‹ Neuvième lettre à l'Hon. L.A. Dessaules [microforme]Chapitre 4 sur 4 · TT · texte numérisé non relu

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ciées par la presse canadienne. Les uns les considéraient comsme un désavou du programme ; les autres leur donnaient une portée moins sévère. La Comédie discuta cette divergence d'opinion. Après avoir tout pesé, elle prononça le jugement que voici: Par ces lettres, NN. SS,. les évêques ont simplement voudu fuire remarquer que le programme venait des laïques et que, selon son habitude l'Eglise n'avait pas cru nécessaire d'intervenir directement par ses ministres dans une question politique

Un démon se dit l'inspirateur de ces lettres d’évêques, mais les autres lui prouvent qu'il ne l’est point et le forcent même de convenir qu'il ne s’en est servi qu’à cause de l'interprétation fausse donnée par certaines personnes à ces documents épisoopaux.

Prouver que le diable n’est pour rien dans les actes de trois évêques, est-ce donc affirmer qu'ils cèdent trop facilement à certaines suggestions qui leur viennent en droite ligne de l’empire des ténèbres et des grincements de dents ? Quand l'Evangile rappelle la tentation du désert, celle du temple et de la montagne, accuse-t-il donc Notre Seigneur Jésus-Christ d'avoir cédé à l'esprit des ténèbres ? Assurément non ! Eh bien, la Comédie Infernale, qui, après avoir parlé de la tentation des évêques par le diable, fait confesser à l’esprit du mal sa défuite dans cette eirconstance, est-elle donc si repréhensible ?

Véritablement, monsieur, vous n'êtes pas heureux dans vos assertions. Toujours vous êtes en dehors du juste et du vrai. On dirait que la fatalité s'attache à votre plume et prend plaisir à la fourvoyer. Aucune de vos affirmations ne se soutient, Toutes sont évidemment contraires aux faits. Je m'en afllige pour vous, car ce défaut,'à force de se répéter, finira par ternir la belle réputation d’honnêteté qui devrait être une des plus pures gloires d'un homme de votre mérite.

Plus loin, vous vous étonnez que l’auteur de la Comédie ait posé ce principe: plus on est saint et plus on est tenté. «Dans « cet intelligent système, ajoutez-vous, c'est clairement le plus « saint qui devrait faire la plus terrible chûte ! !» Vous avez peut-être des raisons de croire que plus on est tenté, et plus on

succombe ; ce qui justifierait votre intelligent système. Cependant, il n’en est rien, du moins dans la vie des saints, ni même dans celle des saints hommes. Personne n’est tenu de céder à la tentation, la sainteté exige même qu’on y résiste de toutes ses forces ; d'un autre côté, le diable, ennemi mortel de la vertu, livre des assauts terribles aux serviteurs de Dieu. C’est ainsi que le grand St. Antoine fut obscédé toute sa vie par les tentations les plus fortes et les plus fréquentes. |

Tel est le systême chrétien, le seul et vrai systême. Pour l'avoir oublié, vous êtes tombé dans une erreur déplorable. Vous avez prouvé une fois de plus que le préjugé, le besoin de trouver les ultramontains en défaut, influe tellement snr votre intelligence qu'elle est souvent, malgré sa force, dans l'impuissance absolue de tirer une conséquence exacte des principes les plus simples.

Une autre chose parait vous avoir sérieusement étonné. Mer. de Montréal aurait fait des louanges aux messieurs du Sémitaire qui combattaient son autorité. D'abord vous n'avez pas pris la peine de coustater si l’époque de ces compliments ne correspondait point à ces moments de répit dont parle la Comédie et pendant lesquels Mgr. de Montréal et le séminaire n'avaient entr’eux aucun démêlé. Cette particularité, vous le comprenez, était de nature à restreindre beaucoup votre étonnement.

Puis, en supposant même que ces compliments fussent venus dans le plus fort de la mêlée, il serait bon de savoir à quelle occasion Mgr. de Montréal les adressait. Non-seulement, il ne faut pas être injuste, mais il faut être juste envers ses adversaires. Si en même temps qu'ils s’opposaient au démembrement, les sulpiciens pratiquaient des vertus sacerdotales et privées, telles que la mortification, la tempérance dans le boire et dans le manger, la douceur, la chasteté, etc., ne devait-on pas le reconnaftre? Ferez-vous un crime à Mgr. de Montréal d’avoir loué ce qu'il y avait de louable dans ses adversaires? La noblesse de caractère et la grandeur d’âm: ne lui commandaient-elles pas cette conduite généreuse ?

