‹ Nevers et MoulinsChapitre 12 sur 34 · L'ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE DU XIII' AU XVI» SIECLE · texte numérisé non relu

L'ARCHITECTURE MILITAIRE ET CIVILE DU XIII' AU XVI» SIECLE

L,es détails de rornementation ne sont pas moins intéressants que l'ensemble. Mais avant de les décrire, notons que les sculptures de la tour centrale, ainsi que les lucarnes, construites dans le style de la Renaissance italienne, sont de plusieurs années postérieures à la partie principale de l'édifice, ayant été exécutées au cours du xvi" siècle, sous les seigneurs de la maison de Clèves (1491-1565) et sous lyouis de Gonzague (1565-1595)- Hâtons-nous d'ailleurs d'ajouter que tous les basreliefs, mutilés à l'époque révolutionnaire , ont été , ainsi que l'observe M. de Soultrait, (( non pas restaurés, mais bien composés de nouveau (par le statuaire F. Jouffroy, entre 1850-55), d'après les vestiges à peine visibles des anciennes sculptures ». lycs fragments originaux ont été recueillis à la Porte du Croux. Quoi qu'il en soit, ces sculptures, même refaites dans ces conditions, présentent encore assez d'intérêt pour que nous en donnions une description sommaire. La plupart reproduisent des traits de l'histoire fameuse du Chevalier au Cygne, soit Hélias, soit lyohengrin, auquel la maison de Clèves faisait remonter son origine légendaire. Le texte qui a inspiré l'artiste est probablement celui d'Hélinandus, ainsi transposé par Vincent de Beauvais, dans son Miroir historial : « Un jour que plusieurs seigneurs étaient rassemblés pour un tournoi, dans un château des bords du Rhir,, au diocèse de Cologne, on vit paraître sur le fleuve une nacelle qu'un cygne tirait par le col avec une chaîne d'argent et dans laquelle était un chevalier inconnu, armé de toutes pièces. La nacelle aborda et disparut avec le cygne, aussitôt que le chevalier fut descendu sur la rive. Cependant, le chevaUer ayant fait

Le Palais ducal.

l'holo -Neuiilein.

Tour de l'escalier d'honneur.

de grands et non pareils faits d'armes, demanda et obtint en mariage une fille de grande maison dont il eut plusieurs enfants. Au bout de quelques années, le cygne et la nacelle s'étant présentés, le chevalier, qu'on appelait Hélias, y remonta et s'éloigna rapidement ; depuis, on n'en entendit plus parler. » Ainsi s'expliquent les cygnes portant une couronne au cou que la maison de Clèves prit pour emblèmes. Voici les motifs représentés sur la tour centrale à partir du bas et de la gauche : un ange, les ailes ouvertes, debout sur un trophée et tenant de chaque main les écus de Clèves et de Gonzague ; les armoiries de Clèves soutenues par deux cygnes ; le Mont Olympe surmonté d'un autel, cimier des armes de la maison de Gonzague ; le chevalier Hélias touche de sa lance l'écu de l'un des chevaliers engagés dans le tournoi ; Hélias épouse la jeune princesse ; Hélias entre au château. Des six bas-reliefs situés au-dessus, quatre représentent des épisodes de la chasse de Saint-Hubert et les deux autres les armoiries de Gonzague. I^es trois compartiments supérieurs sont censés bouchés par une draperie. Au tympan de la porte de la tour de gauche, Hélias, revenant du combat, demande la main de la jeune fille à son père. Passons maintenant aux lucarnes. Elles sont très probablement l'œuvre de quelque artiste italien amené par IvOuis de Gonzague. Offrant trois types de décoration différente, elles sont disposées symétriquement de manière à se faire pendant de chaque côté de la tour centrale. I^es plus rapprochées sont formées d'un arc en plein cintre sur, pilastres encadrés de deux colonnes composites soutenant un entablement sculpté. L'appui est orné des armoiries de Gonzague portées par deux cj-gnes. De chaque côté, sont des mascarons et des consoles où jouent des enfants nus. Les lucarnes intermédiaires sont ornées de cariatides, qui ont été refaites d'après les originaux recueillis à la Porte du Croux. Sur l'appui, on voit Hélias et son cheval dans la barque attelée d'un cygne. Les lucarnes extrêmes sont composées de simples pilastres. Le bas-relief de l'appui représente le débarquement d'Hélias.

L'intérieur du château n'offre plus aujourd'hui aucun intérêt. Il a été complètement modifié et dénaturé au cours des siècles. En 1850-55, cependant, l'architecte Paillard s'est efforcé de le restaurer avec goût, lorsqu'il fut chargé de l'aménager en palais de justice. Mais on ne peut se faire quelque idée de sa physionomie originale qu'en relisant les inventaires dressés au xvi^ siècle. Les princes de Clèves et de Gonzague cherchaient, en effet, à rivaliser de magnificence, non seulement avec les ducs de Bourgogne, mais avec les rois eux-mêmes. Faut-il rappeler, par exemple, la fastueuse ambassade de Charles I'^'" de Gonzague, en 1605, entrant à Rome, escorté de 60 chevaux ferrés d'argent, sur une haquenée aux fers d'or ? Le mobilier de François de Clèves (1525-1562), que nous connaissons jîar le détail, laissait pressentir ces

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