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L'ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE DU XIII» AU XVP SIECLE

goûts somptueux. I^es murs^ des salles étaient tendus de tapisseries et les sièges couverts d'étoffes précieuses ; sur les dressoirs étincelait une nombreuse vaisselle d'or, d'argent et de vermeil ; partout brillaient les pièces les plus rares de l'orfèvrerie, de l'émaillerie et de la majolique. On voyait, entre autres, à côté d'aiguières richement ciselées , une coupe de cristal entourée de diamants, de rubis, de perles orientales et de nacre.

Près de là, « un chevalier au cygne », orné de diamants et de rubis, voguait dans un vaisseau de cristal et d'or. Plus loin, sur un étang bordé d'or et de perles flottait un cygne de nacre. De toutes parts, dans le palais qu'Adam Billaut appelle « la demeure des dieux », c'était un scintillement d'œuvres d'art, de joj^aux et de pierreries.

Au nord-est, sur l'emplacement du théâtre et de l'école voisine, s'étendaient les communs et une maison de plaisance qu'on appelait « le Petit château » ou « I,a Gloriette ».

Ce petit château existait, sans doute, depuis longtemps, lorsqu'à la fin du xvi^ siècle I^ouis de Gonzague le fit reconstruire pour son fils Charles. Un mauvais dessin du P. Martellange, conservé au Cabinet des Estampes ; une fenêtre donnant dans la cour de l'école ; une tourelle carrée et un passage construit en encorbellement sur trompe, qui reliait autrefois les deux corps de bâtiments ; une série de carreaux , de plaques de revêtement et de briques creuses en majohque italienne (actuellement au musée de la ville), décorés des emblèmes de Clèves et Gonzague (les bâtons noueux enflammés, le chiffre de Charles I^^ le Mont Olympe, etc.) ou de cos-

Photo Neurdein.

.ancienne Chambre des Comptes, rue de l'Oratoire.

tûmes orientaux copiés sur les gravures qui illustrent les Navigations et Pérégrinations de Nicolas de Nicolay (publiées à I,yon en 1567) ; quelques traces à peine visibles des curieuses fresques citées, en 1612, par Zinzerling (Jodocus Sincerus) et qui devaient représenter « les Cris de Paris », c'est tout ce qu'il reste, aujourd'hui, du château de « Gloriette », qui a été détruit au début du xix^ siècle.

A l'origine, le Palais était entouré d'un mur crénelé ; la cour d'honneur avançait, au sud-est, à peu près jusqu'à l'extrémité du parterre actuel. En 1607, le duc Charles I'''' eut l'idée de dégager la façade. Il ordonna d'abattre toutes les maisons qui masquaient la vue magnifique du Val de Loire et remplaça le mui: crénelé par une grille, dont les sans-culottes devaient plus tard fabriquer des piques. I^a belle place ainsi formée prit le nom de Place ducale. C'est aujourd'hui la Place de la RépubHque. Les curieuses maisons à pignons découpés qui la bordent, des deux côtés, remontent au XYii" siècle. Une estampe d'Israël Silvestre montre que Charles I^r avait en tête un projet plus grandiose : il aurait voulu continuer cette place jusqu'au quai de Loire, où l'on aurait abouti par un escalier monumental dans le style de ceux des grandes villas italiennes. Les Nivernais peuvent regretter que ce splendide projet n'ait pas été réalisé.

Nous ne quitterons pas le Palais ducal sans parler du Parc, qui, depuis des siècles, en était une des plus belles dépendances et que la ville a acheté, en même temps que le château, le 29 pluviôse an XIII à M™e de Cossé-Brissac, dernière héritière du duc de Nivernais. Dès le xiiic siècle, il est fait mention de son existence. En 1294, les religieux de Saint-Gildard obtiennent du comte Robert la permission d'aller s'y promener. Plus tard, si nous en croyons les stances d'Adam Billaut, la célèbre duchesse Marie de Gonzague eut un véritable culte pour les « beaux arbres » de son parc, où elle se rendait « tous les matins ». Aujourd'hui, cette promenade n'est pas moins en faveur auprès des habitants de Nevers. Au point de vue artistique, cependant, il serait à souhaiter qu'on plantât une bordure d'épais massifs tout autour, afin de masquer les maisons voisines et de donner davantage l'illusion de l'espace immense, que supposent toujours les perspectives à grande échelle des jardins français.

Le château n'est pas le seul monument qui atteste encore la grandeur de Nevers au xv^ siècle.

Dans la rue de l'Oratoire, on remarque un édifice de style gothique, qui n'est autre que l'ancienne Chambre des Comptes créée en 1408 (et non en 1405 comme le dit Parmentier) par les soins de Nicolas Vaillant, visiteur

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