. Mgr. de Montréal a appelé les messieurs du Séminaire « ses illustres et bien-aimés coopérateurs dans !» Saint ministère.»

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En quoi ces titres étaient-ils donc mensongers ? Par son opposition à son évêque, plus encore que par ses vertus, St: Sulpice de Montréal n’a-t-il pas conquis une célébrité, une illustration remarquable ? Et ce précepte évangelique qui commande d'aimer tout le monde, même ceux de qui on a quelque chose à souffrir, ne permettait-il pas à Mgr. de Montréal de bien aimer les sulpiciens ?

Je me demande, monsieur, ce que vous auriez dit de Mgr. de Montréal, si, ayant toujours présents à l'esprit les torts du Sémipaire, il n'avait jamais rien dit à la louange de cette institution. Vous auriez crié à l'injustice, à la rancune, à quelque chose de pire encore. « Quoi! eussiez-vous dit, parce que cette maison a «cru devoir résister à certains actes de l’ordinaire, on a tout « oublié ! On n’a plus voulu voir que la résistance du Séminaire «et on a compté pour rien certains services rendus et certaines « vertus indéniables! Les ecclésiastiques seuls sont capables d’une « pareille injustice.»

Vous le voyez, monsieur, je n’ai pas eu tort de vous dénoncer le préjugé. Il vous.aveugle au point de vous faire reprocher, comme un acte indigne, à un vénérable vieillard, la noblesse qui l’a engagé à ne jamais perdre l’occasion de reconnaitre hautement le bien qu’il pouvait saisir chez ses adverstires et à leur en donner tout le mérite.

Maintenant que j'ai, par ces quelques réflexions, dessillé vos yeux, j'ai la certitude que vous aurez une mortelle honte d’avoir ainsi parlé. Votre bon cœur, délivré de ses préventions, ne vous laissera de repos que lorsque votre plume aura créé une de ses pages charmantes, comme vous en avez fait cinquante dans votre Grande Guerre Ecclésiastique où, sans avoir l'air d'y songer, vous démolissez, en moins de trois traits, toute une kyrielle d'accusations fausses et d’assertions mal calculées.

Dans un certain passage de votre grande guerre ecclésiastique, vous insinuez, monsieur, à l'adresse de Mgr. de Montréal, le reproche d’avoir maladroïtement donné, dans sa propre maison, dans son palais épiscopal, l'hospitalité à l’ex-Instituteur Villeneuve, devenu elerc-tonsuré de la sainte Eglise Romaine.

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Je ne sais pas expliquer ici votre pensée. À vous en croire, l'auteur dela Comédie était un homme à jamais compromis et qui méritait tous les mépris. (C'était un grand crime, ou au moins une grande faute, de l’admettre dans le sanctuaire, Où voulies-vous donc que Mgr. de Montréal logeñt ce grand coupeble? Au grand séminaire, séjour commun de tous les ecclésiastiques? Sa Grandeur pouvait-elle raisonnablement inviter les messieurs du séminaire à recevoir l'Illuminé dans leur institu-

. tion? Pouvait-elle plus raisonnablement imposer ce prétendu

compromis, ce fameux libelliste, pour parler votre langage, à une autre maison ?

Remarquez-le, monsieur, je parle à votre point de vue. Je prends l’auteur de la Comédie pour ce que vous le donnez, et je dis: Cet homme étant ce que vous le dites, Mgr. de Montréal, après avoir commis l’énormité de le tonsurer, ne pouvait, ne devait le placer dans aucune autre maison que dans la sienne. Sans le préjugé dont vous êtes la triste victime, vous n’aurier point, tout en conservant, de l’auteur de la Comédie, l'idée que vous en avez, reproché à Mgr. de Montréal de l'avoir placé dans sa maison, An contraire, livré à la noblesse naturelle de votre caractère, vous auriez loué Sa Grandeur d’avoir eu la délicatesse de se charger seul du soin d’héberger l'Illuminé. Les adver-

