochant de la cheminée, et, prenant son temps, il saisit la quenouille par le milieu du corps et la jeta au feu.
Mais la quenouille ne fut pas plutôt dans le foj'er, qu'elle
se redressa toute en tlamme, et se mit à courir après le
chevalier, qui, cette fois, fut non-seulement battu, mais
encore allait être iDrûlé, lorsqu'il demanda grâce.
Aussitôt la flamme s'éteig-nit, et la quenouille se replaça modestement à sa ceinture.
La situation était grave, le jour commençait à paraître, et le baron Wilbold, le chevalier Torald et les autres ne pouvaient tarder à venir. Hans ruminait dans son esprit comment il pourrait se débarrasser de la quenouille maudite, lorsque l'idée lui vint de la jeter par la fenêtre.
Il s'approcha donc de la croisée tout en chantonnant, pour ne donner aucun soupçon à la quenouille, et l'ayant
ouverte comme pour reg^arder le paysag'e et respirer l'air frais du matin, il saisit tout à coup son étrange adversaire, le jeta dans le précipice et referma la fenêtre ; tout à coup il entendit le bruit d'une vitre cassée, et se retourna vers la seconde croisée; la quenouille, précipitée par une fenêtre, était rentrée par l'autre.
Mais cette fois la quenouille, qui deux fois avait été prise en traître, était furieuse ; elle tomba sur Hans, et à j^rands coups de tête elle lui meurtrit tout le corps. Hans poussait de véritables hurlements.
Enfin, Hans étant tombé anéanti d^ns le fauteuil, la quenouille eut pitié de lui, et revint se replacer à sa ceinture.
Alors Hans pensa qu'il désarmerait peut-être la colère de son ennemie en faisant quelque chose pour elle, et il se mit à filer.
La quenouille aussitôt parut fort satisfaite ; sa petite tête s'anima, elle cligna des yeux de plaisir, et elle se mit de son côté à murmurer une petite chanson.
En ce moment Hans entendit du bruit dans le corridor et voulut cesser de filer; mais ce n'était pas l'affaire de la quenouille, qui lui donna de tels coups sur les doig"ts, que force lui fut de continuer sa besog^ne.
Cependant les pas se rapprochaient et s'arrêtaient devant
la porte ; Hans était furieux d'être surpris sous un pareil
r-ostume et dans une pareille occupation, mais il n'y avait
l)as moyen de faire autrement.
Au bout d'un instant, en effet, la porte s'ouvrit, et le haron Wilbold, le chevalier Torald, et les trois ou quatre autres personnes qui les accompag"naient, restèrent stupéfaits du sing'ulier spectacle qu'ils avaient sous les yeux.
Hans, qu'ils avaient quitté vêtu d'une armure de chevalier, était liabillé on vieille femme avec une quenouille et un fuseau.
Les nouveaux arrivants éclatèrent de rire. Hans ne savait où se fourrer.
« Pardieu ! dit le baron Wilbold , il paraît (jue les esprits (jui t'ont apparu avaient l'esprit jovial, camarade Hans, et tu vas nous raconter ce qui t'est arrivé.
— Voilà ce que c'est, répondit Hans qui espérait s'en tirer à l'aide d'une g'asconnade, voilà ce que c'est; c'est un pari. «
Mais à ce moment la quenouille, qui voyait qu'il allait mentir, lui donna un si violent coup sur les ong-les, qu'il poussa un cri.
« Quenouille maudite ! » murmura-t-il ; puis il reprit :
« C'est un pari que j'ai fait ; pensant que comme le revenant était une femme, il était inutile de l'attendre avec d'autres armes qu'une quenouille et un fuseau. «
Mais en ce moment, malgré le reg'ard suppliantque Hans jetait à la quenouille, celle-ci se rebiflfa et recommença à lui taper sur les ong-les de telle façon, que Wilbold lui dit:
« Tiens, camarade Hans, je vois que tu mens, et que voilà pourquoi la quenouille te bat. Disnous la vérité, et la quenouille te laissera tranquille. »
Et, comme si elle avait compris ce que venait de dire le baron, la quenouille lui fit une grande révérence accompagnée d'un signe de tête qui voulait dire, qu'il était dans la vérité. /.'
Force fut donc à Hans de raconter ce qui s'était passé
dans tous ses détails. Il voulait bien, de temps en temps encore, s'écarter de la vérité et broder quelque épisode en faveur de son courage; mais alors la quenouille, qui se tenait tranquille tant qu'il ne mentait pas, lui tombait dessus dès qu'il mentait, et cela de telle façon, qu'il était obligé de rentrer à l'instant même dans le sentier de la vérité dont il s'était momentanément écarté.