saires de la Comédie ont blâmé Sa Grandeur d’avoir reçu chez

Elle M. Villeneuve. Qu'auraient-ils donc dit, si Sa Grandeur avait placé ce monsieur au grand séminaire ou ailleurs? Voici: . « Quoi, Monseigneur ne s’est point contenté de donner la soutane à cet être! Voilk que maintenant cet évêque impose ce sujet compromis à telle maison i Mais c’est incompréhensible ! » Et de fait, si M. Villeneuve eut été aussi criminel que les adversaires de son œuvre le prétendaient, Sa Grandeur Mgr. de Montréal, lui ayant donné l’habit ecclésiastique, était honorablement tenue à garder chez Elle et pour Elle seule ce grand coupable. L’honneur, la noblesse, la délicatesse, tous les sentiments honorables lui en faisaient une stricte obligation. Mais M. Villeneuve n'était ni compromis, ni flétri, et si BEvêque l’a hébergé dans son palais épiscopal, ce n'est pas poux

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les raisons que je viens de mentionner, et qui n’ont trouvé place sous ma plume que pour vous faire toucher du doigt, l’inconséquence de vos assertions.

D'abord l’auteur de la Comédie étant encore laïque, avait fait ses études théologiques. Le voisinage des R.R. P.P. Oblats lui avait prodigieusement facilité cette tâche. Il arrivait donc dans l’état ecclésiastique suffisamment préparé sous le rapport de la science. Il n’y avait nul besoin de le condamner à suivre des cours de théologie dans une institution ad-hoc. Ce qu'il importait, c'était de lui permettre de se préparer à recevoir dignement les saints ordres. Or, l'évêché était assurément un séjour parfaitement convenable à cette fin. D'ailleurs, M. Villeneuve, qui ne pouvait passer toute la journée en prières et en exercices de piété, avait demandé d'employer ses loisirs à la continuation d’un ouvrage, entrepris pour la plus grande gloire de Dieu. Les documents dont il avait besoin se trouvaient à l'évêché de Montréal. Rien n’était plus naturel que de lui donner une chambre dans cette maison où il pourrait travailler commodément et se former, sous les yeux de son évêque, à la vie ecclésiastique.

Mgr. de Montréal ne voyant rien d’extraordivaire daus l’auteur de la Comédie, voulut le traiter comme le commun des mortels. Il prit son homme en dehors de toute idée de Comédie, et il le dirigea de la façon la-plus naturelle possible, comme il aurait dirigé tout autre homme qui se fut trouvé dans les mêmes conditions d'âge, de connaissances et d'habitude laborieuse. Agir autrement eut été singulier et eut prêté le flanc à une juste critique. Ce qui n'entre pas dans la manière d'agir de ce vénérable prélat.

Vous le voyez, monsieur, quand on envisage les choses avec calme, quand on en parle en toute modération et en toute vérité, on arrive à des conclusions raisonnables. On trouve des solutions satisfaisantes, des questions et des faits que le préjugé a le plus défigurés.

Je vous engage donc, de tout cœur, et pour la centième fois, à vous mettre en garde contre vos préventions anti-ultramon-

taines, Jusqu'ici elles ne vous ont joué que de mauvais tours, en vous engageant dans une série d’'assertions et d’affirmations injustifiables.

Le pire, c'est que vous parlez avec un ton de certitude, qui contraste étrangement avec le manque de vérité dont vos écrits souffrent si profondément! Avec une grande bonne foi, vous portez mille jugements faux, vous énoncez mille propositions erronées, vous citez mille faits inventés, défigurés ou controuvés, vous formulez mille accusations qui ne se soutiennent pas, et vous tirez des conséquences que rien ne justifie.

Et puis, c'est à l’aide de toutes ces faiblesses et de tous ces égarements que vous prenez, sans vous en douter, la position d'un homme qui a des droits imprescriptibles à éteindre le vieux flambeau de foi chrétienne, dont la lumière à jusqu'ici suffit au monde, à ses besoins réels et à ses aspirations généreuses! A vous en croire, les sociétés ont toujours vécu daux la stupidité de l'esprit, et dans l’abaissement de la pensée ex du caractère ! Elles se sont laissées gouverner par un esprit religieux étroit qu’il est grandement temps d'étouffer, si on ne veut pas déchoir misérablement et périr à jamais !

Avant vous, en Canada, il ne s’est pas rencontré un esprit assez éclairé, une âme assez fermr, un courage assez trempé pour lutter contre l'esprit du mal personnifié dans le clergé, et dans cette école ultramontaine qui est la quintescence des doctrines romaines !

Mais vous êtes venu à temps et les choses vont changer ; du moins la lumière va se faire, car vous allez parler et vous allez révéler au pays des choses qu'il ignore, et qu'il ignorerait éternellement sans vous, puisqu'elles n'existent que dans votre grande guerre ecclésiastique !

« Eh bien, dites-vous, dans les premières pages de votre pam- « phlet, je ne suis pas de ceux qui restent muets devant l’injusti- «ce; qui laissent au fanatisme ses coudées franches ; qui bais- «sent la tête quoiqu'ayant raison parce que c’est un prêtre qui « parle ; qui laissent l'ignorance hautaine se pavaner dans la pres- « se sans oser la démasquer. J'ai attendu qu'une occasion favora-

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« ble se présentât, et quand j'ai vu les irréprochables pris aux che- « veux, je me suis dit: « Montrons donc un peu ce que sont ces « hommes qui veulent tout contrôler hors de leur sphère légitime, « et qui se contrôlent si peu eux-mêmes derrière les grilles de leurs « maisons ! Montrons un peu ce qu'est ce parti ultramontain qui « n’a que la domination pour but et l’anathème pour moyen; qui «prétend n'être mu que par l'instinct de la charité, et qui semble « n'obéir jamais qu'aux inspirations de l'orgueil ; qui enfin parle « sur tous les tons de mansuétude apostolique et qui la pratique «en montrant à tout le monde les dents de l'intolérance et du fa. « natisme ! !

« En présence de l’ultramontanisme s’affirmant avec arrogance, « j'ai cru qu’il était bon de réclamer énergiquement pour le libé- « ralisme la place qui lui appartient au soleil, Le droit ne doit « pas reculer devant l’usurpation. »

Comprenez-vous, monsieur, que de telles prétentions, affichées en tête d’un pamphlet pétri de faussetés, d'erreurs, de jugements et de raisonnements boiteux, sont du «plus haut comique » et qu’elles sont propres à discréditer à jamais celui qui en est l'auteur ?

Ne serait-ce point là aussi votre sort, si vous n’aviez pour excuse l’étonnante bonne foi que je vous connais et que je me plais à vous attribuer.

Oui ! malgré tout, monsieur, j'ose me flatter de cette espérance, Peu à peu les préjugés de votre esprit tomberont. La lumière finira par se faire complètement dans votre intelligence. Alors, livré à votre bon naturel et à votre grande honnêteté, vous demanderez courageusement pardon « au public éclairé » de lui avoir servi des écrits mensongers et faux, Vous lui expliquerez comment vous avez été fourvoyé et amené à vous faire l’apôtre innocent de l'erreur et du mal. Ceux qui auraient pu vous en vouloir, vous pardonneront, et vous porteront une belle estime,

N'est-ce pas que vous serez alors heureux et fier d'avoir rencontré, un jour, dans votre vie, en ma pauvre et chétive personne, un Homme d’une intelligence et d’un talent bien ordinaires, il est vrai, mais décidément franc et honnête, et capable au besoin

de répéter, répéter et répéter mille fois le même refrain, jusqu'à ce qu'il ait la certitude d’avoir enfin produit la conviction chez son adversaire,

Mais revenons à la Comédie Infernale,

Je vous ai fait entrevoir que tout ce que vous dites de cette œuvre, est injuste et au moins d’une exagération démesurée, Je vous ai montré combien peu vous étiez autorisé à reprocher à Mgr. de Montréal de n’avoir pas condamné publiquement cette œuvre et d’avoir admis l’auteur dans l’état ecclésiastique.

Il se trouve que l’auteur de la Comédie, n'étant ni un menteur ni un imposteur ; que cet homme ayant fait un livre que le plus haut tribunal de l'Eglise n’a pu mettre à l’Index, malgré les sollicitations qui lui en ont été faites, que l’Ex-Instituteur Villeneuve étant reconnu pour un homme parfaitement honorable et bon chrétien, aucun évêque ne pouvait prétexter la Comédie pour lui fermer la porte du sanctuaire ou pour lui infliger la mcindre flétrissure publique. Qu'ainsi Mgr. de Montréal s’est conduit dans toute cette affaire de la Comédie, comme devait se conduire tout homme juste et censé,

Le St. Siége a pour ainsi dire assumé toute la responsabilité de la conduite de l'Evêque de Montréal en cette affaire. En effet, si Mgr. de Montréal n’a point frappé la Comédie Infernale, le St. Siége de son côté, après avoir fait examiner ce livre par une congrégation romaine, ne l’a point mis à l’Index, tombeau naturel des livres condamnés. Si Mgr. de Montréal n’a point refusé à l’auteur accès dans le sanctuaire, le St. Siége n’a jamais eu de son côté, l’idée d'empêcher ce même auteur d'avancer dans les ordres.