Le récit achevé d'un bout jusqu'à l'autre, la quenouille tit une révérence moqueuse àHans et un salut parfaitement poli au reste de la société et s'en alla par la porte, en sautillant sur sa queue, et emmenant son fuseau qui la suivait comme un enfant suit sa mère.
Quant au chevalier Hans, lorsqu'il fut bien certain que la quenouille s'était éloignée, il s'enfuit par la même porte
et alla, au milieu des huées de tous les polissons qui le prenaient pour un masque, se cacher dans son château .
l.e trésor.
La nuit suivante, c'était au chevalier Torald de veiller; mais celui-ci se prépara à cette entreprise nocturne avec autant d'humilité et de recueillement que Hans avait mis de fanfaronnade et de lég-èreté.
Comme le chevalier Hans, il fut conduit, enfermé et scellé dans la chambre ; mais il n'avait voulu prendre aucune arme , disant que contre les esprits toute résistance
humaine était inutile, les esprits venant de Dieu.
Donc aussitôt qu'il fut seul , il fit dévotement sa prière , et attendit assis dans le fauteuil que l'esprit voulût bien lui apparaître.
Il attendait depuis quelques
heures ainsi les yeux fixés vers
la porte et sans qu'il vît rien d'extraordinaire, lorsque tout
à coup, derrière lui, il entendit un lég-er bruit et sentit
qu'on lui touchait légèrement l'épaule.
Il se retourna : c'était l'ombre de la comtesse Berthe.
Mais loin que le jeune homme parût effrayé, il lui sourit comme à une ancienne amie.
« Torald, lui dit-elle, tu es devenu ce que j'espérais, c'est-à-dire un bon, un brave, un pieux jeune homme; sois donc récompensé comme tu le mérites. »
Et à ces mots, lui faisant signe de la suivre, elle s'avança du côté de la muraille, et l'ayant touchée du doig't, la muraille s'ouvrit et découvrit un grand trésor que le comte Osmond avait autrefois caché là, lorsqu'il avait été forcé par la guerre de quitter le château.
« Ce trésor est à toi, mon fils, dit la comtesse ; et pour qu'on ne te le conteste pas, personne que toi ne pourra ouvrir la muraille , et le mot avec lequel tu l'ouvriras est le nom de ta bien-aimée Hilda. »
Et, à ces mots, la muraille se referma si hermétiquement, qu'il était impossible d'en voir la soudure.
Après quoi, l'ombre ayant adressé au chevalier un dernier sourire et un gracieux signe de tête, elle disparut comme une vapeur qui se serait évanouie.
Le lendemain "Wilbold et ses compagnons entrèrent dans la chambre, et trouvèrent le chevalier Torald paisiblement endormi dans le grand fauteuil.
Le baron réveilla le jeune homme , qui ouvrit les yeux en souriant.
« Ami Torald, dit Wilbokl, jai fait un rêve cette nuit.
— Lequel ? demanda Torald.
— J'ai rêvé que tu ne t'appelais point Torald, mais Hermann; que tu étais le petit-fils du comte Osmond, qu'on t'avait cru mort, quoique tu ne le fusses pas, et que ta ^Tand'mère Berthe t'était apparue cette nuit pour te déco u v rir un trésor. »
Torald comprit que ce rêve était une révélation du ciel pour que le baron Wilbold de Einsenfeld ne conservât aucun doute.
Il se leva donc sans rien répondre, et, faisant à son tour si«rne au baron de le suivre, il s'arrêta devant la muraille.
« Votre rêve ne vous a point trompé, messire Wilbold : je suis bien cet Hermann que l'on a cru mort. Ma graud'raère Berthe m'est bien apparue cette nuit, et m'a
effectivement découvert le trésor ; et la preuve , la voilà. »
Et à ces mots , Hermann , car c'était effectivement le pauvre enfant que la comtesse Berthe avait repris dans son tombeau, et confié au roi des Nains, Hermann prononça le nom de Hilda, et, comme l'avait promis le fantôme, la muraille s'ouvrit.
Wilbold resta ébloui à la vue de ce trésor qui se compo-
sait non-seulement d'or monnayé, mais encore de rubis, d'émeraudes et de diamants .
« Allons, diWl, cousin Hermann, je vois bien que tu as dit la vérité. Le château de Wittsg'aw et ma fille Hilda sont à toi, mais à une condition.
— Laquelle? demanda Hermann avec anxiété.
— C'est que tu te chargeras, tous les 1" de mai, de donner aux paysans de Rosemberg* et des environs la bouillie de la comtesse Berthe. »
Hermann accepta, comme on le comprend bien, la condition avec reconnaissance.
Conclusion
Huit jours après, Hermann de Rosemberg- épousa Hilda de Einsenfeld ; et, tant que le château resta debout, ses descendants donnèrent g-énéreusement et sans interruption , tous les ans au 1" mai, aux habitants de Roseniberfr et des environs, la bouillie de la comtesse Berthe.