Quand la conduite d’un évêque est sanctionnée par celle du St. Siéje, on ne peut rien désirer de mieux. Pour les catholiques, ils ont la plus haute estime, le plus profond respect pour tout ce qui s’harmonise avec Rome. Ils n'attendent qu’une chose de leurs évêques, c'est qu'ils agissent en tout comme on

agit à Rome.

Les libres penseurs, les libéraux, les gallicans peuvent bien se permettre de porter du mérite religieux d’un livre, un autre

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Je ne veux pas terminer cette longue lettre sans vous rapporter le jugement que l’auteur de la Comédie porte lui-même de son œuvre, aujourd'hui qu'il lui a été donné de recueillir la critique ennemie et amie.

Vous avez pu voir que je suis au fait de tout'ce qui le concerne. La vérité est que je suis tellement intime avec ce monsieur, que je ne sache pas que l'intimité puisse être jamais plus profonde. Il n’a pas de secret pour moi, et je n’en ai pas pour lui. Et comment en serait il autrement ? Les rapports quotidiens que nous avons ensemble, nous ont depuis longtemps révélé que nous vivions dans la plus parfaite communauté de pensées, d’affections, de sentiments et de vues qu'il soit possible de reneontrer.

Même en ce qui touche à la Comédie, nous avons, du moins présentement, une manière identique de voir et de juger. Aussi, en vous transcrivant la pensée de M. Villeneuve sur son œuvre, je sens que je vous découvre, en même temps, mon propre sentiment touchant la Comédie Infernale.

Toutefois, je dois vous en prévenir tout d’abord, je ne viens pas vous révéler ici une confession confiée à l'intimité. Non! Ce que je vais vous rapporter, c'est bien la pensée intime de M. Villeneuve, mais c'est aussi ce que ce monsieur ne craint pas de dire tout haut, à ceux qu'il juge capables d'entendre et surtout de comprendre la voix de l'honnêteté, de la franchise et de l'honneur.

L'été dernier, M. Villeneuve se trouvait dans une société nombreuse de membres du clergé. Je m'y trouvais aussi. La conversation tomba sur la Comédie Infernale. Nécessairement tout le monde n'était pas d'accord, si ce n'est sur l'impossibilité de flétrir par une condamnation publique l'œuvre en question. Les uns blâmaient la forme, les autres le fond ; ceux-ci trouvaient que cette œuvre était inopportune, ceux-là qu'elle révélait des choses qu'il aurait fallu tenir dans l'ombre. D'autres, et

æ’était le plus grand nombre, approuvaient et la forme et le fond et proclamaient hautement que cette œuvre ne pouvait faire que du bien.

L'auteur écoutait tout et se taisait. Un prêtre vénérable, plus encore par ses vertus et ses talents que par son âge, voyant que la discussion se prolongeait et menaçait de devenir un peu vive, s’adressa à l’Illuminé et lui demanda ce qu’il pensait de tout ce qu'il venait d'entendre. Il va sans dire que ce bon vieillard connaissait déjà la pensée intime de l’auteur, et qu'il le savait incapable de la dissimuler.

Voici quelle fut à peu près la réponse de M. Villeneuve :

« Dans la Comédie Infernale, ditil, j'ai parlé des questions « brûlantes qui nous divisent. (C'était mon droit: ces débats « étant publics : je n’ai fait que traiter une question histori- « que.

«J'ai enseigné une doctrine parfaitement orthodoxe,

«Je n'ai rien avancé à l'aventure. J'ai appuyé toutes mes

assertions d’écrits authentiques ct très-respectables.

«J'ai fait intervenir l'enfer. En cela, j'ai profité de la foi « catholique qui enseigne que le démon est l’auteur de toute que-

relle et de toute division scandaleuses.

« Tout ce que j'ai écrit, Je pouvais l'écrire. Voilà pourquoi « mon œuvre n’a pas été et ne sera jamais publiquement con- « damnée.

« Mais, j'ai manqué de tact. Mon œuvre a une forme per- « mise, mais malhabile. Elle est trop blessante pour ceux que « j'ai combattus, elle les choque et empêche ainsi la lumière de « se faire dans leur esprit. Je devais éviter ce premier écueil. « Je ne l'ai point fait. J'ai eu tort.

« Ensuite, bien qu’il soit très-vrai de dire que le diable est « l'inspirateur du libéralisme et du gallicanisme, j'ai, en mettant « les démons en scène, fourni à mes adversaires l’occasion de sou- « lever le préjugé, et d'empêcher ainsi beaucoup de gens de me «lire. Je devais éviter ce second écueil. Je ne l'ai point fait. 4 J'ai eu tort.

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«Ilest vrai que la Comédie Infernale a eu un écoulement extraordinaire ; mais je demeure convaincu que mon écrit eut fait, sous forme de mémoire, un bien encore plus grand et plus considérable.

« De plus, en deux ou trois passages, j'ai cédé à la tentation de faire de l'esprit, et maintenant que cet esprit est fait, je vois qu'il ne vaut pas l'ancre qu’il coûte. C’est ainsi que j'ai changé l'eau bénîte en eau minérale. C'est ainsi que j'ai organisé, dans le sombre asile des très-passés, une procession où l'on chante l'hymne des Saint Innnocents. C’est ainsi, enfin, que je fais prendre aux démons des exercices gymnastiques par trop

« triviaux.

« Telle est la partie faible, le côté vulnérable de mon œuvre. Je le comprends maintenant que j'ai reçu de mes supérieurs et de mes amis, les conseils de la sagesse et de la prudence, «Je n'ai point été mis à l’Index, ni condamné par mon évéque, parceque les défauts de mon œuvre n'auraient point justifié une telle condamnation. Mais on m'a dit ce qu'il fallait me dire.

«J'ai toujours été, je serai toujours, avec la grâce de Dieu, capable de recevoir un conseil et d'en profiter. A l'avenir, je m'eflorcerai d'éviter les dangers que je n'ai pas su vaincre dans la Comédie Znfernale.

« Si mes supérieurs ecclésiastiques avaient'condamné publiquerent mon livre, je l'aurais désavoué. Ils ne l'ont point fait: je ne le réprouve pas. Tel qu'il est, avec les défauts que je vicns de lui reconnaître, je le crois capable de faire du bien et je ne regrette pas de l'avoir mis au jour. Ce fils de mes labeur: aurait pu être plus adroit, plus gentil, plus aimable et moins «provoquant. Mais, voyez la force du sentiment de la pater- «nité, tel qu'il est, je puis encore lui reconnaître du bon. »

Ainsi parla l’auteur de la Comédie. Et la discussion fut close. Mais la Comédie Infernale, assuraît-on, n'y avait rien perdu. Que vous en semble-t-il, monsieur ?

Je vous le demande maintenant, voulant vous accuser d'avoir

une analyse incomplète, ai-je eu tort: d'en appeler à votre juge-

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ment sur cette pauvre Comédie Infernale? Assurément non ! Tout homme sensé le dira: La Comédie peut avoir des côtés faibles, déplorables mêmes, mais elle renferme des principes, des doctrines et un amour de la vérité historique qui fait que jamais un esprit équitable, sain et non préjugé ne pourra raisonnablement la ranger dans la triste catégorie des livres à mettre à | l’Index, ainsi qu'on l’a fait pour un certain aunuaire de l’Institut. | L'auteur de la Comédie pouvait avoir besoin de conseils et HI] d'une direstion sage et prudente ; il pouvait avoir manqué de 14 tact et d’habileté en donnant à son œuvre une forme rigoureuse- | ment permise, mais faite pour donner prise aux préventions et à | la critique; il pouvait avoir fait, en quelques passages de son œuvre, de l'esprit de mauvais goût, mais iln’en restait pas moins {| un honnête homme, un homme d’une conduite morale exemplaire. | Et ainsi, il n’était pas possible de prétexter sa Comédie Infernale pour lui refuser accès aux ordres.

Voilà, monsieur, le jugement, que, dans votre grand bon sen, vous eussiez infailliblement porté de la Comédie Infernale, si le préjugé vous avait permis d’embrasser tous les points de vues du mérite et du démérite de ce livre.

Je demeure, Monsieur,

Votre serviteur, BINAN,

Montréal, 3 Novembre, 1878.

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